Véronique Courjault, atteinte du déni de grossesse ?

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 12 octobre 2006 à 17h29 , mis à jour le 12 octobre 2006 à 19h11

La psychiatre-psychanalyste Sophie Marinopoulos revient pour LCI.fr sur l'affaire des bébés congelés. Elle explique notamment comment des femmes peuvent en arriver à nier leur grossesse et tuer leur enfant.

L'épouse Courjault à Tours le 22 août 2006. TF1/LCIL'épouse Courjault à Tours le 22 août 2006 © TF1/LCI

LCI.fr : Que vous inspire cette affaire des bébés congelés ?

Sophie Marinopoulos (1) : On est dans le monde de l'impensable et d'ailleurs, on ne sait quoi penser. Cette affaire illustre peut-être le phénomène du déni de grossesse. C'est-à-dire le fait que la femme va nier la réalité de sa grossesse. Elle n'a aucune image de l'attente d'un enfant ; il y a un vide de la pensée. Lorsqu'il y a un déni massif jusqu'à l'accouchement, très souvent l'accouchement se fait dans des conditions terribles et soit l'enfant décède, soit la femme annule la réalité de la vie [en tuant l'enfant, NDLR].

Ce déni de grossesse peut se produire dans un milieu social aisé et instruit. La vie psychique n'a rien à voir avec les tranches sociales. Personne n'est à l'abri. Cela arrive très régulièrement, et il y a des infanticides en France tous les ans.

LCI.fr : Quelles sont les statistiques d'infanticides en France ?

S. M. : Il n' y a pas d'études sur le sujet. D'ailleurs, le terme d'infanticide a été retiré des textes ; on parle de meurtre sur des mineurs de moins de 15 ans. C'est donc difficile de savoir combien de bébés sont tués par leur mère.

LCI.fr : Quelles sont les causes du déni de grossesse ?

S. M. : Une grossesse s'ancre dans une histoire de vie, une histoire personnelle et de couple. Elle met en relief les liens entre l'histoire passée et l'histoire présente. Lors d'une grossesse, la transformation n'est pas seulement physique mais aussi psychique. Dans les maternités françaises, on soigne très bien mais prendre soin des patientes, c'est différent : nous sommes en perte de vitesse, il y a de gros efforts à faire.

LCI.fr : Véronique Courjault est mère de deux enfants âgés de 10 et 11 ans. Comment peut-on être mère, élever des enfants et commettre les infanticides, dont elle s'est accusée ?

S. M. : Chaque grossesse est unique, on ne peut pas les comparer. Une mère peut commettre un infanticide après plusieurs grossesses. Si à aucun moment, une réalité ne vient mettre un point final à ce mode de communication d'un état de mal-être, les infanticides ne peuvent que se reproduire. Et dans cette affaire, personne n'a rien vu, le déni a été contagieux.

LCI.fr : Qu'est-ce qui a pu pousser une mère à mettre les cadavres des bébés dans le congélateurs ?

S. M. : Dans les cas d'infanticides, les corps des enfants ne sont jamais loin de la mère. On les retrouve souvent. En général, les mères avouent très vite, ce n'a pas été le cas pour Véronique Courjault. C'est ce qui m'a étonnée dans cette affaire.

(1) Sophie Marinopoulos est psychiatre-psychanalyste au CHU de Nantes. Elle a écrit Dans l'intimité des mères, paru en 2005 aux éditions Fayard.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 12 octobre 2006 à 17:29
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23 Commentaires

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  • Chrysta, le 09/06/2009 à 18h14

    Je trouve ça mal saint de sa part faire ça a trois reprise; les bébés avaient le droit de vivre Véronique Courjault aurait pu une fois les avoir mis au monde les placer ,il y a tellement de personnes qui sont en attente d'adoption.C'est tu femme égoïste qui mérite pas le pardon. c'étaient des petits être sans défense et innocent. C' est inamissible.

  • Christel Fouda, le 16/10/2006 à 16h50

    Un dicton chez nous dit "quand on ne veut pas faire des rêves on ne dort pas". Aussi, ce serait trop facile de condamner cette dame. Mais n'empêche a-t-elle songé aux deux premiers qui se retrouvent sans mère?

  • Patrick oussant, le 15/10/2006 à 19h18

    LE LIEN entre une mère enceinte et son bébé me paraît hors norme. Il y a une trés grande détresse dans tout ça. J'espère qu'on essaiera de comprendre avant de condamner. La mère aussi est une victime. Il faut essayer de comprendre et de pardonner.

  • Guy Hollie Augustin, le 14/10/2006 à 17h14

    Je demande aux gens de ne pas faire de jugement hatif. On ne sait pas ce qui est arrive a cette femme, on doit savoir quelle genre de vie elle menait avant. C'est triste ce qui est arrivé, peut-être qu'il y a d'autres raisons d'ordre sentimental, économique, psychique,émotif. Soyez plus cléments.

  • Reynaudlolo, le 14/10/2006 à 13h23

    Le mari est au courant , on ne peut pas vivre avec une femme enceinte et ne pas le voir

  • Gaëlle, le 14/10/2006 à 11h56

    Cette histoire est terrible et dramatique. Je connaissais pour l'avoir étudier le phénomène du déni de grossesse. Je m'interroge sur un élément juridique. Ces bébés victimes de crimes sont nés vivants et ont été tués de suite sans avoir été déclarés. Quelle est leur existence légale ? Fait on une déclaration de décès et une déclaration de naissance à postériori ? Pour la famille proche et notamment les frères : quelle possibilité d'intégrer le fait qu'il y ait eu naissance et mort de frères et soeurs. Comment généralement sont enterrés ces enfants, sous quel nom et prénom puisqu'ils n'en avaient pas ? Y a t'il eu des études sur les familles ayant vécu ce type d'événement et comment les frères et soeurs vivants sont accompagnés psychologiquement ? voilà une partie de mes questionnements au delà du sentiment d'horreur.

  • Dubouis, le 14/10/2006 à 09h56

    Je ne souhaite pas donner mon avis sur cette triste affaire mais je voulais dire qu'en tant qu'infirmiere il m'est arrivée de voir arriver aux urgences des femmes matures et déja mère pour un accouchement dont la grossesse avait été totalement refoulée et dont l'entourage et surtout le mari n'avaient rien vu ces situations sont fréquentes et dans le cas de mme courjeaut je veux bien croire que son mari n'est pas été au courant!

  • CATHERINE, le 13/10/2006 à 22h16

    Comment est-il possible en 2006 de vivre près des gens sans les voir vraiment ? L'indifférence des humains laisse place à l'horreur dans toute sa splendeur. Il aurait suffit peut être de faire plus attention à elle pour l'aider et l'éviter à tomber dans une telle atrocité. Le pire c'est qu'une femme "malade mentalement" exerce la profession de garde d'enfants ? Je plains sincèrement ses deux enfants qui ont échappé à la mort et qui restent maintenant privés de leurs parents.

  • Jessy, le 13/10/2006 à 21h26

    Je suis d'accord avec Florence de Clamart. De plus, dans notre société, la grossesse est vue comme un état idyllique, l'accouchement DOIT être "le plus beau moment de sa vie", mais sachez que ça ne se passe pas comme ça pout toute les femmes...Il y a tant de choses qui se jouent lors de la grossesse et de l'accouchement, selon le contexte dans lequel on vit, sa propre histoire, son enfance, etc. Personnellement, j'ai fait 2 dépressions post-natales à la naissances de mon fils puis de ma fille. J'ai été hospitalisée car j'étais en miettes, psychologiquement détruite, et il m'est arrivée de ne plus rien ressentir pour mes enfants, de ne plus vouloir les voir, et de regretter qu'ils soient née...Et oui, ça se passe aussi comme ça parfois, il se trouve que je me suis remise rapidement, et que je n'ai jamais voulu les tuer, dieu merci...Aujourd'hui, je suis très heureuse et rien ne s'est cassé entre eux et moi, mais à ceux qui veulent faire la morale et crier au monstre, je dis informez-vous, et soyez un peu ouvert d'esprit. Evidemment je n'excuse pas cette femme et je trouve aussi cela horrible, mais je pense que pour certaines femmes, cet acte s'explique. Pour finir, je trouve dommage que l'on ne parle jamais de la dépression post-natale, et surtout qu'elle soit si mal comprise et prise ne charge...Même mon psy n'en savait pas grand-chose ! J'ai beaucoup de peine pour les deux autres enfants à qui les médias font beaucoup de mal, en plus de l'acte de leur mère, et on traine leur mère dans la boue...Un peu de compassion pour ces deux enfants, bon sang !

  • Souchon, le 13/10/2006 à 20h45

    Comment a t elle pu accoucher dans la clandestinité? une naissance n'est pas programmable!!! Ou se trouvaient ses enfants,ses amis (ies), une telle épreuve qu'est l'accouchement ne peut se faire " tranquillement" à l'abris.Pour avoir accouché il y a peu, il me parait impossible de faire comme si rien ne s'était passé.... ne serait ce que la fatigue physique qui se lit sur le visage d'une femme qui vient de mettre au monde un enfant.Et enfin,pourquoi n a t elle pas eu recours à la contraception ou à l avortement....un grave problème psychiatrique ne peut etre que la raison d'un tel acte... je suis pressée d'avoir quelques éléments de réponses médicales

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