
L'un des Kurdes de Turquie mis en examen vendredi et écroués à Paris a affirmé au juge qu'il avait eu des "contacts permanents" entre 2002 et 2006 avec la Direction de la surveillance du territoire (DST) et avait rencontré Patrick Devedjian en 2003, a-t-on appris de sources proches du dossier. Attila Balikci, 31 ans, présenté comme le "secrétaire" de Riza Altun, représentant de l'organisation séparatiste PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) en Europe, a expliqué au juge d'instruction qui l'a mis en examen, Thierry Fragnoli, qu'il avait été pendant quatre ans l'intermédiaire entre la DST et M. Altun, également écroué vendredi.
M. Balikci a affirmé par ailleurs avoir rencontré en 2003 M. Devedjian, alors ministre délégué aux Libertés locales auprès de Nicolas Sarkozy, "au nom de la communauté kurde en France". M. Balikci s'est ainsi étonné d'être placé en garde à vue quatre jours dans les locaux de la sous-direction antiterroriste (SDAT), rue des Saussaies dans le VIIIe arrondissement de Paris, dans le même immeuble où il affirme avoir rencontré M. Devedjian.
DST : ils "n'étaient pas informateurs"
"Je n'en garde pas le souvenir mais ce n'est pas impossible", a déclaré Patrick Devedjian, conseiller politique de Nicolas Sarkozy. "J'ai souvent reçu des délégations kurdes mais je n'ai jamais reçu de délégation du PKK en tant que telle", a-t-il ajouté. M. Devedjian a indiqué qu'il s'était rendu lundi matin, à la demande des Kurdes, au Centre kurde perquisitionné la semaine dernière et voisin du QG de campagne de M. Sarkozy. "Ils m'ont dit que c'était à cause de Nicolas Sarkozy (qu'il y a eu ce coup de filet, ndlr). Je leur ai dit que non, que c'était sur commission rogatoire d'un juge d'instruction et que la police est tenue de l'exécuter", a dit M. Devedjian.
Quinze Kurdes interpellés la semaine dernière en Ile-de-France et en Bretagne, parmi lesquels des cadres européens du PKK, ont été mis en examen vendredi pour des activités terroristes présumées et quatorze d'entre eux placés en détention provisoire. La DST a confirmé la réalité de contacts avec des Kurdes du PKK, précisant qu'ils "n'étaient pas des informateurs". "Lorsque des personnes étrangères qui sont en situation régulière en France appartiennent à des formations politiques d'opposition à l'étranger, on est amené à les rencontrer pour leur rappeler qu'ils ne doivent pas franchir la ligne jaune", a affirmé la DST.
"On ne comprend pas que des gens qui font des collectes (d'argent, ndlr) depuis au moins dix ans avec la bénédiction des autorités deviennent brutalement de dangereux terroristes. On pouvait très bien les convoquer pour les interroger", a déclaré Me Jean-Louis Malterre, avocat de M. Balikci qui voit derrière ce coup de filet une opération "télécommandée par les Etats-Unis".
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