En patrouille avec la police des réseaux

Par , le 01 octobre 2009 à 16h55 , mis à jour le 12 octobre 2009 à 09h19

Dossier : Grand Paris, capitale sous pression - Actualités

Chaque jour, des centaines de policiers patrouillent sur les lignes du métro et des RER franciliens pour traquer les délinquants et autres détrousseurs de touristes.

La BRF en patrouille sur le RER ALa BRF en patrouille sur le RER A © LCI.fr

Le Grand Paris, projet cher à Nicolas Sarkozy, a commencé son voyage législatif. Les transports, l'urbanisme, l'emploi seront les enjeux des prochaines régionales. La rédaction a mené l'enquête dans la capitale et sa région. Son fil rouge : le RER A et ses rives... 

 Auber

Un mardi, à 14 heures, au siège commun de la RATP et de la Brigade des réseaux ferrés (BRF), gare de Lyon. Rangers cirées impeccables, tenue bleue marine, arme accrochée à la ceinture et casquette «POLICE» vissée sur la tête, Fabrice, 32 ans, et ses deux collègues prennent connaissance de leur mission. "Cet après-midi, vous restez sur le RER A, avec la demoiselle qui fait un reportage", ordonne le lieutenant Thierry Lamouret, qui dirige l'Unité d'appui des réseaux.

Cette Unité, composée d'une cinquantaine de policiers, constitue l'élite d'intervention des 1200 policiers de la BRF. "On va commencer par Nation. Là-bas, il y a surtout des vols à la tire. On intensifie la surveillance pendant la Foire du Trône ou lors des manifestations car cela entraîne des mouvements de foule sous terre", commente Fabrice, tout en marchant vers le quai, l'oreille scotchée à la radio qui le relie au PC central (lire encadré).

Des policiers de la BRF aidant des touristes à retrouver leur cheminDeux jeunes Roms qui dévalaient à toutes jambes les escaliers ralentissent net. "La crainte de l'uniforme...", chuchote un des policiers. Une station et deux minutes plus tard, Nation. Au détour d'un couloir, un homme originaire d'Europe de l'Est tend la main, les genoux posés sur un vieux journal.

"Vous avez vos papiers monsieur ? Déjà des soucis avec la police ou la justice ? " Réponse négative de l'intéressé. Un appel au PC confirme qu'il n'est pas recherché. "La mendicité est un délit, monsieur, veuillez circuler". L'homme obtempère. "Ça risque d'être comme ça toute la journée, ça ira ?", me demande, limite inquiet, un des policiers avant d'ajouter : "La ligne A est peut-être la plus empruntée, mais c'est aussi la plus sûre". 

 

 "Quand notre PC reçoit
un appel, l'objectif est
d'intervenir en moins
de 10 minutes"


"Salle inférieure", toujours à Nation. Pas le temps de franchir les tourniquets qu'un responsable RATP saute sur la patrouille. "Venez, une collègue vient de se faire agresser !" Derrière lui, l'hôtesse d'un point d'accueil se tient le poignet. Un homme, visiblement éméché, vocifère à côté. Les policiers l'isolent. Un bruit de cavalcade se rapproche : trois agents de la sûreté RATP, arrivent à leur tour, hors d'haleine. "Le PC nous a alertés !"

Un policier recueille la plainte de la victime ; un agent de sûreté RATP, lui, se charge d'aligner les contraventions : "Alors, on a un franchissement sans titre de transport et un trouble à la tranquillité. Si on voulait on pourrait lui ajouter les pieds sur la chaise et les crachats !". La coopération entre les services est parfaite...
 
"La BRF a 120 équipes de 3 policiers qui patrouillent en permanence sur notre réseau. La RATP en a 90. Mais nos agents, triés sur le volet, font de la sûreté, pas de la sécurité, insiste Jean-Charles Potier, directeur adjoint de la sécurité RATP. La police ne travaille pas pour nous, mais en coordination intelligente, le but commun étant d'assurer la sécurité des voyageurs".

BRF et sûreté RATP travaillent ensemble dans le métroEt les objectifs de la RATP envers ses clients sont élevés : "Quand notre PC reçoit un appel pour une atteinte à personne, l'objectif est d'intervenir en moins de 10 minutes, explique M. Potier. C'est déjà le cas pour 85% des interventions dans le métro ou le RER. Pour les bus, on est à 75%, à cause des problèmes de circulation".

L'incident bouleverse la visite guidée. "On va vous trouver une autre patrouille. Nous, on doit prendre la plainte et, comme l'individu est imbibé, on va devoir l'évacuer vers un hôpital...", déplore Fabrice.

 

 "Un simple contrôle de ticket peut dégénerer n'importe quand..."

 

15h15. Cette fois, mon trio est composé d'Yvan, Mathieu et Charles. "Un reportage sur le A ? Un mardi ? Ça va être calme vous savez", lâche le premier. J'ai déjà entendu ça... "Allez, on va à la Défense". Mais, à peine avons-nous tournés les talons, que nous voici interpelés : "S'il vous plaît, on a besoin de vous". Une autre équipe de la sûreté RATP se trouve à quelques mètres. "Ils n'ont pas le droit de contrôler les identités, alors ils nous appellent dès qu'ils ont un contrevenant qui refuse de donner son nom", explique Charles. Devant la police, les deux individus sortent, en râlant, leurs papiers. Résultat : une amende RATP et un rappel à l'ordre des policiers. La routine, quoi.

16 heures, La Défense.Patrouille de la BRF dans le RER A Les policiers visitent la rame, tournent sur le quai. Un jeune homme est prié d'enlever son pied du mur, deux-trois passagers réorientés vers les bons quais, un mendiant prié de sortir... La radio crépite sur l'épaule mais ne crache rien. "Il arrive de temps en temps que ça chauffe ici, mais pour nous, les points noirs, ce sont plutôt Châtelet et la Gare du Nord. Depuis les événements de 2007, on a une quarantaine de policiers en permanence rien que dans cette station".

Ce 27 mars 2007, des dizaines de jeunes ont défié plusieurs heures durant les forces de l'ordre. "On a tous été choqués par ces événements survenus après un banal contrôle de ticket. Cela montre que ça peut dégénérer n'importe quand", explique Rachel Costard, la commandante en second de la BRF qui compte 1200 personnes.
 
Mais la responsable tempère : "La SNCF a depuis installé 300 caméras supplémentaires dans cette seule gare et notre présence est plus visible". "Dans cette gare, poursuit-elle, il n'y a pas vraiment de bandes mais des jeunes qui se fixent à certains endroits, comme devant le magasin Foot Locker. Maintenant, on les connaît, mais la situation reste sensible, donc on est toujours en veille, pour ne pas se faire déborder". Le lieutenant Lamouret confirme : "Grâce aux caméras (ndlr : 3000 pour la SNCF et 8000 d'ici juillet pour la RATP) et aux informations transmises par les patrouilles et les conducteurs de rame, on désamorce plusieurs fois par semaine des débuts de regroupements ou d'affrontements".

 

 "Il n'est pas toujours facile de prendre
la décision d'arrêter
le trafic car, en face,
ils ont des clients"

 

Les bandes ne sont pas l'unique préoccupation des policiers. "70% des infractions sur le réseau sont des vols simples ou à la tire, rappelle Rachel Costard. Notre difficulté première est que nous avons à faire à une délinquance dite 'nomade'". Ainsi, si 60% des faits de délinquance sont commis dans Paris intra muros, 80% des auteurs viennent de banlieue. "Ils utilisent les transports comme vecteur car ils offrent davantage de victimes potentielles. C'est le cas notamment sur le RER B Nord, qui relie Roissy à Paris, car il y a beaucoup de bagages, ou sur les lignes touristiques du métro : 1,2,4 et 6".
 
"Parmi les 30% d'infractions restants, on retrouve des violences, des suicides, des colis suspects ou de la gestion de foule en cas de grève ou d'avarie technique", poursuit Rachel Costard. Et sur ce dernier point, la situation peut vite virer au rouge. "Nous avons une logique sécuritaire, mais pour la RATP ou la SNCF il n'est pas toujours facile de prendre la décision d'arrêter le trafic car, en face, ils ont des clients".
 
16h20. Retour sur les rails. Station Auber. Ambiance détendue, voir blagueuse : "On va pousser jusqu'à Châtelet. Là-bas, on a des vols à la tire mais vous verrez, il y a aussi des Maliens qui restent toute la journée pour écouler des téléphones. Ce sont de vrais bornes SFR ou Orange sur pattes !", lâche l'un d'eux. Mais déjà son regard est ailleurs. Silence soudain. 

La BRF contrôlant un individu à Auber"On fooooooonnce !!!!" Ventre à terre, l'escouade policière détale. Direction le quai d'en face. Quand je rattrappe la troupe, un jeune homme, jambes écartées et mains posées sur le mur, subit une fouille en règle. Un des policiers appelle le PC pour un contrôle d'identité et vérifier que la puce du téléphone n'est pas volée... Charles scrute le sol avec sa lampe de poche. "J'ai vu trois jeunes s'échanger de l'argent contre du schit sur le quai d'en face. Evidemment, lui n'a rien sur lui, et les deux autres se sont évaporés avec le tout". Pas de preuve, pas d'arrestation. Le jeune homme repart. L'amertume pointe dans le regard des policiers.

Fin d'une après-midi ordinaire sur la ligne A du RER, "la plus calme" du réseau...

Au cœur de Big Brother

Ecrans de caméras de surveillance du métroPas de fenêtres, pas de réseau non plus pour les portables : l'ambiance se fait studieuse au deuxième sous-sol du siège de la RATP et de la BRF, Gare de Lyon. Cachés derrière leurs pupitres, une dizaine de policiers scrutent sans relâche leurs écrans d'ordinateurs. Une mosaïque de petites fenêtres qui retransmettent en direct ce que filment les quelque 10 000 caméras installées sur les quais et dans les stations par la RATP et la SNCF.

Au-dessus de leurs têtes, un écran géant représente la carte du réseau ferré francilien. Les ronds verts et rouges indiquent où sont positionnées chaque patrouille de la BRF et de la RATP. Les éclairs jaunes signalent les interventions en cours : portes bloquées, vols, agressions, colis suspects, suicides, sdf sur les voies...

Au siège de la brigade des réseaux ferrés, cet écran permet de suivre en temps réel le mouvement des équipes policières, mais aussi celles de la RATP"Le Bureau central opérationnel (BCO) reçoit en moyenne 800 appels par jour, qui donnent lieu, concrètement, à une trentaine d'interventions
", explique Isabelle Martinez, chef du BCO, qui coordonne tous les effectifs (BRF, RAPT et SNCF). Cette carte permet de voir en temps réel où se trouvent les équipes policières et RATP les plus proches d'un incident pour les envoyer".

Installés sous cette carte, deux policiers se chargent d'une autre mission bien particulière : "passer" les identités au fichier. "La BRF procède en moyenne à 70 interpellations par jour, essentiellement pour port d'arme blanche et vols à la tire", précise le commandant Martinez. Tous les 15 jours, le BCO se réunit avec les responsables RATP et SNCF pour établir une "cartographie de la criminalité" sur le réseau. Les passages des patrouilles sont alors accentués aux endroits les plus criminogènes.

Le bureau central opérationnel au siège de la Brigade des réseaux ferrésPour la coordination des actions, les choses sont d'autant plus aisées avec la RATP que les locaux sont communs. Ainsi, un simple couloir d'une dizaine de mètres sépare le BCO du PC RATP. Une salle en tous points identiques : mêmes ordinateurs, même écran géant, sauf que sur celui-là, les emplacements des policiers ne sont pas signalés (!). Du simple signalement d'un pickpocket à un incident grave de voyageurs, ce PC reçoit entre 350 et 400 alarmes par 24 heures. Dans l'immense majorité des cas, il s'agit de faits mineurs : grafittis, sdf sur réseau...

 Par Alexandra Guillet

 
Par Alexandra Guillet le 01 octobre 2009 à 16:55
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