La revanche d'un ex-braqueur sur les planches

Par , le 29 juin 2006 à 19h00 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h39

A 38 ans, Bénamar Siba a passé le tiers de sa vie en prison. Il se raconte aujourd'hui sur scène. Famille, délinquance, amour... Tout y passe sans concession. Portrait d'un homme entier.

TF1/LCI Siba Bénamar © DR

Tout commence par un vol de cartable. Montfermeil, Seine-Saint-Denis, 1983, Bénamar Siba, 12 ans, "prend le mauvais embranchement". Bêtise de gamin, petite délinquance, escroqueries, braquages de banques. Direction la case prison. Toutes peines confondues, il y passe 12 ans, un tiers de sa vie. Le Théâtre des Déchargeurs, Paris, 2006, Bénamar Siba, 38 ans, se raconte sur les planches depuis un an dans son spectacle "Mes os et Barabbas", une allusion au plus célèbre brigand des Evangiles, le personnage biblique épargné par le peuple et repenti au contact de Jésus.

Le lien entre ces deux périodes : une lettre écrite derrière les barreaux pour demander pardon à sa mère. Cette mère à qui il a dit "Je t'aime" pour la première fois au parloir. 60 pages manuscrites dans lesquelles il raconte tout, 60 pages lues par un producteur rapidement séduit et qui décide de donner sa chance à cet homme à la gueule de Jean Gabin. 60 pages condensées en une heure de spectacle. Une heure de one man show remarquable d'humanité. Une lettre en guise d'exutoire, le théâtre comme rédemption à une vie qui avait mal commencé.

"Je persévère dans mon suicide social"

Bénamar Siba dit "BB" grandit dans un trois-pièces d'une tour de la cité des Bosquets. Famille déracinée par la guerre d'Algérie, fratrie nombreuse noyée dans la délinquance. Il "s'y met aussi" pour "exister auprès des autres". Il effectue son premier séjour en prison à 16 ans à Fleury-Mérogis pour "vol avec effraction". C'est le début de "séjours" réguliers au sein du système carcéral. "A cette époque, je persévère dans mon suicide social", dit-il dans un sourire qui n'en est pas un.

1994, il tombe pour une série de braquages. Verdict : 12 ans de prison, de la Santé à Bois d'Arcy, de Fleury à Val de Reuil. Paradoxalement, c'est en "cabane" qu'il retrouve sa liberté. "Avant d'y rentrer, j'avais le sentiment de n'exister que par la transgression, j'étais complètement paumé, explique-t-il. Avant cette grosse peine, je n'étais jamais resté plus de 18 mois dehors, à chaque fois, il fallait que j'en profite."

La prison lui permet de souffler, "attention, je ne dis pas qu'il faille aller en prison pour réussir sa vie !", précise Bénamar Siba. Il y découvre le théâtre, un déclic. A la base, cette initiation est une "vacherie" de son co-détenu qui l'a inscrit parce que "BB" se foutait de lui. Au premier cours, il joue les gros durs devant ses codétenus : "Je pensais que le théâtre, c'était pour les mauviettes. En fait ça m'a tout de suite plu !", avoue-t-il ses yeux vert turquoise toujours émerveillés par cette révélation.

"J'ai envie de me battre avec des mots"

Aujourd'hui, dans son spectacle, il constate avec humour : "C'est tellement plus gratifiant de tenir une salle en haleine avec des mots qu'avec une arme". En une heure sur scène, "BB" fait défiler sa vie avec des références à l'Islam, - il abhorre les "fanatiques" qu'il a côtoyés en prison -, la privation de sexualité en cellule, ses braquages ou sa famille immigrée. "C'est comme un texte de rap", dit-il, "avec une vraie réflexion sur la société, la réinsertion. J'ai envie de me battre avec des mots".

Aucun misérabilisme dans sa pièce. Son récit, très intimiste, est sans concession sur son parcours, bourré d'anecdotes drôles ou à pleurer. Pas mal de cynisme, beaucoup d'humour et de tendresse. A aucun moment, "BB" ne verse dans le pathos, ni dans un esprit revanchard. "Cette pièce n'est pas un réquisitoire contre le système judiciaire ou plus généralement contre la société. Je ne me pose pas en victime, j'assume tout ce que j'ai fait. Il n'y a jamais eu de violences physiques, pas une goutte de sang versée."

Il assume tout et va même, une fois par mois, parler de son parcours à des jeunes détenus dans des centres d'éducation fermés. "Je leur dis que le rap violent qu'ils écoutent n'est peut être pas la meilleure des choses à retenir, raconte ce fan d'IAM. La phrase qu'ils retiennent est celle de se responsabiliser et ne pas toujours imputer la faute aux autres." Dans le dossier de presse de Bénamar Siba, il y a cette annotation : "2005 : Elle est belle la vie !". C'est ce que se dit le spectateur à l'issue de sa "rencontre" avec "BB".

"Mes Os et Barabbas" se joue au théâtre des Déchargeurs jusqu'au 1er juillet. A la rentrée, Bénamar Siba sera à Toulouse, Avignon et à la Réunion après un détour à l'école qui forme les surveillants de prison pour jouer sa pièce devant 500 élèves à Agen. Il reprendra sa pièce à Paris au théâtre du Temple. Informations et réservations au 0.892.70.12.28.

(Siba Bénamar sur scène/DR)

Par Amélie Gautier le 29 juin 2006 à 19:00
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13 Commentaires

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  • Manuel, le 30/06/2006 à 16h13

    Un Grand bravo pour ce magnifique article!!! Merci.

  • Mamie, le 30/06/2006 à 13h00

    Si, tous les détenus prennent exemple sur lui, nous n'auront plus assez de théatre, de scène pour les accueillir! sourire! je plaisante! Bien, petit coup de chapeau pour lui, mais pas pour votre titre, faut pas non plus pousser mémé dans les orties. Mais, je pense que si son passé peut aider les autres, c'est très bien. il est vrai qu''il est très bien placé pour parler. Je lui souhaite de réussir sa nouvelle vie, et de se faire entendre puisque je pense qu'il peux vraiment apporter quelque chose de positif, mais faut il encore qu'il soit écouté.....

  • Didier, le 30/06/2006 à 11h33

    Personnellement, je suis toujours révulsé quand je vois qu'un ancien taulard est projeté sur le devant de la scène et qu'il a droit à tous les égards de la part d'un certain nombre de médias. On a beau y être habitué, je ne m'y ferai jamais...

  • Denis, le 30/06/2006 à 10h23

    De quelle revanche parlez vous? C'est lui qui avait choisi son destin de gangster, il a payé et a compris. Là est la morale, arrétez d'inverser les rôles. Enfin cela n'empêche bravo à cet homme pour sa reconversion.

  • Pop, le 30/06/2006 à 10h20

    Si je comprend bien, maintenant pour être connu, il faut avoir braqué des banques et avoir eut une vie mouvementée. Arrêtez de privilégier ceci car ce n'est pas bon. Maintenant, je félicite cet homme qui a eut l'honnêteté de reconnaitre ces fautes et je lui souhaite un bon nouveau parcour. Au fait, s'est il excusé auprès des gens qu'il a traumatisé?

  • Marc, le 30/06/2006 à 08h11

    Revanche? Pourquoi revanche? Réfléchissons au bon emploi des mots.

  • Lyne, le 30/06/2006 à 06h42

    Cette article me laisse sans voix. Le courage de cet homme est un exemple pour tous ceux qui sombrent dans la délinquance. "Je leur dis que le rap violent...." " se responsabiliser et ne pas toujours imputer la faute à l'autre" C'est tellement vrai. Dommage que Bénamar Siba ne soit pas invité sur toutes les chaines de TV pour une promotion digne de ce nom. Je lui souhaite beaucoup de succès et de réussite. Bravo MONSIEUR pour ce que vous pouvez faire pour notre jeunesse.

  • Mickael, le 29/06/2006 à 22h36

    Preuve que la prison sert a quelque chose, au moins à réfléchir.

  • Monique, le 29/06/2006 à 20h43

    Eh ben, ca fait du bien de voir qq chose de positif dans tous ces malheurs, quel espoir!

  • JC, le 29/06/2006 à 20h23

    Sacre type. Bravo. Je vous souhaite bonne reussite.

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