Violences scolaires : "une question de perception"

Par Par Diane HEURTAUT, le 31 août 2006 à 11h11 , mis à jour le 01 septembre 2006 à 09h45

Au collège Jean-Pierre-Timbaud, à Bobigny en Seine-Saint-Denis, 53 actes de violences ont été signalés sur l'année scolaire 2005-2006. C'est moins que dans des établissements pourtant réputés plus calmes. Pourquoi ? Le Principal du collège s'en explique à LCI.fr.

Collège Anatole France à Marseille

Le collège Jean-Renoir de Boulogne-Billancourt a déclaré 133 actes de violence sur l'année scolaire 2005-2006. Votre collège Jean-Pierre-Timbaud, à Bobigny, en a déclarés 53 (lire notre article sur le classement).

LCI.fr : Comment expliquez-vous que les chiffres soient en quelque sorte inversés par rapport aux villes réputées calmes et sensibles ?
Charles Naim, Principal du collège Jean-Pierre-Timbaud : Je signale tout ce qu'il me paraît nécessaire de signaler, sans faire ni de "sursignalement", ni de "sous-signalement". Mais c'est une question de perception. Dans notre département, on relativise certainement plus les insultes par exemple, qui ne sont pas forcément "réelles". Les élèves ne pensent souvent pas véritablement ce qu'ils disent en des termes violents.

LCI.fr : Justement, quels sont vos critères pour signaler un acte de violence ? Concrètement, lesquels signalez-vous ?
Ch.N. : Je déclare tout acte violent caractérisé : soit uniquement les bagarres donnant lieu à une expulsion et les insultes significatives envers un professeur. Je ne déclarerais pas un "vas-y" adressé à un professeur, surtout si l'élève présente ensuite ses excuses : ça peut lui échapper. En revanche, je vais déclarer un "sale pute".

LCI.fr : Et les insultes entre élèves ?
Ch.N. :
Elles ne relèvent souvent que d'un "jeu". Les élèves s'insultent beaucoup, mais il y a une telle banalisation des discours durs, violents, que les élèves s'amusent en fait. Les insultes réelles entre élèves donnent souvent lieu à des bagarres, et là je les signale.

LCI.fr : Si les chiffres divergent tant, n'est-ce pas aussi du fait que le logiciel Signa, par lequel les chefs d'établissement signalent au ministère de l'Education les actes de violence "graves", est déclaratif ?
Ch.N. :
Bien sûr. Certains établissement de Seine-Saint-Denis ne se connectent d'ailleurs pas régulièrement à Signa pour déclarer les violences, ils n'en prennent pas ou n'en n'ont pas le temps. Les chefs d'établissements ont un autre organisme à qui déclarer les violences qui font l'objet d'instance disciplinaire : l'Inspection de l'académie. Or je ne déclare pas les mêmes faits aux deux. Je ne vais pas surcharger l'Inspection de l'académie avec des faits que je peux gérer en interne et que je déclarerais au serveur Signa. Car, lui, ne sert qu'à faire des statistiques.

Les parents d'élèves dénoncent le classement du Point

L'une est "choquée", l'autre "scandalisée". Au moins, elles sont d'accord. Les deux grandes fédérations de parents d'élèves, la Peep et la FCPE, ont toutes deux dénoncé jeudi la publication par l'hebdomadaire Le Point d'un classement des 450 collèges et lycées les plus violents. "Ce classement est basé sur le logiciel Signa (qui permet aux chefs d'établissement de recenser les actes de violence), qui est purement déclaratif. Tout n'y figure pas", a expliqué Brigitte Kerkhove, présidente nationale de la Peep. "Certains chefs d'établissements remontent tous les actes graves, d'autres en partie seulement et certains pas du tout", a-t-elle ajouté.
Les parents d'élèves de la FCPE rappellent quant à eux qu'"on a jamais donné une définition claire et objective de ce que l'on appelle la violence, chacun à sa vision de la gravité des faits". "Il faudrait engager une réflexion sérieuse au niveau national avec tous les partenaires, a-t-elle estimé. Cela s'avère d'autant plus nécessaire que le gouvernement ne cesse depuis 2002 de supprimer des postes d'enseignants, de personnels de surveillance et d'affaiblir les zones d'éducation prioritaire".
Le premier syndicat des chefs d'établissement, le SNPDEN, a demandé à ses membres "de ne plus renseigner les enquête Signa dans l'attente d'explications du ministère".

Les réactions au collège
Condorcet de Nîmes

Par Par Diane HEURTAUT le 31 août 2006 à 11:11
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3 Commentaires

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  • Dan, le 31/08/2006 à 14h28

    Décidément, c'est une manie chez nous de tout classer, heureusement qu'on ne classe pas la bêtise car on autait du mal à départager...Ce ne peut être qu'une incitation demain à truquer ou ne plus déclarer les faits délictueux pour être tranquille...Nous sommes entrés dans une société de la délation, de la mise au pilori qui renforce l'hypocrisie et développe les comportements malsains....

  • Martin, le 31/08/2006 à 12h13

    Magnifique. Voici par A + B l'explication comment trafiquer les chiffres. Bientot on nous dire qu'un prof planté par un élève relève aussi du "jeu" et ne rentrera même pas dans les statistiques. Mon irrespect le plus total à ce proviseur qui a du se prendre aussi plusieurs crachats et n'a pas du avoir le cran de les comptabiliser ...

  • Bernard, le 31/08/2006 à 12h11

    C'est ridicule, comme toutes les statistiques dont on nous abreuve à longueur de journée... A part quelqu'un qui ne connait pas du tout la banlieue parisienne, qui peut croire qu'il y a trois fois plus d'actes violents dans les collèges de Boulogne que dans ceux de Bobigny ? C'est de la propagande, comme d'habitude.

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