Euthanasie : un mari acquitté

le 14 juin 2006 à 16h59 , mis à jour le 14 juin 2006 à 20h09

Les Assises du Maine-et-Loire ont acquitté ce Danois de 37 ans, qui avait aidé à mourir, en janvier 2003, sa femme alors en phase terminale d'un cancer. Les larmes aux yeux, il avait expliqué pourquoi il avait augmenté les doses de morphine et de Tranxène administrées à sa femme de 29 ans.

TF1/LCI Morten Jensen Danois euthanasie Angers

La cour d'assises du Maine-et-Loire a acquitté mercredi un jeune Danois qui avait, par amour, aidé à mourir sa femme en phase terminale d'un cancer, le jugeant "non coupable" contre l'avis de l'avocat général qui avait requis une "peine de principe". "Je suis tellement heureux. Je n'ai jamais fait un acte criminel, c'était un acte d'amour", a déclaré les larmes aux yeux Morten Jensen, à la sortie de l'audience. "J'ai pensé à Emmanuelle toute la journée, elle sera toujours dans mon coeur", a-t-il ajouté.

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Le jury, majoritairement composé de femmes, n'a mis qu'une demi-heure à le déclarer "non coupable", à l'issue d'un procès d'une journée durant laquelle l'assistance et les jurés ont surtout été bouleversés par les témoignages attestant de l'amour que l'accusé portait à son épouse.

"La loi n'est pas adaptée"

Morten Jensen, 37 ans, était accusé d'homicide volontaire pour avoir, le 11 janvier 2003, mis fin aux souffrances de sa femme de 29 ans, Emmanuelle, en augmentant les doses de morphine et de Tranxène qu'elle recevait sous perfusion au centre de traitements des cancers Paul Papin, à Angers.

L'avocat général Thierry Phellipeau avait réclamé une "peine de principe" de deux ans de prison avec sursis, jugeant que l'accusé était "coupable et responsable en droit". "Le droit français comme le droit danois continue à pénaliser tout acte d'euthanasie active. Si vous l'acquittez, vous allez au-delà de toutes les législations du monde", avait-il menacé. "La loi (sur l'euthanasie) n'est pas adaptée à des situation pareilles. Je crois qu'elle est en fin de vie", avait plaidé de son côté l'avocat Mickaël Boulay.

Atteinte depuis 2000 d'un cancer qui s'était généralisé, hospitalisée en novembre 2002, l'épouse de M. Jensen était tombée début janvier dans un coma réactif dont elle ne sortait que pour gémir de douleur. Elle n'avait selon le médecin légiste que "quelques jours" à vivre.

Des pétales de rose et une peluche porte-bonheur

Emmanuelle avait fait part à sa soeur de sa volonté de mourir. Un après-midi, Morten Jensen s'est allongé à côté d'elle, pour qu'elle sente sa présence, mais elle ne réagissait plus. Il a alors ouvert la perfusion, après avoir étalé des pétales de rose autour de sa femme et lui avoir mis dans les bras une peluche porte-bonheur.

Tous les témoins ont souligné l'amour que le jeune homme portait à sa femme. "Morten ne l'a jamais quittée tout au long de sa maladie, nuit et jour. Il était à bout de la voir tant souffrir", a assuré en larmes, Gisèle Hubault, la mère de la victime. "Il est comme un fils pour nous", a-t-elle ajouté. "Il lui apportait du réconfort, de la tendresse, il la rassurait", a ajouté la soeur de la victime, Catherine Delalande, qui "comprend" le geste de son beau-frère, "un acte d'amour".

Infirmières et aide-soignantes ont également évoqué le "comportement exemplaire du mari", "aux petits soins" pour sa femme. "Lorsqu'un père et une mère sont capables de pardonner à mon fils pour cet acte, est-ce que la loi des hommes peut le condamner ?", a demandé à la cour le père de l'accusé, Eric Jensen. Il encourait 30 ans de réclusion, alors que dans son pays, le Danemark, où la législation plus libérale en matière d'euthanasie parle d'"homicide par compassion", il ne risquait qu'un maximum de 3 ans.

Cet acquittement est intervenu au lendemain de la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux de renvoyer un médecin et une infirmière de Dordogne devant les assises pour avoir donné la mort à une femme en phase terminale d'un cancer du pancréas.

(Morten Jensen mercredi aux assises d'Angers/TF1/LCI)

le 14 juin 2006 à 16:59
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28 Commentaires

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  • Margaux, le 14/06/2006 à 19h50

    Bravo pour cette décision d'humanité. Cet homme a déjà subi la douleur du décès de sa femme qu'il aimait. Il a eu le courage d'effectuer ce dernier acte d'amour, et il aurait été vraiment scandaleux qu'il soit condamné pour cela. Je lui souhaite maintenant de pouvoir surmonter cette épreuvre et de continuer à vivre comme sa femme l'aurait certainement souhaité.

  • LE MORVAN Patrice, le 14/06/2006 à 19h23

    ENFIN un verdict honorables rendu par le peuple au nom du peuple français.Il faut regretter toutefois la réquisition de l'Avocat Général demandant une peine de prison qui même avec le sursis est une condamnation. Cette affaire est émouvante et doit inciter le Ministre de la Justice à faire modifier la loi par le Parlement pour des situations identiques. Il faut arrêter la souffrance des citoyens en fin de vie.

  • Pelagik, le 14/06/2006 à 19h06

    Cet acquittement redonne un peu d'espoir. La justice ne serait-elle pas que ce monstre cynique et froid, mangeur d'hommes, de femmes, et broyeur de vies ? Il reste que deux personnes en Dordogne risquent la déchéance sociale pour des faits similaires et chacun sait que la justice en France laisse une large place à l'arbitraire tant que les situations ne sont pas cadrées par une loi d'airain... Espérons !

  • Christine, le 14/06/2006 à 19h05

    Je viens de perdre mon père d'un cancer généralisé, l'avoir vu souffrir et dépérir restera à jamais ancré dans ma mémoire. Mon coeur connaît à présent son hiver ! A quoi bon prolonger de quelques jours voire quelques heures,un être dont la vie s'en est allée ? Quand la maladie a frappé, quand le corps ne peut plus lutter, pourquoi l'acharnement thérapeuthique...Morten Jensen a permis à sa femme de quitter ce monde en abrégeant ses souffrances. Il ne faut pas légaliser l'euthanasie car il y aurait des dérapages.Il conviendrait simplement d'étudier, au cas par cas,la fin de vie des moribonds. Permettons leur de mourir dans la dignité...il n'y aurait pas plus beau geste d'amour !

  • Philippe, le 14/06/2006 à 18h45

    Je l'admire.J'ai moi-même été dans le même cas et croyez moi, 12 ans plus tard je pleure de longues heures...j'aurais fait la même chose mais j'ai espéré jusqu'à la dernière seconde, attendant la main de Dieu, en vain...Elle avait 30 ans et un bébé de 4 mois...Nous ne pouvons punir un tel acte d'amour...

  • Lili01, le 14/06/2006 à 18h37

    Un acquittement, enfin une bonne nouvelle. Je souhaite à ce monsieur , à son fils et à la famille de retrouver un peu de calme, de sérénité. Si nous étions un peu moins borné en France, nous pourrions nous passer de ses procès, et mourir dans la dignité.

  • Hugues, le 14/06/2006 à 18h30

    La phase finale d'un cancer est indescriptible... Cela signifi qu'il n'y a pas de mots pour décrire la souffrance à ce point. Notre role d'adultes responsable est de faire preuve de compassion envers cet homme. C'est un acte d'amour fou.

  • Val, le 14/06/2006 à 18h25

    Merci d'avoir reconnu cette preuve d'amour.......

  • Sandrine, le 14/06/2006 à 18h24

    Pour Eric, Annecy : très bonne idée de mettre ce genre d'informations sur la carte vitale, ça éviterait peut être à des gens comme ce monsieur d'être embété par la justice alors que ça doit être déjà assez dur pour lui. J'espère que son cas fera au moins avancer un peu les choses sur le problème de l'euthanasie, malheureusement tant que les personnes qui font les lois dans notre pays ne seront pas touchées personnellement par ce genre de drame, ce n'est pas sur que ce soit fait rapidement...

  • Lacroc, le 14/06/2006 à 18h23

    Bravo aux jurés qui ont acquitte cet homme

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