Procès d'un double meurtre en Corse : Me Jean-Michel Marriaggi, avocat de la partie civile © DRComparaissant libres, René Agostini, 28 ans, et Jean-Marie Struffi, 30 ans, répondaient de complicité d'assassinat, enlèvement et séquestration devant la cour d'assises du Val-de-Marne, dans ce dossier dépaysé à Créteil. Ange-Marie Fraticelli, 32 ans, avait été renvoyé pour faux témoignage aggravé. Au terme de 10 jours d'audience où les incertitudes de l'enquête ont été dénoncées tant par l'avocat général que par la défense, les jurés les ont tous déclarés, après un délibéré de huit heures, non-coupables des assassinats de Dominique Marcelli, 25 ans, et de Jean-Christophe Marcelli, 24 ans. Leurs corps criblés de balles avaient été découverts en partie calcinés, le 21 août 2001, à proximité d'une voiture incendiée à Moriani-plage, au sud de Bastia.
Joseph Menconi, en détention dans le cadre de précédentes affaires, restera en prison, tout comme Jacques Mariani. Ce dernier a été condamné par ailleurs à quatre ans de prison pour infraction à la législation sur les armes. René Agostini, également renvoyé pour détention et transport d'armes, a été condamné à trois ans d'emprisonnement, dont trente mois avec sursis. La peine couvre sa détention provisoire. Pour la partie civile, Me Jean-Michel Marriaggi a regretté un acquittement qui ne "permet pas (aux familles) de faire leur deuil". Mais elles "ont fait leur deuil de l'institution judiciaire aujourd'hui", a-t-il ajouté. Il a estimé que l'institution avait "failli".
"De la négligence à la malhonnêteté"
Sans prononcer le mot acquittement, l'avocat général François-Louis Coste s'en était complètement remis à l'appréciation des jurés, leur disant : "on ne pourrait pas imaginer une peine inférieure à 30 années de réclusion criminelle" pour un "crime aussi abominable", "encore faut-il avoir la conviction" que les principaux accusés sont coupables. Dans son réquisitoire, il avait notamment regretté qu'aient été "négligées quelques investigations supplémentaires", ouvrant les portes à la défense des accusés, qui ont toujours nié être mêlés à l'affaire.
Face un banc des parties civiles resté ensuite vide jusqu'au verdict, les avocats de la défense s'en étaient particulièrement pris aux textos envoyés la nuit précédant les faits par Jean-Christophe Marcelli à sa compagne. Il y citait les noms de Mariani, Menconi, Struffi et "Kimbo", le surnom de René Agostini. Selon l'accusation, le jeune homme, alors séquestré, avait servi d'appât pour attirer Dominique Marcelli hors de chez lui, ce dernier étant visé parce qu'il était soupçonné par le gang de la "Brise de Mer" d'avoir tué un de ses hommes.
A partir du moment où les enquêteurs ont les textos, avait dit Me Dupond-Moretti, "on va passer de la négligence à un choix d'enquête, de la négligence à la malhonnêteté". Et de citer pêle-mêle une analyse incomplète de la téléphonie mobile, des écoutes téléphoniques inexploitées ou des témoins potentiels pas entendus. La défense avait aussi attaqué le témoignage de Michelle Marcelli, veuve de Dominique Marcelli, protégée jusque dans la salle d'assises par quatre gardes du corps, "dont les déclarations varient" selon Me Dupond-Moretti.
Photo d'ouverture : Me Jean-Michel Marriaggi, avocat de la partie civile : la justice a "failli" - DR
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