Les expulsés du squat de Cachan dans le gymnase de la ville, le 25 août 2006 © A.Ga./LCI.fr"Fais la passe, vas-y, moi je suis Didier Drogba". Dans la rue, au pied d'un immeuble aux balcons fleuris, un bambin haut comme trois pommes joue avec un ballon dégonflé. "Babacar, viens manger !", lui crie sa maman. Le petit garçon est l'un des 200 expulsés du squat de Cachan qui "vivent" dans le gymnase Belle-Image depuis plus d'une semaine. Une solution "très temporaire de refuge" proposée par la mairie mais qui perdure.
Vendredi matin. Sous la tente installée à l'entrée du bâtiment municipal, des bénévoles distribuent boissons, gâteaux, salade de riz. Sur les tréteaux, des piles de vêtements, un réchaud, des stocks de bouteilles. Scotchée sur une toile, une feuille précise "pas d'eau chaude pour les biberons". La municipalité fournit les denrées de première nécessité, le Conseil général les repas le soir, les associations le reste.
"La mort vaut mieux qu'une humiliation"
Le petit footballeur sirote maintenant un jus d'orange, ballon sous le bras. Autour de lui, bébés ficelés sur le dos, des femmes en boubous s'affairent avec leurs petits, des hommes se brossent les dents, boivent un café, discutent assis sur des chaises en fer, jouent avec des enfants. Tous ont un air hagard. Les mines sont épuisées, les yeux injectés de sang. Il n'y a pas de place pour tout le monde dans le gymnase. Les hommes dorment là où ils le peuvent, sur des bancs de vestiaire, des marches, à terre. Il y a des odeurs d'urine et de vomi.
Dans un vestiaire, six hommes sont allongés sur des matelas. Depuis mardi, ils ont entamé une grève de la faim. Il y a un Marocain, un Algérien, quatre Maliens. Leur lutte : un foyer pour tous. "On arrive à un stade dans la négociation où on ne voit plus les solutions. La grève de la faim, c'est une impuissance parce que ça va jusqu'à la mort. Mais la mort vaut mieux qu'une humiliation", explique Sidiki, l'un des grévistes. Et de se recoucher. Un homme passe pour accéder aux douches. Il règne une chaleur moite, un calme étrange. Au loin des cris d'enfants, des portes qui claquent. Aucun des grévistes ne sortira du vestiaire avant d'avoir obtenu gain de cause.
Tous les expulsés ne cautionnent pas ce moyen de revendication mais tous le respectent. Au-delà d'une régularisation pour les sans-papiers -environ la moitié d'entre eux- tous souhaitent un foyer. Quand on leur demande pourquoi ils ont refusé les propositions d'hébergement en hôtels de la Préfecture, ils expliquent à l'unisson qu'ils doivent rester groupés. "Effectivement, on serait mieux à l'hôtel, concède Ali, mais ça consisterait aussi à être dispatchés et donc à être plus à la merci des contrôles de police. Et on doit rester solidaire de ceux qui n'ont pas de papier." "On veut vivre dignement comme les autres, on ne veut pas être des assistés, on veut participer à l'effort collectif", résume Fidèle Nitiéma, le délégué des expulsés.
Une situation sanitaire préoccupante
La salle principale du gymnase est réservée aux femmes. La majorité d'entre elles sont mères d'enfants en bas âge. Le sol est recouvert de matelas, impossible de circuler. Le linge sèche ici et là. Installées sur ces lits de fortune, les mamans changent leurs bébés, parlent, vaquent. Certaines emmitouflées dans des couvertures tentent de grappiller des minutes de sommeil. Pas évident. Ca crie, ça pleure, ça tousse. Les petits sont agités ou, au contraire, amorphes. Il y a ceux qui veulent jouer, s'agrippent et sautent dans les bras du premier venu. Besoin d'attention, besoin d'affection. Il y a les autres qui déambulent l'air groggy.
"Il y a des épidémies de gastro", raconte Stéphane, un bénévole en balayant d'un regard désespéré le gymnase. Tous les matins, deux pédiatres viennent vérifier qu'il n'y a pas de risque sanitaire. Pour les cas les plus graves, les médecins doivent emmener les bébés. Les mères ne veulent pas partir. Beaucoup auraient été brutalisées lors de l'expulsion du squat. Toutes ont peur. Et les rumeurs incessantes d'une évacuation policière imminente n'arrangent rien. Un rapport d'évaluation ethno-psychologique envoyé au Conseil général atteste du besoin d'un "suivi psychologique".
Jeudi, certains avaient annoncé qu'une femme enceinte de huit mois "blessée lors de l'évacuation violente" avait perdu son bébé. Abdoulaye est né le 23 août. La maman Aminata et lui se portent bien", met au point une feuille punaisée à l'entrée du gymnase. Deux adolescentes viennent proposer leur aide. "On se sent concernées parce qu'il y a un réel problème humanitaire", glissent-elles. Un peu plus loin, Babacar, lui, s'est déjà remis à dribbler.
La préfecture ne veut pas dialoguer avec les ex-squatteurs |
Le préfet du Val-de-Marne Bernard Tomasini a assuré vendredi qu'il n'était "pas possible d'engager une énième discussion sur des bases non-conformes à nos lois, donc non recevables", dans une lettre adressée notamment au maire socialiste de Cachan. Pour Pierre Derrouch, directeur de cabinet du préfet, "si la situation était amenée à perdurer au-delà du week-end, le préfet serait sans doute amené à alerter le procureur sur la situation des enfants". Le maire de Cachan, Jean-Yves Le Bouillonnec, s'est lui déclaré "inquiet" de la situation sanitaire. (D'après AFP) |
(Dans le gymnase de Cachan vendredi/Photo A.Ga./LCI.fr)
Retour MYTF1
Chargement en cours...



