
Il y a trois semaines, au terme d'une réunion d'une dizaine d'heures, les principaux dirigeants du PS se mettaient d'accord sur un préprojet présidentiel. Le texte de 34 pages entendait situer le parti clairement à gauche. Les mesures visaient d'abord à reconquérir l'électorat populaire, celui qui a manqué à la gauche en avril 2002 mais s'adressaient également aux classes moyennes. Plus qu'un projet, il s'agissait en fait d'un programme : le Smic à 1500 euros en 2012, un bouclier logement pour les plus démunis, une couverture professionnelle, le mariage gay et l'adoption ou encore l'avènement d'une République parlementaire.
Toutefois, ce qui devait sceller l'union des présidentiables est devenu une pomme de discorde. Passées les quelques heures d'autocongratulation suite à un accord obtenu au forceps, les leaders socialistes ont tenu à prendre plus ou moins leur distance avec un projet dans lequel finalement ils ne se retrouvaient pas vraiment. Et plutôt que d'alimenter le débat au PS, chacun a tenu à jouer l'opinion contre le parti avec des propositions plus personnelles. Ainsi, Ségolène Royal n'a pas manqué de rappeler qu'elle conserverait " sa liberté de parole ", après avoir rappelé bien sûr que le " projet serait celui de tout candidat socialiste ". De son côté, Dominique Strauss-Kahn a rejeté l'idée d'abroger purement et simplement la loi Fillon sur les retraites et estimé qu'il y avait plus urgent qu'une renationalisation d'EDF, réclamée à gauche. Quant à Bernard Kouchner, avec son habituel franc-parler, il a relevé des " aberrations " dans le texte socialiste : " le retour de la retraite à 60 ans " ou " la suppression de la franchise de 1 euro sur les consultations médicales, symbole même de la responsabilisation des citoyens ".
Un projet rejeté par les Français
Mais à y regarder de plus près, ces querelles entre présidentiables sur le projet paraissent bien dérisoires au regard du jugement sévère de l'opinion et même des sympathisants socialistes. Ainsi, selon une enquête BVA réalisée pour L'Express, 65% des personnes interrogées estiment que ce projet ne donne "pas envie de voter pour le candidat PS" dans dix mois. 52% des personnes interrogées estiment par ailleurs que le projet socialiste n'est pas très "différent de celui de la droite", contre 36% qui pensent le contraire. Elles sont 60% à estimer que le projet n'est pas "réaliste", 65% pas "ambitieux" et 65% pas "imaginatif". Le score n'est guère meilleur chez les sympathisants du PS, seuls 58% d'entre eux le trouvent " réaliste ".
Samedi matin, devant la convention nationale du PS réunie à la Mutualité, François Hollande aura ainsi fort à faire pour vanter devant ses amis mais également devant l'opinion le projet de son parti. " Pour le moment, c'est le projet des socialistes qui doit nous mobiliser. D'abord le projet et ensuite le choix d'une candidature", a-t-il répété jeudi. Il interviendra vers 12h30, après que le texte aura été définitivement entériné par les délégués des fédérations qui pouvaient déposer des amendements au préprojet.
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