La petite Marion a disparu il y a 10 ans © DRLe 14 novembre 1996, peu après midi, Marion Wagon, 10 ans, se volatilise en quelques minutes entre son école et son domicile, situé à seulement 400 mètres, à Agen, dans le Lot-et-Garonne. Dix ans après, sa disparition reste un mystère. Les enquêteurs cherchent toujours une piste sérieuse. "Le dossier n'a jamais été clôturé. Il n'y a pas de risque de prescription", a indiqué lundi le procureur de la République d'Agen Pierre Nalbert. "La prescription est de dix ans mais elle repart à la fin de chaque acte" de procédure, a-t-il ajouté.
Malgré d'intenses recherches des forces de l'ordre, qui ratissent Agen et ses environs, allant jusqu'à vider le canal du Midi sur 14 km, la petite fille blonde aux yeux bleus ne donnera plus signe de vie. Un chien policier perd sa trace à 50 mètres de chez elle, laissant supposer que cette élève décrite comme "souriante et décontractée" est montée dans un véhicule. Dix ans après, les enquêteurs, d'abord de la police judiciaire puis de la gendarmerie, ne semblent pas tenir de piste sérieuse après des milliers de témoignages et l'abandon de diverses "pistes", notamment en Nouvelle-Calédonie, en Catalogne, en Pologne ou à la Martinique.
"Tout est possible même dix ans après"
En 1998, un portrait scientifiquement "vieilli" de la fillette est diffusé en même temps qu'un numéro vert d'appel gratuit. En vain. La disparition de Marion a pourtant suscité une forte mobilisation en France et en Belgique. Des milliers d'affichettes, avec sa photo, sont apposées dans des lieux publics et des magasins. Le visage rond et rieur de l'enfant est même imprimé sur 4 millions de packs de lait. "Il y a eu un travail monstrueux dans la France entière et pas une affaire de pédophilie pour laquelle il n'y a pas eu des vérifications", a souligné le procureur d'Agen. La cellule Marion, toujours active, accumule aujourd'hui plus de 15 tonnes de documents et procès-verbaux. A plusieurs reprises, l'espoir renaît brièvement, comme en 2003, quand un travesti entendu dans le cadre de l'affaire du tueur en série Patrice Alègre affirme, avant d'avouer une manipulation, avoir aperçu Marion dans des soirées sado-masochistes. L'hypothèse du tueur en série présumé Michel Fourniret, évoquée un temps, a elle aussi été "totalement écartée", selon le parquet.
Pendant ce temps, les parents de Marion continuent d'espérer malgré la souffrance, ravivée à chaque nouvelle affaire de pédophilie. "On veut savoir la vérité et punir celui qui s'est emparé de notre bonheur", a déclaré lundi le père, Michel Wagon, se disant aussi meurtri par le manque de communication des magistrats qui l'ont reçu "à peine huit fois en dix ans". "Tout est possible même dix ans après", a-t-il toutefois estimé en citant l'exemple de Natascha Kampusch, cette jeune Autrichienne qui a réussi à échapper à son ravisseur huit ans après son enlèvement, à l'âge de 10 ans.
En attendant, les habitants d'Agen se sont mobilisés mardi en portant un ruban blanc ou en accrochant un mouchoir blanc aux cartables des enfants. "C'est un message collectif pour qu'on n'oublie pas Marion et pour donner un peu d'espoir aux parents", expliquait l'association de défense et protection de l'enfance "La Mouette", à l'origine de l'opération.
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