Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, confirmant la prochaine réorganisation de l'équipe de campagne de Ségolène Royal (22 février 2007) © TF1/LCILCI.fr : Comment sortir du débat sur les tests ADN par le haut quand on veut rénover la gauche ?
Les tests ADN ne sont pas un détail mais sont l'illustration de l'impuissance du gouvernement. On empile les lois sur l'immigration les unes après les autres. Et pourtant, on sait tous, gouvernement compris, que la pression migratoire restera extrêmement forte. Droite et gauche savent bien que l'on ne peut régler ce problème que par une politique européenne d'investissements massifs pour la sédentarisation des populations. Et ce n'est pas un test ADN qui va les empêcher de venir.
Au-delà de ça, il y a une volonté publicitaire de la part de la droite de dire à l'électorat du FN : "vous voyez, on traite les problèmes". Mais le vrai problème n'est pas là, le problème c'est l'intégration. Beaucoup de jeunes ne se sentent reconnus ni par la France, ni par leur pays d'origine. Ce "ni ni" crée des bêtes. Pourquoi dans un pays où il y a régulièrement des bastons invraisemblables entre bandes, où les pompiers ne peuvent pas aller dans certains quartiers, on ne prend pas ce problème à bras le corps ?
Le problème de la reconquête des banlieues est une question essentielle. Or tout le monde fait comme si les émeutes de 2005 n'avaient jamais existé. On nous agite l'immigration clandestine pour éviter de régler ce problème car il pose des questions essentielles : des moyens financiers, une resocialisation, la présence d'éducateurs, etc...Devant ce gouffre, on préfère faire de l'image et du chiffre. Avec cet intitulé "Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, on a induit l'idée que l'immigration était le problème français numéro un car cela remettait en cause l'identité nationale française. C'est la marque génétique de ce gouvernement : Sarkozy a gagné la présidentielle au moment des affrontements de la gare du Nord en tenant un discours qui séduit une partie de l'électorat frontiste.
LCI.fr : Soutenez-vous la grève du 18 octobre contre les régimes spéciaux ?
Je regrette cette grève. Mais la responsabilité en incombe au gouvernement. Quand le PS a fait la loi sur les 35 heures, on nous a dit : "vous ignorez les syndicats et vous ne laissez pas de place pour la négociation". Et là, le gouvernement agit en quelque sorte par décret. C'est psychologiquement très mauvais car le gouvernement croit que le rapport de forces qu"il a obtenu sur le plan électoral est un rapport de force social. Or, quand des gens n'ont plus rien à perdre, ils peuvent se mettre en mouvement de manière très forte. J'entends déjà parler de grève reconductible.
Cette tension sociale est due à un excès de confiance du pouvoir. En réalité, c'est le gouvernement qui a dit aux syndicats : montrez votre force ! Et en fonction de cette force, on fera la feuille de route. C'est une méthode paradoxale.
LCI.fr : En parlant du PS, vous avez affirmé qu'il fallait "tout changer". Faut-il changer son nom ?
C'est peut-être la fin du processus. Mais aujourd'hui, le problème n'est pas de changer de marque mais de changer de logiciel. Il faut essayer de créer le socialisme moderne. Mais avant, la toute première question qui est posée aux socialistes, c'est rétablir la confiance, la solidarité, l'esprit d'équipe. La priorité, c'est l'envie de faire le match ensemble, puisque nous sommes dans la coupe du monde de rugby. Il faut rétablir l'esprit de groupe et l'esprit d'adhésion aux mêmes idées et aux mêmes combats. Or aujourd'hui, nous avons une collection d'individualités brillantes sans cohérence politique entre elles.
LCI.fr : Soyons clairs, le climat s'est-il amélioré entre vous ou les souvenirs des luttes présidentielles persistent ?
Ce n'est pas visible mais ça commence à aller mieux... On échange, on discute. Chacun est désolé de la situation de la gauche et inquiet de celle du PS. Il y a une bonne volonté latente. Cela demande d'être prouvée et articulée. Cela va prendre du temps mais je sens un nouvel esprit qui souffle sur les cadres du parti socialiste. Je ne parle pas là des présidentiables qui sont eux dans une logique de compétition "à mort".
LCI.fr : Comment articuler cette équipe, notamment dans la perspective du Congrès d'automne 2008 ?
Trois choses sont à travailler. Tout d'abord, il faut une nouvelle Déclaration de principes pour le PS. Il faut trancher les vieux débats et y intégrer la mondialisation, la question écologique ou encore la place réelle de l'Europe.
Deuxième chose : la stratégie. On nous somme de trancher un débat impossible, soit une alliance avec le MoDem, soit une alliance avec la LCR. Le PS est transformé en une espèce d'essuie-glaces. Or il faut aujourd'hui aller jusqu'au bout de la logique. Il faut faire le parti de toute la gauche, c'est-à-dire un PS à 35%. Il faut que les écologistes de gauche viennent avec nous, tout comme les républicains chevènementistes, les radicaux... Quant aux communistes, ils se posent eux-mêmes la question de la pertinence d'un parti communiste. Donc l'objectif, c'est qu'à la prochaine présidentielle, ce bloc de toute la gauche élise son candidat par un vote des militants. Mais pour que ce bloc existe, il faut que le PS soit une colonne vertébrale forte.
Troisième élément : il faut en finir avec le combat mortifaire pour le leader-maximo secrétaire général du PS. D'une part parce que nous ne l'avons pas en portefeuille. Nous n'avons aujourd'hui ni un François Mitterrand, ni un Lionel Jospin. Il viendra sûrement mais il faut créer les conditions pour qu'il puisse s'épanouir.
D'autre part, dans un parti traumatisé par trois défaites, l'idée qu'un chef viendrait transmuter le PS me semble fausse. Si au prochain congrès, on fait cela, ceux qui auront été battus n'auront de cesse de déstabiliser le vainqueur. Et ils auront quatre ans pour le faire... Je préconise donc une autre formule : il y a au PS une vingtaine de personnalités connues et compétentes. Donnons leur le pouvoir avec un triple objectif : revoir le logiciel, construire une stratégie et assainir le climat dans le parti. En 2010, le candidat désigné aura tout à gagner d'un parti en ordre de marche.
Retour MYTF1
Chargement en cours...



