Les "Français de Guantanamo" nient toute vocation terroriste

le 03 juillet 2006 à 21h56 , mis à jour le 03 juillet 2006 à 22h23

Au premier jour de leur procès pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", six anciens détenus français de Guantanamo ont vigoureusement démenti avoir voulu se former aux techniques du terrorisme. Capturés fin 2001 par l'armée pakistanaise ou les combattants afghans, ils affirment s'être trouvés au mauvais endroit au mauvais moment.

TF1/LCI : Français de Guantanamo : l'arrivée au tribunal de l'un des prévenus, Nizar SassiFrançais de Guantanamo : l'arrivée au tribunal de l'un des prévenus, Nizar Sassi © DR

Le procès de six anciens détenus français de Guantanamo, poursuivis pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" mais qui assurent avoir été capturés au Pakistan et en Afghanistan parce qu'ils étaient étrangers, a débuté lundi à Paris. Mourad Benchellali, 25 ans, Nizar Sassi, 26 ans, Brahim Yadel, 36 ans, Imad Achab Kanouni, 29 ans, Khaled Ben Mustapha, 34 ans, et Redouane Khalid, 38 ans, comparaissent devant la 16e chambre du tribunal correctionnel, présidée par Jean-Claude Kross, jusqu'au 12 juillet. S'ils reconnaissent sans peine s'être rendus en Afghanistan en suivant une filière clandestine passant par Londres, puis avoir été hébergés et s'être entraînés dans des camps dépendant d'Oussama ben Laden, ils nient tous avoir eu pour but d'entrer dans un réseau terroriste, et encore moins d'avoir eu l'intention de commettre des attentats en Europe.

Capturés fin 2001 par l'armée pakistanaise ou les troupes de l'Alliance du Nord afghane, après l'attaque américaine et l'effondrement du régime des talibans, ils avaient été transférés à Guantanamo début février 2002. Après avoir été interrogés sur place par des enquêteurs de la DST, ils avaient été renvoyés en France où, après plusieurs mois de détention provisoire, cinq des six prévenus avaient été remis en liberté, sous contrôle judiciaire. Seul Brahim Yadel, parce qu'il avait violé les obligations d'un précédent placement sous contrôle judiciaire au moment de son départ pour l'Afghanistan, est toujours emprisonné et comparaît entre deux gendarmes, dans un box de sécurité.

Un voyage pour connaître le mode de vie dans un pays musulman

Pour l'accusation, qui s'appuie sur des enquêtes et des interrogatoires de la DST, leurs cas sont clairs : ils s'étaient rendus en Afghanistan pour y suivre un entraînement aux techniques du terrorisme, afin ensuite de combattre aux côtés des talibans ou de rentrer chez eux et se tenir prêts à l'action terroriste. Ces jeunes gens, qui estiment s'être trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, assurent que leurs séjours n'avaient pour but pour certains que de s'entraîner au tir ou pour d'autres de connaître le mode de vie dans un pays musulman.

"On m'avait expliqué que partir dans un pays musulman était une obligation pour tout bon croyant. Et, en France, moi et ma femme nous étions dénigrés à cause de notre habillement. Je suis donc parti en Afghanistan pour y vérifier par moi-même l'opportunité de m'installer là-bas", a affirmé Redouane Khalid. Khaled Ben Mustapha a raconté avoir été, après son arrestation au Pakistan alors qu'il tentait de rentrer en France, "vendu par les villageois. Les Américains payaient très bien, à l'époque. Moi, je sais qu'ils m'ont acheté 5000 dollars".

Une fois de plus, dans un dossier de ce genre, le délit "d'association de malfaiteurs en relations avec une entreprise terroriste", spécificité du droit français, sera au centre des débats. "Les Américains eux-mêmes sont stupéfaits de voir que la France a un délit qui est aussi contraire aux notions générales de droit pénal selon lesquelles tant qu'il n'y a pas de commencement d'exécution on ne peut pas être poursuivi", s'est indigné Me Paul-Albert Iweins, défenseur de Redouane Khalid. "Rien ne justifie le fait que la France soit le seul pays qui a embastillé à leur retour de Guantanamo ceux que les Américains avaient libérés !", a-t-il lancé.

Photo d'ouverture : Français de Guantanamo : l'arrivée au tribunal de l'un des prévenus, Nizar Sassi - DR

le 03 juillet 2006 à 21:56
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