Garde à vue : tension entre Sarkozy et ses troupes

Par Par Alexandra GUILLET, le 08 juin 2006 à 18h16 , mis à jour le 08 juin 2006 à 19h23

La proposition faite par la commission parlementaire d'Outreau d'enregistrer les interrogatoires lors des gardes, et à laquelle Nicolas Sarkozy a apporté son soutien jeudi, suscite indignation et colère chez les policiers. LE SNOP évoque le risque de voir les uniformes redescendre dans la rue.

Allô garde à vue, service à scandale © INTERNE

Ils devraient être heureux les policiers. Jeudi, devant toute la presse réunie, ils ont reçu les chaleureuses félicitations de Nicolas Sarkozy pour leurs résultats obtenus dans la lutte contre la délinquance au cours des quatre dernières années. Le ministre leur a même promis l'arrivée de nouveaux moyens, comme des caméras embarquées pour toutes les équipes de nuit (lire les articles liés). Et pourtant, la colère couve sous les képis.

Les policiers ne digèrent pas les propositions de réforme de la justice rendues publiques mercredi par la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau, qui prévoient notamment l'enregistrement audiovisuel obligatoire des interrogatoires pendant la garde à vue et l'accès de l'avocat au dossier en cours de garde à vue.

"Les avocats n'ont pas confiance en nous, nous non plus !"

"Nous sommes viscéralement opposé" à ces propositions, résume le commandant de police Patrick Mauduit, qui est également un des responsables de Synergie, second syndicat d'officiers de police. "L'enregistrement obligatoire ne fera qu'alourdir et complexifier les procédures, explique-t-il. On ne s'en sert déjà quasiment pas pour les mineurs, pour qui c'est pourtant obligatoire depuis une loi de 2000, en raison de la pauvreté de nos services qui fait que lorsque le matériel tombe en panne, il n'est jamais réparé à temps"(...) "Il faut arrêter avec les réformettes, c'est avant tout d'argent dont la justice et la police ont besoin".

"La commission ne nous a pas écouté, nous avons été conviés à un marché de dupes, renchérit Dominique Achispon, secrétaire général du SNOP, premier syndicat des officiers de police. Pour lui, ces propositions sont "une défiance", "un désaveu" du travail quotidien des policiers. "Ce qui devait initialement conduire à la recherche courageuse de solutions visant à faciliter les dysfonctionnements de la Justice s'est transformé en réquisitoire de la phase policière des enquêtes", constate-t-il amer. Lui aussi aimerait savoir combien d'argent on compte libérer pour mettre en place cette mesure.  "Si on demande aux policiers de se transformer en réalisateur de Cinéma il va bien falloir des moyens", explique-t-il.

La proposition visant à donner un accès au dossier à l'avocat dès la période garde à vue est elle aussi source de vives inquiétudes. "Permettre cela, c'est signer l'arrêt de mort de l'enquête policière, notamment dans le cadre des grosses affaires financières, affirme Patrick Mauduit. Les avocats n'ont pas confiance en nous, et bien nous non plus !" martèle-t-il avant de rappeler, telle une évidence que l'on aurait oublié, que "le policier reste quand même le meilleur défenseur de la victime".

Les policiers lâchés par Sarkozy?

Et Sarkozy le meilleur défenseur des policiers ? Pas si sûr. Jeudi matin, lors de sa conférence de presse sur le bilan de la délinquance, le ministre de l'Intérieur s'est dit "favorable de la façon la plus claire et la plus nette" à l'enregistrement des gardes à vue, "et pas seulement pour les mineurs". "C'est plutôt surprenant et décevant", ne cache pas Dominique Achispon, du SNOP, qui venait tout juste d'écrire au ministre pour qu'il prenne fait et cause pour eux. "Si les autorités persistent dans cette voie, on risque vraiment de voir à nouveau les policiers dans la rue", prévient-il.

"Est-ce vraiment surprenant quand on a un ministre de l'Intérieur qui est en même temps ancien avocat et futur candidat à la présidentielle?", s'interroge pour sa part, désabusé, un policier qui préfère garder l'anonymat. Ce vendredi, 2000 policiers et gendarmes seront réunis au Caroussel du Louvres par Nicolas Sarkozy pour se voir présenter les grandes lignes de son projet de loi de la Prévention de la délinquance. L'ambiance s'annonce tendue dans les rangs....


Par Par Alexandra GUILLET le 08 juin 2006 à 18:16
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