Lionel Jospin ému aux larmes lors de son discours à La Rochelle © DRPromesse largement tenue pour ce qui devait être l'événement de la journée à la Rochelle. Samedi vers 15h00, Lionel Jospin est arrivé dans une cohue encore plus grande que Ségolène Royal pour participer au débat avec plus de 700 jeunes militants socialistes. Crispé dans les premières minutes, l'ancien Premier ministre s'est progressivement détendu puis mis à nu dans une confession publique rare qui a figé la salle. Après une heure quarante-cinq de propos sur son bilan, Il a en effet livré les clés de sa décision annoncée au soir du 21 avril de quitter la vie politique.
"Camarade, es-tu parti, es-tu revenu ? Réponds franchement" lui a simplement demandé une militante. Très ému, Lionel Jospin a alors réfuté tout abandon des socialistes. "Je ne vous ai pas abandonnés (...) J'ai pensé que si je prenais sur moi finalement symboliquement, physiquement et tristement le choc de cette défaite, alors peut-être vos chances en étaient augmentées pour la bataille législative, et pas affaiblies", a-t-il expliqué. Voix à-demi cassée et larmes aux yeux, il a eu du mal à terminer sa phrase. La salle comble l'a aidé en l'applaudissant à tout rompre, sous le coup elle aussi de l'émotion.
"Une épreuve cruelle et inattendue"
Evoquant la fameuse phrase sur son retrait, vécue comme un abandon sur le champ de bataille, Lionel Jospin a réfuté cette "confusion entre guerre et démocratie". Même si on admet "cette rhétorique guerrière absurde", "est-ce que vous avez vu beaucoup d'armées qui partent à une deuxième bataille avec un général qui vient d'être vaincu ?", a-t-il lancé. " Le 21 avril était pour moi une épreuve cruelle, soudaine, inattendue, qui m'a profondément touché", a poursuivi l'ex-Premier ministre. "En annonçant mon retrait", a-t-il repris, "j'ai voulu marquer que j'acceptais l'arrêt du peuple, j'allais jusqu'au bout de la violence du geste du peuple".
Les raisons de la défaite en 2002 ? "La division de la gauche nous a affectés", a-t-il dit tout en reconnaissant qu'il avait "fait une mauvaise campagne" en commettant des "erreurs d'expression" . "J'ai été frappé de voir qu'après cinq ans" d'action, "on vous juge sur une phrase", a-t-il dit dans une allusion probable à ses remarques sur le fait que son programme n'était pas socialiste.
Des flèches contre Ségolène Royal
Interrogé sur ses intentions pour 2007, Lionel Jospin s'est borné a indiquer : "je reste avec vous, s'il y a quelque chose effectivement qui peut me déterminer à être encore plus avec vous, c'est une conception de la politique, une vision du parti et la fidélité à ce que je crois être pour moi une authentique politique de gauche et de culture militante". Les raisons qui le pousseraient à se lancer dans la bataille découlent d'une volonté de faire barrage à Ségolène Royal. Il n'a pas la même "conception de la politique " que la présidente de Poitou-Charentes.
Sans jamais la nommer, il a critiqué sa stratégie, résumant son propos par cette formule : "les tuyaux ne donnent pas le contenu". "Notre démocratie reste une démocratie représentative. Bien sûr, il faut utiliser les techniques nouvelles et ce que d'aucuns appellent l'interactivité (...) mais la technique ne remplace pas la politique. Il faut avoir des idées, des convictions, exposer les enjeux, dire quelles sont nos décisions demain et quels seront nos actes", a-t-il expliqué.
A entendre les réactions de militants socialistes, Lionel Jospin a su avec émotion crever l'abcès du 21 avril à La Rochelle. Ses amis en faisaient une condition préalable à son retour dans la course présidentielle. Mais l'intéressé en ajoute une seconde : être fin septembre en situation d'être un candidat de rassemblement pour le PS et non un prétendant de plus. Si un "effet La Rochelle" joue en faveur de Lionel Jospin dans les prochains sondages, ses chances de jouer ce rôle seront plus grandes.
Photo d'ouverture : Lionel Jospin lors de son discours à l'université d'été du PS à La Rochelle - DR
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