La mère de Cady voulait tuer "ce qui était mauvais en elle"

le 15 juin 2006 à 20h39 , mis à jour le 15 juin 2006 à 21h02

Un expert psychiatre a essayé de décrire jeudi les traits de personnalité qui ont conduit Eva Martinet, considérée par tous ses proches comme une mère aimante, à tuer sa fille Cady. Les proches d'Eva ont tous évoqué le geste "suicidaire" de la jeune femme.

la courneuve police cady © INTERNE

Un expert psychiatre a tenté d'expliquer jeudi devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis le geste d'Eva Martinet, lorsqu'elle a tué sa fille Cady, âgée de 7 ans. Alors qu'elle n'a "que de l'amour" pour sa fille et "n'a jamais eu la volonté explicite de lui faire du mal", avance Frantz Prosper, ce 10 octobre 2003, la jeune femme va étrangler son enfant avec la laine de son tricot parce qu'elle lui renvoie l'image d'une "mauvaise fille" et donc d'une "mauvaise mère". Par ce geste, elle a le sentiment "d'expulser ce qui est mauvais en elle-même", précise-t-il.

Evoquant une femme "au bord de la défaillance maternelle", le psychiatre estime qu'Eva Martinet "avait le sentiment de faire le malheur" de sa fille, une enfant qui posait dans son école des problèmes de comportement malgré un suivi psychologique, une enfant qu'elle sentait aussi "ne pas contrôler". Le matin même du drame, la jeune femme, qui vivait très douloureusement une rupture sentimentale, s'était entretenue des problèmes de Cady avec la directrice de l'école. Celle que tous les témoins ont décrit comme une mère "aimante", "attentionnée", "soucieuse d'être une bonne mère", pensait donc "être une mauvaise mère", selon Frantz Prosper. Pour ce psychiatre, l'accusée, dont il souligne "la malchance d'existence" et "la souffrance affective" n'avait pas les repères d'identité pour se construire une image solide du père et de la mère. "Elle ne sait pas ce qu'est être mère : sa mère ne l'a pas élevée, sa belle-mère n'a pas su l'élever".

Avec leurs mots plus simples, les proches d'Eva ont tous évoqué le geste "suicidaire" de la jeune femme lorsqu'elle a tué sa fille. La soeur aînée d'Eva Martinet a ainsi envoyé jeudi à  l'accusée un fort message d'amour et de tristesse, lui reprochant d'avoir "brisé" sa vie, "alors qu'il fallait gagner : je lui en veux beaucoup (...) du mal qu'elle s'est fait, à elle". Plus tôt, avec beaucoup de recul, Maryam avait décrit à la cour les difficultés qui ont marqué son enfance, ainsi que celles de ses frères et soeurs. "Mon grand frère, Eva et moi n'avons pas grandi avec nos mamans. Nous étions laissés à nous-même. On a grandi ensemble tous les trois, envers et contre tous".

Photo d'ouverture : la découverte du corps de Cady, en 2003 au parc de la Courneuve - archives

le 15 juin 2006 à 20:39
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