Sexe et politique : pourquoi ils ont osé

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 06 septembre 2006 à 15h40 , mis à jour le 20 septembre 2006 à 06h25

Interview - Dans "Sexus politicus", deux journalistes du Point et du Parisien font tomber le dernier tabou français avec une enquête sur les "aventures personnelles" de nos hommes politiques. Christophe Deloire s'explique sur LCI.fr.

TF1/LCI : Couverture du livre : "Sexus Politicus"Couverture du livre : "Sexus Politicus" © DR

LCI.fr : Après des enquêtes sur la Corse et l'Islam, pourquoi choisir un tel sujet où rien n'est passé sous silence : tromperies entre couples de présidentiables, ballets roses ou espionnage sur canapé ?

Comme à l'époque de Saint Simon à Versailles, on ne peut pas comprendre aujourd'hui le fonctionnement de la vie politique française sans voir que c'est une activité fondamentalement "phallique". Comme au XVIIIe siècle, les femmes sont restées un attribut du pouvoir. Les hommes politiques sont dans un état de séduction permanente. Bon nombre d'hommes politiques estiment que pour conquérir le pouvoir, il faut d'abord conquérir les femmes. Inversement, le pouvoir permet aussi des facilités avec les femmes.

Comme le disait Kissinger, "le pouvoir est un aphrodisiaque absolu " et c'est particulièrement vrai sous la Ve République. Ce n'est pas un hasard si les trois derniers présidents de la République dont l'actuel ont été des séducteurs invétérés.

Un second aspect rend ce sujet parfaitement légitime. Certains hommes politiques se servent parfois des affaires de coeur réelles ou supposées de leurs adversaires et montent des dossiers pour tenter de les affaiblir. C'est notamment le cas lors des élections présidentielles depuis le début de la Ve République. On s'aperçoit que des officines au service de l'Etat réalisent des enquêtes sur la vie intime pour déstabiliser ceux qui en sont l'objet.

LCI.fr : Comment avez-vous enquêté ? Avec une méthode particulière ?

Par rapport à des enquêtes sur la Corse ou le terrorisme islamiste, ce fut une enquête drôle et beaucoup plus facile que prévu. On craignait que les hommes politiques nous raccrochent au nez. Or l'immense majorité nous a répondu : "Passez me voir, je vous parlerai avec plaisir".

Nous avons toujours bien précisé ne pas être dans une démarche de jugement moral sur tel ou tel comportement mais vouloir le mettre en perspective. Nos questions étaient très précises. C'est amusant pour un enquêteur qui n'a pas l'habitude de poser des questions sur le sexe. Même s'il faut le reconnaître, les journalistes blaguent souvent en privé sur ce sujet avec les hommes politiques.

"On a beaucoup ri
avec certains,
qu'il s'agisse
de Rocard,Huchon
ou Roselyne Bachelot"
On a eu des discussions très urbaines et intelligentes car les hommes politiques français sont certes de grands séducteurs mais aussi des personnalités spirituelles. Ils ont des références historiques sur le sujet, des anecdotes sur les égéries de la IIIe République ou les favorites à Versailles. Et on s'est aperçu que la tradition des salons perdurait.

Derrière un discours énarchique un peu froid, ils sont capables de tenir des conversations de bon aloi et de haut niveau sur ces sujets, sans être scabreux et avec beaucoup d'humour. On a beaucoup ri avec certains, qu'il s'agisse de Michel Rocard, Jean-Paul Huchon, Roselyne Bachelot, Michel Charasse ou Jean-Marie Le Pen. Je me souviens aussi d'un moment savoureux passé avec Catherine Nay et Michèle Cotta qui ont fini par vouloir nous rencontrer ensemble : ces deux éminentes journalistes qui ont bien "connu" certains hommes d'Etat confrontaient avec délice leurs "souvenirs de jeunesse".

LCI.fr : Paradoxalement, votre livre se serait donc fait avec la complicité de la classe politique française...

Personne n'a coupé court à nos conversations, à la façon d'un Mitterrand lors d'une interview mémorable avec des journalistes belges. Nous avons promis à tous ceux qui le désiraient de leur soumettre les citations que nous allions publier, ce qui fut fait. A ce moment là de notre travail, on s'est dit que le livre allait disparaître dans les 48h. En réalité, personne n'a enlevé quoi que ce soit; certains nous ont même rappelé pour en rajouter...

LCI.fr : Combien de personnes avez-vous rencontré ?

Deux cents durant un an et demi d'enquête. Parmi elles, des hommes politiques, des ministres, des anciens Premiers ministres, des membres de cabinets ministériels, des policiers, des femmes d'hommes politiques et des maîtresses bien évidemment...

LCI.fr : Au-delà des chapitres sur le passé, il y a tout de même dans ce livre un catalogue d'anecdotes assez dures sur des personnalités en fonction et qui voient leur vie privée livrée en pâture...

C'est tout sauf une collection d'anecdotes. Il y a beaucoup de révélations mais elles sont maîtrisées car à l'appui d'une démonstration. Cela a exigé un immense travail pour rencontrer les sources qui sont au cœur de notre ouvrage.

LCI.fr : N'avez-vous pas peur d'être " grillés " avec pas mal d'hommes politiques?

Deux ou trois seront peut être mécontents. Mais depuis la sortie du livre, les réactions des politiques, des journalistes, ou des politologues ne sont pas offusquées. Ils constatent que nous avons travaillé honnêtement. Je n'ai aucune crainte là-dessus. Ce livre est tout sauf un livre hostile aux hommes politiques. Il montre que ce sont des hommes de chair, drôles et spirituels. Avec un surcroît d'énergie vitale et sensuelle.

LCI.fr : Dans ce livre, on retrouve une classe politique très machiste. La percée de Ségolène Royal marque-t-elle un tournant ?

Le simple fait qu'une femme puisse prétendre à la présidence de la République peut mettre fin à l'idée "phallique" du pouvoir. Jusqu'à présent, si les femmes n'ont pas pu s'imposer dans la vie politique française, c'est en partie dû aux promotions canapés. On trouvait des trajectoires fulgurantes qui n'étaient pas liées à des compétences réelles. Sur certaines listes, notamment lors des dernières régionales, on trouvait encore les maîtresses de tel ou tel. C'était la République des copines et des coquines. De plus, les rares femmes qui accédaient au sommet étaient obligées de se masculiniser. Avec Ségolène Royal, c'est l'avènement en politique d'une femme féminine.

LCI.fr : Un tel livre ne risque-t-il pas d'encourager une curiosité facile et de creuser un peu plus le fossé entre les Français et leurs dirigeants ?

Nous ne considérons pas que tout peut être raconté. Mais lorsque des hommes politiques se croient obligés de se montrer avec leur épouse, croyant que les électeurs vont élire "une fisrt lady" ou un "first mister ", lorsque ils commencent à mentir sur ces sujets alors qu'ils ont des vies plus libres, ils prennent les Français pour plus conservateurs qu'ils ne sont. Ils sont en retard sur la société et essaient de maintenir une espèce de mythe qui rassure. Il nous a semblé de notre devoir, de notre déontologie même, de n'être ni les spectateurs, ni les complices de ces mensonges là. Qui plus est, les hommes politiques ne nous ont pas attendus pour être mal vus par l'opinion. Ils ne nous ont pas attendus pour échouer dans la lutte contre l'abstention.

(Image : couverture de "Sexus politicus", chez Albin Michel)

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 06 septembre 2006 à 15:40
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15 Commentaires

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  • De Hontheim Joseph, le 07/09/2006 à 22h55

    Les privilèges n'ont pas tous disparus après la Révolution Française,notemment dans le domaine de la vie sexuelle.Pour le peuple la polygamie étant interdite...

  • Thierry M, le 07/09/2006 à 14h48

    Je ne partage pas l'optimisme béat des journalistes quant une une diminution du machisme en politique grace à S. Royal ... En effet si elle ne gagne pas, le retour de baton va etre encore pire sur le ton 'les bonnes femmes restez à la maison' ! Avec des articles/livres qui flatent autant 'le petit baton magique' de nos hommes politiques, le machuisme a encore un beau futur !!! Je ne peux m'empecher de repenser à Boris Eltsine disant à propos de l'affaire Monica 'moi, si ça m'etait arrivé, en Russie, je serais un héros' !

  • Cacoca, le 07/09/2006 à 13h12

    Ah!les hommes politiques,rien à foutre de leur vie sexuelle.Ce qu´on attend d´eux,c´est la bonne gouvernance.

  • JGH, le 07/09/2006 à 12h55

    Il est rassurant d'apprendre que le fait de sortir de l'ENA ou de polytechnique et de devoir affronter le monde "aride" de la politique, n'empêche pas, apparement, d'avoir une vie sentimentale " tout à fait normale"...Cela dit à voir "l'incompétence" de certains de nos dirigants on peut, quand même se demander, aprés cet article, si certains ne pensent pas, parfois un peu trop souvent, à la "chose", plutôt qu'aux obligations liés à leurs postes ou mandats...merci de me publier

  • AlexD, le 07/09/2006 à 11h05

    Ces journalistes feraient mieux de s'interesser à ce que font leur femmes pendant qu'ils débitent leurs conneries. Et comme Frantz, dont je partage l'avis, prenez le temps de publier. Merci

  • Lean Louis, le 07/09/2006 à 10h23

    Quel scoop les politiques ont une vie sexuelle!!!! Qule pognon vont se faire ces pseudo journaleux qui doivent surtout écrire dans la "presse" people!!! C'est vrai que tF1 c'est de plus en plus en dessous de la ceinture!!!

  • Scott, le 07/09/2006 à 02h16

    La france a invente le terme " menage a trois" tres amusant en soit, seul bemol c'est que toute cette rigolade et faite avec les deniers publiques. Les rois bien sur faisait la meme chose et on connais la suite........

  • Vénus, le 06/09/2006 à 22h40

    Mante religieuse ou prédateur infidèle et stupide....croyez moi, je n'ai pas un soupcon d'hésitation..............

  • David, le 06/09/2006 à 21h40

    Facile , lorsqu'on est un homme politique influent d'avoir (presque) toutes les femmes que l'on veut , elles sont naturellement sensibles au prestige et à la reussite Mais attention , un politique responsable se doit d'etre tres discret ( de peur du chantage , surtout ) pour eviter le ridicule des pantalonnades à la CLinton !

  • Trioullier, le 06/09/2006 à 20h15

    Personnellement je me moque totalement de la manière dont le hommes politiques font ou ne font pas l’amour, ils baisent ou ils veulent et quand ils peuvent .Apparemment ces journalistes sont insatiables de cochonneries et doivent certainement le faire pour que nous parlions d’eux, pourtant les journalistes à les entendrent (Télé A2 émissions RUQUIER) n’arrêtent pas de parler de K sous entendu. D’ailleurs c’est humain, il parait que c’est un signe de bonne santé.

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