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CONSACREE A l'ADN, en ce moment sur LCI
LCI.fr : Depuis la création, en 1998, d'un fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), combien d'empreintes y ont été inscrites ?
Philippe Mallet, Chef du service central d'identité judiciaire : Si la création du FNAEG remonte à 1998, son exploitation n'a démarré qu'en 2001. Depuis cinq ans, on y a progressivement entré 220 000 profils, dont 90 000 condamnés, 120 000 mis en cause, les 10 000 restantes correspondant à des "rapprochements" effectués. Si, au départ, seuls les délinquants sexuels pouvaient être inscrits, depuis 2003, le fichier est ouvert à l'ensemble des auteurs de crimes et délits. Notre objectif est de rattraper, d'ici quelques années, le niveau du fichier d'empreintes digitales, créé en 1987, et qui contient 2,4 millions de références.
LCI.fr : Comment récupère-t-on l'ADN sur une scène de crime ?
P.M. : Le plus souvent à partir de lambeaux de peau qui se détachent quand vous touchez une porte, un verre, une personne, un levier de voiture, etc ... Plus le contact a été long, plus vous avez de chance de récupérer de l'ADN. On peut aussi le trouver sur un mégot de cigarette, du sang, du sperme ou encore sur le téléphone portable grâce à l'oreille et aux postillons... Nous approchons nos limites lorsqu'il faut retrouver des empreintes dans des endroits très humides, car les traces d'ADN s'y conservent mal, ou encore dans des endroits dits pollués comme la rue ou un bar, où plein d'autres traces de témoins et de victimes viennent s'ajouter à celle de l'auteur du crime.
LCI.fr : Une empreinte ADN est-elle fiable à 100% ? 
lers empreintes ADN sont stockées à
Ecully, près de Lyon, dans les locaux
de la police scientifique
P.M. : C'est un peu une question de statistiques. Lorsqu'un scientifique a une trace ADN en parfait état, il procède à son analyse en la découpant en segments. A l'heure actuelle, la routine veut qu'il isole 10 segments qui, un par un, vont être comparés aux mêmes dix segments pris, cette fois, sur l'ADN du présumé criminel. S'ils correspondent les uns aux autres, alors l'identité sera pratiquement absolue parce qu'on aura une chance sur des milliards de pouvoir trouver des individus ayant le même ADN.
Par contre, si la trace ADN dont dispose le scientifique est dégradée et que l'on ne peut comparer que trois ou quatre segments avec l'ADN du présumé criminel, le taux de fiabilité sera inférieur. C'est la même chose pour les empreintes digitales.
LCI.fr : Une exception réside toutefois avec les vrais jumeaux...
P.M. : C'est vrai qu'ils possèdent exactement le même ADN. Par contre, ils n'ont pas les mêmes empreintes digitales... On pourra donc les identifier à condition de ne pas exclure une technique au profit d'une autre et surtout, à condition que les jumeaux ne portent pas de gants!
LCI.fr : Ces nouvelles techniques ont-elles totalement révolutionné les méthodes de travail des enquêteurs ?
Des enquêteurs prélèvent un mégot
sur une scène de crime
P.M. : Il est certain que notre confiance dans l'aveu, qui était il y a peu une tradition française, s'est étiolée avec l'apparition de nouvelles techniques et avec le principe d'Edmond Locard. Le créateur du premier laboratoire de police scientifique dit que "sur une scène de crime l'auteur de l'infraction amène des éléments avec lui, et en quittant la scène du crime, il emmène nécessairement des éléments avec lui". Il faut donc, dès le départ, isoler la scène du crime, pour préserver les traces et les indices. Cela implique notamment d'y pénétrer avec des tenues de protection. Et il faut préserver l'environnement immédiat de l'auteur du crime, dès qu'il est démasqué.
Mais attention, bien que l'on dise que l'ADN est la reine des preuves, il ne faut pas qu'il soit dissocié des autres moyens techniques. Les auditions de victimes et de témoins et les enquêtes de voisinage restent indispensables, car elles vont amener d'autres éléments à l'enquête.
LCI.fr : Quelle valeur a une trace ADN aux yeux de la justice ?
P.M. : En droit français, la notion de preuve n'est pas une notion écrite. Une affaire est jugée parce que le magistrat a une intime conviction. L'analyse ADN est l'un des éléments qui vont permettre au juge de se forger son intime conviction.
LCI.fr : Une fois inscrit dans votre fichier, un individu peut-il espérer en ressortir un jour ?
P.M. : Si la personne estime que son empreinte n'a plus rien à faire dans le listing, elle peut s'adresser au procureur de la République du lieu où s'est déroulée l'enquête qui a motivé son entrée dans le fichier. Le magistrat juge alors de l'opportunité ou non de ce retrait.
Photo de Une : Philippe Mallet (DR)
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