Les magistrats sceptiques sur la vidéo en garde à vue

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 30 août 2006 à 12h05 , mis à jour le 31 août 2006 à 12h46

Interview - Des caméras pour enregistrer les gardes à vue et les auditions des juges d'instruction ? Ancien juge d'instruction et membre de l'Union syndicale des magistrats, Christophe Regnard se dit sceptique sur le bien-fondé de ce projet. Il dit pourquoi à LCI.fr.

TF1/LCILes auditions menées par le juge d'instruction pourraient être filmées © TF1/LCI

LCI.fr : Selon des médias, la réforme de la justice consécutive à l'affaire Outreau prévoirait quatre volets. L'un d'eux serait l'introduction des caméras pendant les gardes à vue d'affaire criminelle, que pensez vous de ce projet ?

Christophe Regnard : Sur le fond, c'est une bonne chose parce que ça offrirait une garantie supplémentaire. Ce système existe déjà pour les mineurs. Mais on s'est très vite rendu compte de ses limites. Souvent les enregistrements ne sont pas faits parce que les mineurs ne veulent pas être filmés lors de leur garde à vue dans les commissariats. Et puis, à l'autre bout de la chaîne, l'enregistrement ne sert quasiment jamais. Les avocats demandent rarement à visionner les bandes pour une question de temps. Une audition dure des heures et des heures... C'est sans parler des problèmes techniques. Les vidéos ne peuvent pas toujours être lues dans le cabinet du juge d'instruction pour cause d'incompatibilité de matériel.

LCI.fr : D'après le Figaro, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy souhaiterait que l'enregistrement soit étendu au cabinet du juge d'instruction.

C.R. : Là aussi, ce système existe déjà, pour les mineurs victimes. Préconisé par la Chancellerie, l'enregistrement de l'audition d'un mineur à l'instruction permettait de lui éviter de répéter trop souvent son histoire. Il n'était pas question de contrôler le travail du magistrat. Depuis l'affaire Outreau, la dynamique est différente, on veut contrôler les questions du juge et voir s'il retranscrit bien la réalité. A partir du moment où un greffier et un avocat assistent à l'audition, je ne vois pas bien l'utilité d'une telle mesure. La garantie de la présence du défenseur me semble suffisante. S'il conteste les retranscriptions du juge d'instruction, le tribunal en tiendra compte. Il faut savoir que dans 99% des cas, les interrogatoires se passent très bien.

LCI.fr : Pour certains magistrats, ces caméras risquent de nuire à la manifestation de la vérité, c'est aussi votre avis ?

C.R. : C'est évident ! La caméra va forcément perturber la personne auditionnée, elle ne sera pas à l'aise. Je ne vois vraiment pas la plus-value d'un tel dispositif, pour moi, il y a plus d'inconvénients. Et installer une "mini régie" dans chaque cabinet va représenter un coût énorme, on ne pas quand même pas transformer les greffiers en preneur de son et les avocats en cameramans !

(Image d'archives/TF1/LCI)

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 30 août 2006 à 12:05
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3 Commentaires

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  • Andre, le 31/08/2006 à 09h19

    Il serait plus judicieux de developper la police scientifique ( approche de la verité par la génétique, expertise...) que de mettre des caméras.

  • Vastre, le 31/08/2006 à 04h06

    Il est très dérangeant pour uns fonctionnaire d'être filmé au "travail". Chacun doit le comprendre.

  • Maret, le 30/08/2006 à 15h06

    "La grande Muette" c'est l'armée? ou!!la justice?

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