
Portée par des sondages qui la placent largement en tête des présidentiables socialistes, Ségolène Royal continue d'égrener à son rythme ses propositions en vue de la prochaine présidentielle. Après la sécurité ou les 35 heures, elle s'exprime dans un long entretien paru jeudi dans Le Monde sur l'immigration et les enjeux internationaux.
Dans cette interview , la députées des Deux-Sèvres affirme qu'il faut reconduire "systématiquement hors de France" les délinquants étrangers dangereux. Elle précise qu'il ne s'agit "absolument pas" de rétablir la double peine : "Je ne parle pas de ceux qui ont grandi en France mais des auteurs de crimes et de délits arrivés depuis peu". "Il faut redéfinir les critères de reconduite à la frontière et respecter la dignité des personnes dans l'application des décisions de justice", souligne-t-elle, en refusant de parler de "charters". "Plutôt que de s'attaquer aux familles et aux enfants (...), il vaudrait mieux être beaucoup plus ferme contre les trafiquants et les employeurs de clandestins", note-t-elle, saluant au passage la mobilisation d'enseignants et de parents en faveur d'enfants scolarisés expulsables.
Contre des régularisations massives de clandestins
"Comme dans tous les domaines", Ségolène veut "un ordre juste qui allie fermement efficacité et humanité" en matière d'immigration. Elle dénonce ainsi la suppression du dispositif de régularisation après dix ans de séjour en France et le durcissement des conditions du regroupement familial, prévu par la nouvelle loi Sarkozy sur l'immigration. Au contraire de Laurent Fabius, qui a repris les modèles italien et espagnol, elle ne se prononce pas sur d'éventuelles régularisations de masse. Selon elle, "il s'agit d'un héritage des années Aznar et Berlusconi, qui résulte d'abord de l'absence de mécanisme efficace de gestion en continu de l'immigration".
"Une France aujourd'hui inaudible"
Attendue sur ses premières interventions en matière de politique étrangère, corde indispensable à l'arc de tout présidentiable, Ségolène Royal "déplore le discours défaitiste de certaines élites". A ce titre, elle entend "renforcer l'Etat pour que la France n'ait plus peur de la mondialisation". S'en prenant directement à Jacques Chirac, elle estime que "la France est inaudible parce qu'elle met en oeuvre ni chez elle ni dans sa politique étrangère ce qu'elle proclame à l'extérieur".
La présidente de la région Poitou-Charentes insiste longuement sur "le rôle déterminnant de l'Etat. Même dans les pays qui se disent libéraux, il intervient plus qu'on ne le croit". Et de citer à l'appui les investisements importants des pouvoirs publics américains en matière civile ou militaire, ou encore les performances du modèle suédois en matière de redistribution ou de financement de la racherche.
Enfin, depuis le "non" français à la Constitution européenne, il manque à ses yeux une "vraie volonté politique" pour construire "l'Europe par la preuve". Ce n'est pas parce que le groupe aéronautique européen EADS traverse une période de turbulences "qu'il faut renoncer aux grands projets européens (...) En politique nationale comme à l'échelle européenne, le volontarisme industriel a un sens et il faut l'incarner".
(photo d'archives : Ségolène Royal)
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