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Van Ruymbeke : un juge dans la tourmente

Edité par
le 18 mai 2006 à 18h33
Temps de lecture
4min
Tf1 / LCI van ruymbeke
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SociétéComment le juge Van Ruymbeke s'est-il retrouvé impliqué dans l'affaire Clearstream ? Que lui reproche-t-on exactement ? Quelles sanctions risque-t-il ? Eléments de réponse.

L'affaire Robert Boulin, l'affaire Urba, l'affaire Longuet, c'est lui. La seconde affaire Elf, les Frégates de Taïwan, les transferts du PSG, c'est encore lui. A 53 ans, le juge d'instruction Renaud Van Ruymbeke est devenu l'un des piliers du pôle financier de Paris. Un homme du parquet, indépendant, reconnu et respecté par ses pairs.

Mais depuis plusieurs semaines, le juge anti-corruption à la célèbre petite moustache se retrouve plongé au cœur de l'affaire Clearstream. Sous le coup d'une enquête interne, il a été entendu jeudi après-midi par l'inspection générale des services judiciaires, la police des magistrats.

Comment Van Ruymbeke s'est retrouvé impliqué dans l'affaire Clearstream ?

Le 30 avril 2004, Renaud Van Ruymbeke, qui instruit alors l'affaire des commissions occultes versées dans le cadre de la vente de Frégates par Thomson à Taïwan, accepte de rencontrer en dehors de toute procédure officielle Jean-Louis Gergorin, à l'époque vice-président d'EADS et aujourd'hui soupçonné d'être le corbeau de l'affaire Clearstream. Une rencontre secrète organisée chez l'avocat de Gergorin. Quelques jours après, le magistrat reçoit une première lettre anonyme dénonçant l'existence de comptes chez Clearstream appartenant à des industriels qui auraient touché des commissions occultes en marge de la vente des navires de guerre.

Se fondant sur plusieurs documents, LCI révélait jeudi dernier qu'il n'y avait en réalité jamais eu de corbeau dans cette affaire, Van Ruymbeke et Gergorin -qui se disait menacé-, s'étant mis d'accord sur l'envoi par le biais de courriers anonymes des fameux listings. Le juge lance alors une enquête qui concluera que les fichiers ont été manipulés et sont donc faux. Lorsqu'il apprend, récemment, que le général Rondot était également chargé, depuis 2003, d'enquêter sur ces listings, le juge Van Ruymbeke sent qu'il a été lui-même manipulé. Il rompt alors le secret de sa rencontre qui le liait à Gergorin et informe de ces faits; le 1er mai 2006, les deux juges en charge de l'enquête pour dénonciation calomnieuse.

Que reproche-t-on au juge Van Ruymbeke ?

Avant tout, ses méthodes d'instruction. Ces "contacts secrets" sont "apparemment un manquement important au code de procédure pénale", a déclaré le ministre de la Justice Pascal Clément. Ce dernier a demandé à l'inspection générale des services judiciaires de procéder à une enquête interne.

Autre grief : suite à sa rencontre secrète avec Gergorin chez l'avocat de ce dernier, Van Ruymbeke a rédigé des procès verbaux en faisant état de sources anonymes, alors qu'il savait délibérement qu'il n'y avait pas de corbeau. IL a fait perdre un temps précieux à ses collègues du pôle financier chargés d'enquêter sur l'affaire Clearstream pour dénonciation calomnieuse. 

Faut-il sanctionner le juge ?

"Sur quelles bases ? C'est moi qui ai démonté la manipulation !" aurait plaidé Van Ruymbeke, selon Le Parisien du 17 mai, devant le premier président de la cour d'appel, son supérieur hiérarchique. Jeudi 18 mai, il a d'ailleurs reçu le soutien d'une cinquantaine de magistrats et politiques de gauche. Dans un communiqué, ils soulignent "le sérieux, la compétence et l'intégrité incontestables et incontestés" du magistrat. "Ils appellent à la plus extrême vigilance quant au bien fondé et à la légitimité des critiques qui sont aujourd'hui formulées". Parmi les magistrats, figure notamment le juge antiterroriste Gilbert Thiel. Selon lui, "Renaud van Ruymbeke n'a jamais été hors des clous. La plupart des juges d'instruction ont déjà obtenu des renseignements de personnes qui ne veulent pas se dévoiler".

Dans un premier temps, le juge Van Ruymbeke pourrait bien voir sa promotion annulée. Arrivé au pôle financier en 2000, il devait partir en fin d'année pour la cour d'appel de Paris. Mais lundi dernier, le ministre de la Justice Pascal Clément a ajourné cette promotion dans l'attente des résultats de l'enquête interne menée par l'IGSJ.

Ce tumulte fait autour de l'implication du juge Van Ruymbeke ne serait-il qu'une non-affaire dans l'affaire, comme il l'affirme lui-même ? Ce qui et sûr, c'est que deux questions essentielles restent sont toujours sans réponse : qui a manipulé ces listings ? Et pourquoi ?

Commenter cet article

  • Alain : Pour être promu dans la justice, mieux vaut envoyer 14 innocents au trou pour un total de 25 ans de prison plus un mort que de chercher la vérité dans une affaire de corruption ! Comprenne qui peut !

    Le 19/05/2006 à 09h34
  • Jess : Pour moi la question principale est plutot:est il dans les attributions habituelles d'un vice president d'EADS d'aller fouilller dans les fichiers de clearstream?si la réponse est non, quels étaient le role et les motivations de ce monsieur?

    Le 19/05/2006 à 08h56
  • Thibaut : Gregorin est un ancien des services secrets tout comme l'informaticien d'EADS. Ils ont manipulé les fichiers pour tendre un piège a van Ruymbeke. Celui-ci etait devenu trop genant dans ses enquetes sur les frégates. Car s'il revelait les pots de vin avec rétrocommission lors de la vente, la France aurait du payer les 2 milliards de sanctions contractuellement prévus dans le contrat de vente si celui-ci s'averait entaché de corruption.

    Le 18/05/2006 à 23h49
  • Desjardins : Le juge a géné du monde par le passé :ils lui collent donc une peau de banane alors qu'il n'a pas grand chose à se reprocher

    Le 18/05/2006 à 22h25
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