Le verbe tranquille de Ségolène Royal

Par Par Renaud PILA, le 21 août 2006 à 16h02 , mis à jour le 21 août 2006 à 16h25

Dimanche, en Bourgogne, la députée des Deux-Sèvres n'a fait qu'esquisser les contours d'un projet pour 2007. Elle a surtout voulu parfaire un style et délivré un message de proximité.

TF1/LCI : Ségolène Royal lors de son discours-programme à Frangy-en-Bresse Ségolène Royal lors de son discours-programme à Frangy-en-Bresse © DR

" Pourquoi pas... " Depuis cette réponse sybilline lancée au détour d'une interview à Paris-match fin septembre 2005 et son envolée surprise dans les sondages qui s'en est suivie , Ségolène Royal s'en tient à une stratégie payante : asseoir sa popularité sur une autre façon de parler en politique et répondre au profond désir de renouvellement de l'opinion.

Alors que ses rivaux socialistes espéraient une usure de sa popularité ou attendaient un faux pas de celle qui n'a pas leur longévité politique, le mouvement de sympathie autour d'elle s'amplifie. Et rien ne semble pour l'instant l'arrêter. La fête de la rose organisée dimanche par Arnaud Montebourg à Frangy-en-Bresse en a été une preuve supplémentaire. Chaque année, ce rendez-vous ne rassemble que quelques centaines de militants. Le cru 2006, les organisateurs s'en souviendront. Plus de 3000 personnes se sont déplacées de toute la région pour écouter la présidente de Poitou-Charentes, pour la voir, la toucher. Chacun de ses pas dans ce petit village bressans a été accompagné de bousculades dont sont plutôt accoutumés les rock star.

"Voir Ségolène en vrai"

Signatures d'autographes, photos avec les proches, bises aux enfants... Les rituels d'une candidate en campagne s'installent, et sa retenue s'efface progressivement même si elle semble encore surprise par un tel engouement. " Merci, merci d'être là " dit-elle tout simplement aux personnes qui la regardent religieusement fendre la foule. Mais le dialogue ne s'instaure pas vraiment, comme si les uns et les autres étaient impressionnés de " voir Ségolène en vrai ".

Incontestablement, la favorite des sondages fait des heureux à gauche. C'est la première personnalité à générer une ferveur populaire depuis la campagne victorieuse de François Mitterrand il y a 25 ans. Si la popularité en politique a une grande part d'irrationnel, le phénomène Royal le démontre encore une fois. On dit la politique triste et usée, la compagne de François Hollande lui donne l'allure d'un sourire et d'une fraîcheur qui plaît. Les militants interrogés parlent peu de ses propositions mais ne sont pas avares de qualificatifs sur son style. " Elle n'a pas la langue de bois " , " elle est directe et à l'écoute ", " elle tient un discours proche des gens"... Et lorsqu'on leur demande un jugement sur ses concurrents pour l'investiture présidentielle, un mot revient comme une antienne : " ils appartiennent au passé ".

Ségolène Royal profite à plein de l'usure des éléphants, comme si une mystérieuse fatwa avait été lancée contre ceux qui ont exercé des responsabilités durant les vingt dernières années. En cette rentrée, l'expérience est un boulet, la virginité un passeport d'avenir. Ainsi nul besoin pour la candidate de développer un programme dense, terrain sur lequel ambitionnent de la faire venir ses adversaires, il lui suffit pour l'instant de " parler autrement ". La politique est affaire de mots, Ségolène Royal l'a bien compris. Les Français ont entendu mille fois le terme " décentralisation ", elle lui préfère dimanche l'expression " intelligence des territoires ". Ils ne croient plus dans la capacité des gouvernements à changer le monde, elle leur propose d'y vivre avec " respect ", jusqu'à en faire un idéal : construire la " République du respect ". 

Des formules originales

Loin des statistiques ou des propositions chiffrées, elle s'adresse au cœur des personnes et en appelle à leur générosité collective. Elle entend ainsi réveiller les idéaux de gauche, avec pour références Léon Blum ou François Mitterrand dont elle revendique l'héritage. Lionel Jospin qui avait lui réclamé un " droit d'inventaire " du mitterrandisme n'est pas cité par la députées des Deux-Sèvres, son action dans son gouvernement jamais évoqué.

En faisant sa rentrée politique tambour battant une semaine avant l'université d'été de la Rochelle, Ségolène Royal a voulu signifier aux militants socialistes qu'elle était prête au combat, à sa façon. Pas question pour elle en effet d'abandonner le registre de la modestie et des formules originales. " Si je suis en situation... " a-t-elle affirmé pour clore son discours, se gardant bien de prononcer le mot " élue ", un peu à la façon de celui ou celle qui peine à nommer un rêve trop vite concrétisé. Il est vrai que si elle semble aujourd'hui écraser ses rivaux dans les sondages ou sur le terrain médiatique, le film politique de ces dernières années incite à la plus grande prudence tant la transformation d'une popularité en suffrages reste une opération chimique des plus aléatoires.

Par Par Renaud PILA le 21 août 2006 à 16:02
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