Le petit ségolisme illustré

Par Par Renaud PILA, le 21 août 2006 à 19h51 , mis à jour le 22 août 2006 à 10h09

Depuis son envolée surprise dans les sondages il y a un an, la candidate à la candidature socialiste s'en tient à une stratégie payante : asseoir sa popularité sur une autre façon de parler en politique pour incarner le renouvellement.

TF1/LCI : Ségolène Royal lors de son discours-programme à Frangy-en-Bresse Ségolène Royal lors de son discours-programme à Frangy-en-Bresse © DR

Le constat est connu et ressassé depuis des années : les Français sont lassés de la politique, des acteurs qui la font mais aussi des discours qu'on leur sert. A gauche, Ségolène Royal profite à plein de l'usure des éléphants socialistes, comme si une mystérieuse fatwa avait été lancée contre ceux qui ont exercé des responsabilités durant les vingt dernières années. En cette rentrée, l'expérience est un boulet, la virginité un passeport d'avenir.

De façon moins visible, elle bénéficie aussi de l'usure des mots, perçus à tord ou à raison par l'opinion publique comme répétés mécaniquement par les uns et par les autres depuis trop longtemps. Or la politique est avant tout affaire de mots, la favorite des sondages l'a bien compris. Ainsi nul besoin pour la candidate de développer un programme dense, terrain sur lequel ambitionnaient de la faire venir ses adversaires, il lui suffit pour l'instant de " parler autrement ". Si la musique est différente à l'oreille, pense-t-elle, il est plus facile d'incarner la rénovation.

Elle s'adresse au coeur

Les Français ont entendu mille fois le terme " décentralisation ", elle lui préfère l'expression " intelligence des territoires ". On leur a proposé scrutin après scrutin une " réforme des institutions ", cela devient dans sa bouche " une révolution démocratique ". Ils ne croient plus dans la capacité des gouvernements à changer le monde, elle leur propose simplement d'y vivre avec " respect ", jusqu'à en faire un idéal : construire la " République du respect ". Dans le petit ségolisme illustré, on n'hésite pas à associer des mots pour leur donner une signification politique . Le citoyen devient " un citoyen-expert ", manière de s'adresser à lui en en faisant un acteur du changement à venir. Loin des statistiques ou des propositions chiffrées, elle s'adresse au cœur des personnes et en appelle à leur générosité collective. Elle entend ainsi réveiller les idéaux de gauche, avec pour références Léon Blum ou François Mitterrand dont elle revendique l'héritage. Lionel Jospin qui avait lui réclamé un " droit d'inventaire " du mitterrandisme n'est pas cité par la députée des Deux-Sèvres.

Considérant que la crise française est plus psychologique que politique, Ségolène Royal déroule ses exposés autour du rétablissement de " la confiance ", un mot qu'elle prononce toujours avec insistance et qui suscite les applaudissements de ses auditoires. Incontestablement, le " parler neuf " de la compagne de François Hollande se montre pour l'instant efficace et redonne un espoir de victoire à gauche.

Impressionnés par "Ségolène"

Les rituels d'une candidate en campagne s'installent, et sa retenue s'efface progressivement même si elle semble encore surprise par un tel engouement. " Merci, merci d'être là " dit-elle tout simplement aux personnes qui la regardent un peu bouche bée fendre la foule. Le dialogue a encore quelque peine à s'installer, comme si les uns et les autres étaient impressionnés par " Ségolène ". 

C'est la première personnalité à générer sur le terrain une ferveur populaire depuis la campagne victorieuse de François Mitterrand il y a 25 ans. Si la popularité en politique a une grande part d'irrationnel, le phénomène Royal le démontre encore une fois. Les militants interrogés parlent peu de ses propositions mais ne sont pas avares de qualificatifs sur son style et son verbe. " Elle n'a pas la langue de bois " , " elle est directe et à l'écoute ", " elle tient un discours proche des gens "... Et lorsqu'on leur demande un jugement sur ses concurrents pour l'investiture présidentielle, une impression revient comme une antienne : " ils appartiennent au passé ". 

En faisant sa rentrée politique tambour battant une semaine avant l'université d'été de la Rochelle, Ségolène Royal a voulu signifier aux militants socialistes qu'elle était prête au combat, à sa façon. Pas question en effet pour elle d'abandonner le registre de la modestie et des formules originales. " Si je suis en situation... " a-t-elle affirmé pour clore son discours, se gardant bien de prononcer le mot " élue ", un peu à la façon de celui ou celle qui peine à nommer un rêve trop vite concrétisé. Il est vrai que si elle semble aujourd'hui écraser ses rivaux dans les sondages ou sur le terrain médiatique, le film politique de ces dernières années incite à la plus grande prudence tant la transformation d'une popularité en suffrages reste une opération chimique des plus aléatoires.

Par Par Renaud PILA le 21 août 2006 à 19:51
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44 Commentaires

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  • Mariault, le 22/08/2006 à 17h35

    Des millions de Français veulent se débarrasser de la droite, qui depuis bientôt cinq ans maintient le pays dans une crise morale et sociale. Les précédents scrutins l’ont montré. Pour gagner en 2007, la gauche doit présenter un candidat qui a toutes les chances d’être élu à l’élection présidentielle. Aujourd’hui c’est clair ; le candidat ayant la faveur des électeurs, est une candidate se nommant Ségolène ROYAL. Il est donc inutile de poursuivre une désignation du candidat par les militants du PS, quelles que soient les valeurs intrinsèques de DSK ou de Jack LANG. Les Français ont fait leur choix, ils veulent des têtes neuves, et pourquoi pas une femme ? Tout autre candidat est voué à l’échec, les sondages le prouvent. Alors messieurs les dirigeants, un peu de réalisme, n’imposez aux électeurs une réponse qui ne leur convient pas ; comme vous aviez préconisé le OUI au referendum Européen. Il est temps au contraire, d’arrêter la querelle des éléphants, qui indispose les électeurs, et de rassembler les leaders pour former une ÉQUIPE qui aide Ségolène dans son combat.

  • Philippe, le 22/08/2006 à 17h11

    Si elle passe en 2007, je repars vivre à l'étranger ! Marre de vivre dans un pays qui me pompe 40% de ce que je gagne et dans lequel travailler plus pour gagner plus est interdit par la loi !

  • Loulou, le 22/08/2006 à 16h52

    A quoi joue les médias - Ils font tous du copinage avec la Ségolène. De quoi se poser des questions pas vrai - ca cache quoi tout ca - allez messieurs les médias dites nous!!!!!!!

  • Paul, le 22/08/2006 à 16h50

    Arrêtez-moi si je me trompe, mais je n'ai pas l'impression que l'amie Ségo ait inventé quoique ce soit... J'ai toujours eu l'impression que c'était le propre des politiques que d'utiliser des expressions alambiquées pour désigner des choses simples et concrètes. N'est-ce pas ce qu'on leur a toujours reproché ? N'est-ce pas l'outil de base pour qui veut pratiquer la langue de bois ? Tout au plus a-t-elle amené de nouvelles tournures...

  • Antoine, le 22/08/2006 à 16h49

    Mme Royal dorlote et materne les Français avec des formules abscones ... Côté idées ou propositions d'action, c'est le vide sidérale !

  • Fred, le 22/08/2006 à 16h22

    La grande illusion... Ca lui irait bien comme surnom.

  • Durand, le 22/08/2006 à 16h07

    Le fait d'être une femme justifierait ces dythirambes surtout axé sur le renouvellement. Mais pourquoi pas Marine Le Pen tant qu'on y est ? A non, j'oubliais c'est pas politiquement correct.

  • Non, le 22/08/2006 à 16h04

    J'ai peine a croire que Ségolène et le parti Socialiste pourront remettre une France en route apres l'avoir mise en panne!!! Je ne voit pas les socialistes réglés les problèmes liés a l'immigration quand on voit qu'actuellement bon nombres d'élus de Gauche détournent la loi pour proteger des sans papiers autant de signe a ne pas négliger pour 2007 !!!

  • Georges, le 22/08/2006 à 16h01

    J'aime a lire ou a entendre dans mon entourage ou ailleurs que certains pensent qu'en votant Ségolène ils voteront pour le changement, si par malheur elle arrivait en 2007 au pouvoir que de désillusions pour ceux qui auront voter Ségo continuité et aggravation des problèmes, regardez donc l'espagne Zapatero se retrouve bien embeté avec les problèmes d'immigration qui ne cesse de croitre alors qu'il pensait regler cela en regularisant a tour de bras !!!

  • En réponse, le 22/08/2006 à 15h44

    Pourquoi cher Ludo tenez vous tant a faire taire les Lepénistes n'avons nous pas droit a la représentativité comme tous les autres partis me semble t'il cher Monsieur que nous semble dans une démocratie bien que a y regarder de plus près !!!

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