"Erythropoïétine (EPO), hormones de croissance, cortisone... J'ai pris toutes les choses basiques qui se faisaient à cette époque-là", a déclaré Laurent Roux, 33 ans, au premier jour d'audience de son procès au tribunal correctionnel de Bordeaux. "Tout le monde prenait au moins cela". "Les plus grands prenaient des choses que je n'avais pas les moyens de me payer. Ils se faisaient d'autres choses, comme l'hémoglobine de synthèse, les transfusions sanguines, auxquelles je n'ai pas pu avoir accès", a ajouté le coureur, décrivant ainsi un système de dopage à deux vitesses.
Laurent Roux a remporté notamment le Tour de l'Avenir (1997), porté le maillot de leader du Giro (1998), et enlevé le Trophée des Grimpeurs (1999). Interrogé par l'avocat de la Fédération française de cyclisme (FFC) pour savoir s'il était "Dopé ? Pas dopé ?" à l'époque de ces faits d'armes, l'ex-coureur a répondu par l'affirmative. L'ancien pro a raconté comment dans le peloton français "tout le monde a passé un cap" en matière de dopage vers le milieu des années 1990, conséquence d'"une énorme pression" notamment des directeurs sportifs, des sponsors, face aux meilleurs résultats des coureurs étrangers.
"Que ce procès serve à quelque chose"
Laurent Roux est jugé dans le cadre d'un trafic de "pot belge", cocktail d'amphétamines et de produits dopants, une affaire postérieure et touchant plutôt les milieux du cyclisme amateur, alors que lui-même était tombé dans un état dépressif, dû selon lui à la fin brutale de sa carrière, à la suite de deux contrôles positifs (1999 puis 2002) et de suspensions.
Jugé avec son jeune frère Fabien, cycliste de moindre niveau accusé d'un rôle dans le trafic, Roux a raconté son glissement dans la dépendance au "pot belge", avec plusieurs injections par jour alors qu'il ne courait plus. Il a dit avoir tenté alors de combattre la dépression, et le choc de passer de revenus mensuels de 80.000 francs (environ 12.200 euros) à 8000 francs (1200 euros). "On va dire que Roux c'est un fou, un cas à part", a déclaré à la presse l'ancien coureur après l'audience. "Mais si on veut réellement en France régler le problème du dopage, il faut écouter ce que disent les coureurs cyclistes". "Je me retrouve devant un tribunal pour dire cela, tant pis si je dois servir d'exemple, mais que ce procès serve à quelque chose".
Au total, vingt-trois prévenus sont poursuivis dans cette affaire pour "offre de produit dopant" et pour "infraction à la législation sur les stupéfiants".
Photo : Laurent Roux à l'issue de son audition (DR)








