© AFP/ALAIN JOCARDLCI.fr : Comment une mère peut-elle en arriver à tuer son enfant ?
Loïck Villerbu (1) : L'enfant ne peut pas être attendu quand il ne peut pas être accueilli, quand la mère estime que son environnement n'est pas accueillant ou parce qu'elle éprouve un ressentiment à l'égard de son partenaire. L'enfant est alors en danger. Soit elle veut lui éviter de connaître une situation difficile, soit il ne peut y avoir don de l'enfant au partenaire. La mère en dépression peut aussi rentrer dans un système de vie psychorigide : elle ne supporte pas la nouveauté, la modification de son cadre de vie.
Si la mère traverse un épisode psychotique, de perte de la réalité, inconsciemment, elle ne portera pas les stigmates de la grossesse. Dans certains cas, la mère va cacher sa grossesse à son entourage, en portant des vêtements amples par exemple. Mais dans tous les cas, quand les partenaires vivent ensemble, on ne peut pas imaginer que le partenaire ne voit rien. Il peut choisir de ne rien voir par intérêt, par ressentiment ou pour protéger son épouse.
LCI.fr : Comment expliquez-vous que Véronique Courjault ait conservé les cadavres de ses bébés dans le congélateur ? Etait-ce une façon d'attirer l'attention de son époux ?
L. V. : Il faut se garder de faire des interprétations mais être sensible aux conditions matérielles de vie. Quand on vit à la campagne, il n'y a pas de difficulté à prendre une bêche et enterrer les enfants. Au 19e siècle, dans les immeubles collectifs, on se débarrassait des bébés morts dans les tinettes [les trappes à ordures situées dans chaque appartement, NDLR]. Véronique Courjault n'avait peut-être pas de possibilité d'enfouissement dans les environs de son logement.
On sait par ailleurs que pour une mère qui conserve le cadavre de son enfant à proximité, il sera de plus en plus difficile de se séparer du corps. Elle va en quelque sorte s'habituer à sa présence.
LCI.fr : Quelle est la peine prévue pour un infanticide ?
L. V. : Le terme a disparu du code pénal, on parle donc d'homicide. C'est aux magistrats de décider de l'échelle de la peine. Cela peut être un acquittement, un non-lieu ou une peine d'incarcération de 10 à 15 ans.
LCI.fr : Que pensez-vous de cette affaire ?
L. V. : Il ne faut surtout pas se dire qu'elle est unique. Il n'existe pas de statistiques sur les infanticides car il est difficile d'en faire mais c'est un phénomène qui va prendre de plus en plus d'ampleur. Le caractère sacré de l'enfant va faire l'objet de plus en plus d'attaque car tout nous pousse à idéaliser les enfants, à en faire les dépositaires de nos valeurs. Je suis frappé de constater que la fin du 20e siècle et le début du 21e ont été marqués par l'apparition des enfants-soldats et la contestation de grands principes que sont le travail, l'éducation et la formation des enfants. C'est comme si nous étions toujours attachés à ces valeurs mais que nous étions moins vigilants.
(1) Le professeur Loïck Villerbu est directeur de l'Institut de criminologie et de sciences humaines.
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