© AFP 2004 / STEPHANE DE SAKUTIN LCI.fr : D'où vient votre inquiétude soudaine sur les tenues "provocantes" de certaines jeunes filles à l'école ?
Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis) : Lors d'une réunion récente au collège de ma ville, nous nous sommes arrêtés plus d'une demi-heure sur la question de savoir ce qu'était une tenue correcte. J'en ai appris plus à ce moment-là sur ce qu'étaient les tenues des jeunes filles de 12-14 ans aujourd'hui quand il faut chaud. Je suis allé devant l'entrée du collège. J'ai pu voir des adolescentes arriver les fesses apparentes et un string derrière leur jeans, d'autres avec un tout petit tee-shirt laissant voir le ventre et quasiment le pubis avec un piercing ! J'ai été choqué. On ne peut pas, dans les écoles de France, être partagé entre d'un côté le voile et, de l'autre, le string. Ces tenues ne seraient mêmes pas permises dans une discothèque !
LCI.fr : Ne craignez-vous pas d'être taxé de réactionnaire ?
E.R. : Il ne s'agit pas de retourner 30 ans en arrière à l'ordre moral mais, entre le père "La Pudeur" et le père Fouettard, je dis attention. L'attentat à la pudeur et l'incitation à la débauche, ce n'est ni Eric Raoult ni Ségolène Royal qui les ont inventés. C'est inscrit dans le Code pénal et il faut éviter de les banaliser. Nous sommes une société où il y a une liberté de mœurs pour les majeurs. Pour les mineurs, elle doit être plus encadrée. Il ne faudrait pas que l'autorité parentale se résume à dire aux garçons "ne mets pas le feu aux voitures" et aux filles "ne mets pas le feu ailleurs". Je ne trouve pas normal qu'un garçon accoste une jeune fille de seulement 12 ans pour aller prendre un café...
LCI.fr : Que demandez-vous dans le courrier que vous avez adressé au ministre de l'Education ?
E.R. : Je demande à ce que des directives soient données aux inspecteurs d'académie et aux chefs d'établissement pour que les règlements intérieurs précisent ce qu'est une tenue correcte. Je souhaite aussi que les parents puissent s'occuper de tous les problèmes de la société. Le CPE et les sans-papiers c'est bien, mais il faut aussi s'occuper des établissements scolaires. Dans une société libérale on ne doit pas avoir des risques de dérapage ou d'incitation.
LCI.fr : La violence scolaire n'est-elle pas un sujet plus préoccupant que les petites culottes des collégiennes ?
E.R. : La violence en milieu scolaire, ce n'est pas seulement taper les professeurs, c'est aussi un certain nombre d'attouchements ou d'agressions. On n'en parle pas, mais malheureusement ils sont en hausse dans les établissements du Raincy et de façon plus générale, en Seine-Saint-Denis. Les viols et les tournantes ne se passent pas par moins 30° mais surtout quand il fait chaud et quand un certain nombre de petites jeunes filles ont pu laisser croire des choses.
LCI.fr : Vous faites partie des 17 maires de Seine-Saint-Denis ayant signé un texte appuyant les critiques de Nicolas Sarkozy sur l'efficacité du Tribunal pour enfants de Bobigny...
E.R. : Ce document rappelle que les événements du 27 octobre et du mois de novembre ont éclaté chez nous, en Seine-Saint-Denis, et que seulement une personne a été condamnée à une peine ferme. Ce n'est quand même pas beaucoup.
LCI.fr : Peut-être parce que ce n'est pas la solution la plus appropriée pour les mineurs ?
E.R. : Rien ne justifie que l'on brûle une voiture, surtout quand c'est celle de son voisin ou de son cousin. Intégrer la LCR, entrer dans les ordres, partir se battre à l'étranger : il existe différentes façon d'exprimer sa colère ou sa révolte. Je rappelle qu'il y a eu des collèges et des gymnases incendiés, des concessionnaires automobiles dévastés. Il est important de ne pas donner une image d'impunité à des jeunes de 14 ans car ils deviennent des multirécidivistes.
La FCPE et la Peep tancent Raoult Les deux fédérations de parents d'élèves du public, la FCPE et la Peep, ont vertement réagi aux propos d'Eric Raoult. "Quand on sort en burqa, évidemment, il n'y a pas de problème !", a déclaré Faride Hamana, président de la FCPE. "C'est du machisme libidineux, il y a autre chose à faire que de regarder les tenues des adolescentes", a-t-il critiqué, en regrettant que ce soit "toujours la faute des filles. Les garçons portent des pantalons taille basse, parfois leur caleçon dépasse, c'est la mode, il n'y a pas deux poids, deux mesures, je ne vois pas l'intérêt de cette polémique aujourd'hui. Des filles très jolies, bien dans leur corps, seraient une provocation pour les garçons ? Ce sont des idées dangereuses et dépassées". Du côté de la Peep, sa vice-présidente, Corinne Tapiero, a dénoncé "un faux débat, déplacé, un non sujet. On vit dans un système que M. Raoult n'a pas bien compris: les adolescents s'habillent aujourd'hui pour être fondus dans la masse", a-t-elle expliqué, ironisant sur des élèves allant "en cours, par cette chaleur, en combinaison de ski..."
Photo : Eric Raoult, en 2004 (crédit AFP/ STEPHANE DE SAKUTIN )
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