© INTERNE"Cady était en train de souffrir. Je voulais arrêter, j'arrivais pas": Eva Martinet a relaté mardi au premier jour de son procès devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis comment elle a étranglé sa fille de 7 ans, le 10 octobre 2003, dans le parc de La Courneuve.
"Cady voulait un morceau de laine pour faire sa cabane. Elle s'est assise entre mes genoux, a commencé à jouer avec la laine. Elle l'a mise autour de son cou en me disant 'regarde, tu vois ce joli collier'. Puis, elle s'est tournée vers moi". En faisant le récit de ce dernier après-midi au parc avec sa fille, Eva Martinet, 30 ans, baisse les yeux, pleure doucement, mains serrées sur sa chemise blanche.
"J'étais en train de serrer la laine"
La jeune femme, métisse au visage fin, les traits doux, poursuit péniblement: "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Je me suis rendu compte que j'étais en train de serrer la laine, que Cady était en train de souffrir. Je voulais arrêter, j'arrivais pas".
Jugée jusqu'à vendredi pour le meurtre de son enfant, Eva Martinet raconte ensuite avoir "serré fort dans ses bras" le corps de Cady. "Je pleurais, je voulais appeler les pompiers mais j'ai pensé à tous ceux qui m'avaient toujours soutenue. J'ai eu peur qu'ils m'abandonnent", dit-elle encore, "peur de ce qu'ils allaient penser de moi; alors j'ai manqué de courage et j'ai dit que j'avais perdu ma fille". Eva Martinet donne l'alerte.
Un promeneur découvre en fin d'après-midi le corps de la fillette sous un taillis sur l'une des collines du parc où Cady avait essayé un peu plus tôt avec sa mère le vélo qu'elle venait d'avoir en cadeau d'anniversaire. "Cet enfant n'avait pas lutté avec son agresseur", a témoigné mardi un policier, qui va dans un premier temps explorer toutes les pistes.
Une vie entière de souffrances
Lors de ses aveux en garde à vue, une quinzaine de jours après la découverte du corps de la fillette, Eva Martinet explique son geste par des "difficultés d'ordre sentimental et relationnel" et son incapacité "à rendre heureuse sa fille". Pour les policiers, la jeune femme était affaiblie par un ensemble de difficultés. "Chagrin d'amour, difficultés matérielles, enfant turbulente, difficulté à trouver sa place dans la société. Tout a pu jouer", énumère un enquêteur au procès.
Cette première journée aura également montré que la vie entière d'Eva Martinet a été marquée par des souffrances affectives, quand sa soeur aînée, qu'elle adore, lui révèle avoir une relation "taboue" avec son père. Ou quand son demi-frère, dont elle était très proche, se pend. "L'affection, elle ne l'a pas eue", résume l'enquêteur de personnalité en relatant le passé de l'accusée, élevée au Mali dans une fratrie recomposée autour d'un père, économiste français, qui a eu huit enfants de quatre femmes différentes.
Enceinte de Cady, elle décide de retourner en Afrique et de partir à la recherche de sa mère à laquelle son père l'a arrachée à l'âge de deux ans, pour la protéger. Lorsqu'elle la retrouve, cette mère se drogue et n'arrêtera pas. Eva Martinet tentera de l'en empêcher, en vain. Elle mourra quelques mois après. (AFP)
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