
Elles n'ont presque que ces mots à la bouche agrémentés d'un chaleureux sourire : "Nous l'avons en bleu, en blanc et en rouge !" Parfois, pour casser la routine, elles les déclinent dans le désordre. Tantôt aussi, clientèle internationale oblige, le sempiternel égrenage se fait "in english". Une certitude, les couleurs du drapeau tricolore font partie intégrante du travail des vendeuses de la boutique de l'Assemblée nationale, à Paris (1).
Ouverte en septembre dernier, l'échoppe située à deux pas du Palais Bourbon est l'initiative de Jean-Louis Debré. Une idée qui rime ici avec création. Le président de l'Assemblée a ainsi dessiné moult articles : les chaussettes en fil d'Ecosse marquées "droite" et "gauche", les mug estampillés Vive la République ou Assemblée nationale, les saladiers "Salade électorale", et les tabliers... dont il est, selon une des employées, un des premiers acheteurs. "C'est notre client le plus fidèle", constate Monique d'un sourire qu'on devine fier.
Le buste de Brigitte Bardot
Porte-clefs siglés RF, tapis de souris, montres, balles de golf, peignoirs... Le choix de babioles républicaines est vaste. Il y a même des fauteuils de réalisateurs marqués "député" et "président", pensés par Debré. La rumeur raconte que ceux où étaient inscrits "futur ex-ministre" lui ont été refusés suite aux hauts cris des fonctionnaires de la "maison". Personnellement, on aura repéré le puzzle de 250 pièces où le but du jeu est de reconstituer l'Assemblée et ses 577 députés... Curieusement tous présents ce jour-là sur les bancs de l'hémicycle. Coton. Pour ceux qui voudraient encore plus faire travailler leurs méninges, la boutique vend des livres : ceux des députés en exercice mais aussi les grands discours qui ont marqué la République, des projets de loi, des rapports parlementaires... "La vente de tels ouvrages était, au début, la principale raison d'être du magasin", se souvient une vendeuse.
Georges, 73 ans, est ravi. Il vient de dégoter des boutons de manchettes et un tablier. "Ca fait des petits cadeaux insolites, surtout au moment des fêtes !" Il balaie du regard la boutique et s'interroge soudainement : "Faudrait quand même savoir où va cet argent". Une vendeuse passe par là et de suite précise qu'il sert à enrichir les collections du Palais Bourbon. Martin, 12 ans, aura lui peut-être enrichi son esprit républicain. Venu à reculons avec son papy et sa mamy, il a découvert avec émerveillement le poster de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. La boutique de l'Assemblée est l'un des seuls endroits de France à le vendre.
Camille, qui insiste pour dire qu'il est un "bon français" n'est pas venu à la recherche d'une cravate tricolore ou de carnets. Non, le "truc" de ce retraité de Rosny-sous-Bois, ce sont les Marianne. Représentées en imitation marbre, comme bibelot ou sur des cartes postales, il les aime sous toutes ses formes. Et c'est peu dire. Quand il évoque cet "emblème de la République, de la commune et de la France", ses yeux se mouillent. Dans un angle, il repère une Marianne aux airs de BD. "Ah, désolée monsieur, celle-ci n'est pas à vendre", lui dit d'un sourire peiné, la vendeuse. Compatissante, elle lui indique un autre article à acheter : le carré de soie que portait Brigitte Bardot quand elle servit de modèle à l'égérie de la France. "Oh, j'aurais préféré avoir son buste", regrette l'homme. Peut-être une dernière chance pour ce collectionneur patriotique : ces gommes représentant Marianne. Elles sont disponibles en rouge et en blanc mais attention, il n'y a plus de bleu.
(1) 7, rue Aristide-Briand. M° Assemblée. Du lundi au vendredi de 10 h à 19 h. Le samedi de 10 à 18 heures.
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