Tollé à l'Assemblée contre l'amnistie de Guy Drut

Par AFP, le 30 mai 2006 à 19h11 , mis à jour le 30 mai 2006 à 19h35

La polémique sur la décision du chef de l'Etat d'amnistier l'ancien sportif est montée d'un cran mardi au sein de la classe politique, majorité comprise. Jean-Louis Debré, un proche du chef de l'Etat, a dénoncé une "erreur ravageuse" et François Bayrou a affirmé que l'exécutif "est devenu fou".

TF1/LCI : Guy Drut à l'Assemblée, mardiGuy Drut à l'Assemblée, mardi

L'amnistie accordée par Jacques Chirac à Guy Drut a suscité mardi à l'Assemblée la réprobation générale, même au sein de l'UMP, le très chiraquien Jean-Louis Debré y voyant une mesure "plus dramatique" pour l'image des politiques que le CPE ou l'affaire Clearstream. L'affaire Clearstream, principal sujet d'agitation à l'Assemblée avant l'interruption, s'est retrouvée aux oubliettes. Car tous les députés ont rapporté de leurs circonscriptions des échos très défavorables de l'amnistie de l'ancien champion du 110 mètres haies. Et du coup, même parmi les élus UMP, l'incompréhension était de mise.

Cette "décision n'est pas comprise", et son effet "ravageur" dans l'opinion est "plus dramatique que le CPE ou Clearstream pour le monde politique", a lâché le président de l'Assemblée nationale. "Cela donne une image détestable d'auto-lessiveuse", a ajouté J.L Debré, en saluant néanmoins une décision prise "dans l'intérêt général". L'autre grand soutien de Jacques Chirac, le président du groupe UMP Bernard Accoyer, tout en se rangeant aussi derrière l'intérêt sportif, a admis comprendre "les interrogations ou les incompréhensions".

A la sortie de la réunion de groupe UMP à laquelle assistait Guy Drut, mais au cours de laquelle le cas de celui-ci n'a pas été évoqué, certains députés manifestaient ouvertement leur courroux. "Ce ne sont pas les valeurs que j'ai défendues pendant la campagne", a lancé Sébastien Huygues. Dominique Dord a dit avoir "le sentiment que c'était une connerie monumentale", tandis qu'Hervé Mariton constatait avoir "été davantage interpellé dans (sa) circonscription" sur ce sujet que sur Clearstream. "Sur le terrain, c'est un dégât total", confiait un élu.

" République bananière "

Les sarkozystes se sont gardés ostensiblement de tout commentaire. "Le sentiment général des députés c'est: qu'est-ce qui va nous arriver la semaine prochaine ?", a affirmé Jean-Paul Anciaux. De leur côté, gauche et UDF ont pilonné. "Ubuesque et inacceptable", a affirmé Alain Bocquet (PCF). "Ils sont devenus fous", a jugé François Bayrou (UDF). "République bananière", a lancé Jean-Marc Ayrault (PS). Le numéro un du PS François Hollande a estimé qu'il y avait, outre Jacques Chirac, "un autre" responsable de l'amnistie, Nicolas Sarkozy qui "a présenté et contresigné le projet de loi d'amnistie en 2002", à une époque où il était déjà ministre de l'Intérieur.

Le PS André Vallini et l'UDF Gilles Artigues sont aussi montés au créneau pendant la séance des questions au gouvernement. Le garde des Sceaux Pascal Clément a rétorqué que Guy Drut, condamné en octobre 2005 à 15 mois de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende dans l'affaire des marchés publics d'Ile-de-France, avait payé son amende et que la perte de son poste au Comité international olympique aurait constitué une "seconde peine".

Photo d'ouverture : Guy Drut à l'Assemblée, mardi - DR

Par AFP le 30 mai 2006 à 19:11
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