Couverture du livre : "Sexus Politicus" © DRLCI.fr : Après des enquêtes sur la Corse et l'Islam, pourquoi choisir un tel sujet où rien n'est passé sous silence : tromperies entre couples de présidentiables, ballets roses ou espionnage sur canapé ?
Comme à l'époque de Saint Simon à Versailles, on ne peut pas comprendre aujourd'hui le fonctionnement de la vie politique française sans voir que c'est une activité fondamentalement "phallique". Comme au XVIIIe siècle, les femmes sont restées un attribut du pouvoir. Les hommes politiques sont dans un état de séduction permanente. Bon nombre d'hommes politiques estiment que pour conquérir le pouvoir, il faut d'abord conquérir les femmes. Inversement, le pouvoir permet aussi des facilités avec les femmes.
Comme le disait Kissinger, "le pouvoir est un aphrodisiaque absolu " et c'est particulièrement vrai sous la Ve République. Ce n'est pas un hasard si les trois derniers présidents de la République dont l'actuel ont été des séducteurs invétérés.
Un second aspect rend ce sujet parfaitement légitime. Certains hommes politiques se servent parfois des affaires de coeur réelles ou supposées de leurs adversaires et montent des dossiers pour tenter de les affaiblir. C'est notamment le cas lors des élections présidentielles depuis le début de la Ve République. On s'aperçoit que des officines au service de l'Etat réalisent des enquêtes sur la vie intime pour déstabiliser ceux qui en sont l'objet.
LCI.fr : Comment avez-vous enquêté ? Avec une méthode particulière ?
Par rapport à des enquêtes sur la Corse ou le terrorisme islamiste, ce fut une enquête drôle et beaucoup plus facile que prévu. On craignait que les hommes politiques nous raccrochent au nez. Or l'immense majorité nous a répondu : "Passez me voir, je vous parlerai avec plaisir".
Nous avons toujours bien précisé ne pas être dans une démarche de jugement moral sur tel ou tel comportement mais vouloir le mettre en perspective. Nos questions étaient très précises. C'est amusant pour un enquêteur qui n'a pas l'habitude de poser des questions sur le sexe. Même s'il faut le reconnaître, les journalistes blaguent souvent en privé sur ce sujet avec les hommes politiques.
| "On a beaucoup ri avec certains, qu'il s'agisse de Rocard,Huchon ou Roselyne Bachelot" |
Derrière un discours énarchique un peu froid, ils sont capables de tenir des conversations de bon aloi et de haut niveau sur ces sujets, sans être scabreux et avec beaucoup d'humour. On a beaucoup ri avec certains, qu'il s'agisse de Michel Rocard, Jean-Paul Huchon, Roselyne Bachelot, Michel Charasse ou Jean-Marie Le Pen. Je me souviens aussi d'un moment savoureux passé avec Catherine Nay et Michèle Cotta qui ont fini par vouloir nous rencontrer ensemble : ces deux éminentes journalistes qui ont bien "connu" certains hommes d'Etat confrontaient avec délice leurs "souvenirs de jeunesse".
LCI.fr : Paradoxalement, votre livre se serait donc fait avec la complicité de la classe politique française...
Personne n'a coupé court à nos conversations, à la façon d'un Mitterrand lors d'une interview mémorable avec des journalistes belges. Nous avons promis à tous ceux qui le désiraient de leur soumettre les citations que nous allions publier, ce qui fut fait. A ce moment là de notre travail, on s'est dit que le livre allait disparaître dans les 48h. En réalité, personne n'a enlevé quoi que ce soit; certains nous ont même rappelé pour en rajouter...
LCI.fr : Combien de personnes avez-vous rencontré ?
Deux cents durant un an et demi d'enquête. Parmi elles, des hommes politiques, des ministres, des anciens Premiers ministres, des membres de cabinets ministériels, des policiers, des femmes d'hommes politiques et des maîtresses bien évidemment...
LCI.fr : Au-delà des chapitres sur le passé, il y a tout de même dans ce livre un catalogue d'anecdotes assez dures sur des personnalités en fonction et qui voient leur vie privée livrée en pâture...
C'est tout sauf une collection d'anecdotes. Il y a beaucoup de révélations mais elles sont maîtrisées car à l'appui d'une démonstration. Cela a exigé un immense travail pour rencontrer les sources qui sont au cœur de notre ouvrage.
LCI.fr : N'avez-vous pas peur d'être " grillés " avec pas mal d'hommes politiques?
Deux ou trois seront peut être mécontents. Mais depuis la sortie du livre, les réactions des politiques, des journalistes, ou des politologues ne sont pas offusquées. Ils constatent que nous avons travaillé honnêtement. Je n'ai aucune crainte là-dessus. Ce livre est tout sauf un livre hostile aux hommes politiques. Il montre que ce sont des hommes de chair, drôles et spirituels. Avec un surcroît d'énergie vitale et sensuelle.
LCI.fr : Dans ce livre, on retrouve une classe politique très machiste. La percée de Ségolène Royal marque-t-elle un tournant ?
Le simple fait qu'une femme puisse prétendre à la présidence de la République peut mettre fin à l'idée "phallique" du pouvoir. Jusqu'à présent, si les femmes n'ont pas pu s'imposer dans la vie politique française, c'est en partie dû aux promotions canapés. On trouvait des trajectoires fulgurantes qui n'étaient pas liées à des compétences réelles. Sur certaines listes, notamment lors des dernières régionales, on trouvait encore les maîtresses de tel ou tel. C'était la République des copines et des coquines. De plus, les rares femmes qui accédaient au sommet étaient obligées de se masculiniser. Avec Ségolène Royal, c'est l'avènement en politique d'une femme féminine.
LCI.fr : Un tel livre ne risque-t-il pas d'encourager une curiosité facile et de creuser un peu plus le fossé entre les Français et leurs dirigeants ?
Nous ne considérons pas que tout peut être raconté. Mais lorsque des hommes politiques se croient obligés de se montrer avec leur épouse, croyant que les électeurs vont élire "une fisrt lady" ou un "first mister ", lorsque ils commencent à mentir sur ces sujets alors qu'ils ont des vies plus libres, ils prennent les Français pour plus conservateurs qu'ils ne sont. Ils sont en retard sur la société et essaient de maintenir une espèce de mythe qui rassure. Il nous a semblé de notre devoir, de notre déontologie même, de n'être ni les spectateurs, ni les complices de ces mensonges là. Qui plus est, les hommes politiques ne nous ont pas attendus pour être mal vus par l'opinion. Ils ne nous ont pas attendus pour échouer dans la lutte contre l'abstention.
(Image : couverture de "Sexus politicus", chez Albin Michel)
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