Laurent Fabius au 20 heures de TF1 le 22 août 2006 © TF1Laurent Fabius passe à l'offensive. Et il a choisi son angle d'attaque. "Ce qui m'intéresse, c'est les positions de fond (...) parce que j'en ai un petit peu assez de ces généralités, parfois sympathiques, parfois antipathiques", a-t-il expliqué le sourire en coin mardi soir sur TF1, une manière de critiquer sans la nommer Ségolène Royal et son discours de dimanche à Frangy-en Bresse.
Après la rentrée très médiatisée de la présidente de Poitou-Charentes, l'ancien Premier ministre veut engager la bataille des projets, persuadé que sur ce terrain des propositions concrètes, la favorite des sondages sera à la peine. " Chaque Française, chaque Français doit savoir dès maintenant quels seront les changements précis apportés par une victoire présidentielle de la gauche, et selon quel calendrier " a-t-il affirmé lors d'un point presse mercredi matin. Avant même l'ouverture vendredi de l'université de la Rochelle, il a ainsi présenté sept engagements " d'application immédiate au lendemain de l'alternance ".
Plus 150 euros pour le SMIC
Priorité selon lui au pouvoir d'achat, notamment pour les Français les moins bien rémunérés. Son premier engagement est une hausse du SMIC de 100 euros. En contrepartie, les cotisations sociales seront allégées pour les entreprises de moins de 50 salariés. Pour compenser la hausse du prix de l'essence, Laurent Fabius promet la création d'une "prime de transport ". Il entend aussi réformer le régime des stock-options et supprimer les exonérations de cotisations sociales dans les entreprises de plus de 500 salariés. Pour répondre à la crise de l'habitation, il veut permettre aux préfets de reprendre la main face aux maires ne respectant pas la loi sur la construction des logements sociaux.
Fossé entre les préoccupations et les réponses
Avec ces propositions, le candidat à l'investiture socialiste entend se situer sur " une ligne clairement à gauche ". Pour lui, Ségolène Royal a une "ligne floue. Je ne pense pas qu'elle puisse rassembler durablement la gauche". L'ancien Premier ministre regrette le niveau actuel des débats, à huit mois de la présidentielle : "il y a un fossé entre le sérieux des préoccupations des Français" et "la minceur des réponses apportées" dit-il, évoquant "la réponse Kärcher", allusion à Nicolas Sarkozy, et "les propos généraux", critique contre la compagne de François Hollande.
En cas d'échec, Laurent Fabius, qui ne décolle pas dans les sondages, se veut bon perdant : "celui qui sera choisi aura le soutien de l'ensemble du PS". S'il échoue, il reste évasif sur ses propres projets : "j'ai fait le plein des expériences ministérielles" et "je me présente pour la première fois à la présidentielle, c'est nouveau pour moi", rappelle celui qui a été le plus jeune Premier ministre de France. Mais il ne veut pas se placer dans l'hypothèse de la défaite. "Mon état d'esprit est offensif et serein". Mardi, son arsenal de campagne s'est mis au Net avec la mise en ligne d'un site web "de rassemblement et de soutien" intitulé "2007lagauche".
| Les sept engagements de Fabius |
1 - Hausse immédiate du SMIC de 100 euros. En compensation, les cotisations sociales seront allégées pour les entreprises de moins de 50 salariés. Une prime transport sera instaurée pour les salariés. Les régimes sociaux et fiscaux réservés aux "stock options" seront supprimés, sauf pour les entreprises nouvellement créées pendant leurs cinq premières années d'activité. 2 - Dans les entreprises de plus de 500 salariés, les exonérations de cotisations sociales seront supprimées. Les ressources ainsi récupérées seront affectées à raison d'un tiers pour les emplois jeunes, un tiers pour la recherche et l'enseignement supérieur, un tiers pour le soutien aux investissements et à la croissance des PME. 3 - Au moins 120.000 logements sociaux locatifs devront être construits chaque année. Dans les communes ne respectant pas le minimum prévu de 20% de logements sociaux, l'Etat - autrement dit le Préfet - se substituera d'office au maire défaillant pour la réalisation de ces logements. 4 - Une loi programme fixera pour cinq ans les objectifs précis concernant notamment les économies d'énergie. EDF retrouvera un statut 100% public. Prévue au 1er juillet 2007, la mise en concurrence de l'énergie pour les particuliers sera immédiatement réexaminée. 5 - Pour relever le défi de la dépendance des personnes âgées, un prélèvement sera affecté à cette mission ainsi qu'aux personnes handicapées, préfigurant la création d'une cinquième branche "dépendance" de la Sécurité sociale. Le jour férié non payé institué par le gouvernement Raffarin sera supprimé. 6 - Une nouvelle République parlementaire doit être mise en place. Une profonde révision de la Constitution sera soumise à référendum dès septembre 2007. 7 - Relance de l'Union européenne : un traité d'harmonisation sociale et fiscale entre Etats membres devra être élaboré, et une nouvelle Constitution, recentrée sur les valeurs, adoptée par référendum. Tout nouvel élargissement devra être subordonné à la réalisation préalable de ces avancées. |
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