La centrale EDF de Dégrad-des-Cannes, en Guyane © DR
| Pour le directeur d'EDF en Guyane, "la situation est très tendue" |
"Je discutais calmement autour d'une table avec un collègue quand des agents de la centrale se sont interposés. Ils ont commencé à tambouriner sur le bureau, un casque de chantier a été fracassé. J'ai entendu : 'Prends-lui sa chaise'. Je me suis rassis et c'est là que plusieurs personnes ont soulevé le siège pour me sortir de la pièce. Je suis tombé, en avant, de tout mon poids. Et j'ai fait un malaise". Les mots sont de Claude Hartmann, directeur adjoint d'EDF en Guyane, qui aurait été agressé mardi par plusieurs salariés de l'entreprise.
La scène filmée ?
Les faits ont eu lieu mardi à la centrale de Dégrad-des-Cannes, sur la commune de Rémire-Montjoly. Conduit par les pompiers au centre hospitalier, le directeur-adjoint s'est vu délivrer une incapacité temporaire de travail de trois jours en raison de douleurs au dos et d'hématome au visage, selon EDF. Toujours selon la direction guyanaise, la victime aurait été photographiée et filmée à terre par certains agents présents. "C'est ce que certains collègues m'ont rapporté, moi je n'ai rien vu, j'étais dans le cirage", nous a confié Claude Hartmann vendredi, depuis son domicile. "Oui, effectivement, plusieurs personnes ont filmé le directeur avec leur téléphone portable. Puis la juriste les a mises en garde et demandé d'effacer ces documents. Ils lui ont répondu qu'ils ne savaient pas comment faire", rapporte un des cadres présents qui a souhaité garder l'anonymat. "J'ose espérer pour eux qu'ils n'ont pas fait circuler ces images", poursuit-il.
Pour Marc Girard, directeur d'EDF en Guyane, les raisons de ce conflit entre direction et agents de la centrale remontent au 7 mars. En partie. Ce jour-là EDF porte plainte pour présomption de vol de combustible dans cette centrale thermique. Pour l'UTG-CGT, il s'agit de diffamer les agents. Deux jours plus tard, le personnel se réunit en assemblée. Un groupe d'agents exige le retrait de la plainte, la direction refuse. "Leur réaction immédiate a été de vider le bureau du chef de la centrale et de lui interdire l'accès au site", raconte Marc Girard. Il poursuit : "Et mardi dernier, le directeur a quand même pu pénétrer dans la centrale. J'ai demandé à mon directeur adjoint Claude Hartmann de se rendre sur place pour dénouer le conflit. L'intimidation physique était de plus en plus forte. Des agents l'ont soulevé à 50 centimètres du sol, il est tombé". La scène surréaliste s'est déroulée sous les yeux d'un huissier, mandaté par EDF pour constater l'empêchement de travailler du chef de la centrale. "Hélas, il a surtout constaté des faits de violences", déplore Marc Girard.
Un "simulacre"
Deux agents ont été mis à pied, et au total, quatre ont déjà reçu des convocations pour le 10 avil en vue d'un passage en commission disciplinaire. Tous font partie du syndicat UTG-CGT (Union des Travailleurs guyanais). La confédération dément formellement toutes les accusations d'EDF Guyane et, dans un communiqué publié vendredi, parle de complot visant à "casser du syndicat" et de"simulacre". Philippe Jesbac, secrétaire général de l'UTG-CGT en Guyane, évoque une mise en scène destinée à l'huissier : "Le directeur serait tombé de lui-même". "Il est resté à terre une quinzaine de minutes mais il n'était pas du tout inconscient. D'ailleurs, ni l'huissier ni les cadres présents ne sont allés à son chevet", raconte Jean-Victor Casto, agent de la centrale et secrétaire de la section UTG-CGT. Ce dernier fait parti des agents mis à pied.
Le syndicat envisage de faire grève le 10 avril, jour de la convocation. Vendredi après-midi, les agents de la centrale se sont réunis pour évoquer l'affaire. "On risque de partir sur une grève longue et très dure avec, notamment, des coupures d'électricité pour les Guyanais. Ces derniers seront peut-être pris en otages mais nous n'avons pas le choix", juge Philippe Jesbac.
| Vives tensions sur fond de plan social |
A l'origine des tensions de ces dernières semaines, le projet de construction d'une nouvelle centrale en Guyane de 90 mégawatt contre 72 actuellement qui serait confiée à des sociétés filiales d'EDF. Cela s'accompagnerait de réduction de 30% des effectifs à la centrale de Dégrad-des-Cannes qui compte actuellement 120 agents et d'un passage en 3x8. Le détail du projet d'EDF a été communiqué en comité central le 15 mars. Une grève de 16 jours avec occupation des locaux avait eu lieu en décembre à la centrale sur la question de la politique énergétique en Outre-Mer. Elle s'était accompagnée de coupures d'électricité dans les premiers jours. Le 8 décembre, une coupure avait frappé la base spatiale de Kourou, quelques heures avant un tir d'Ariane 5. Les syndicats réclamaient des garanties d'EDF quant à son engagement en Guyane dans le cadre de son plan énergétique pour quatre DOM (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane) et la Corse. A l'issue du conflit, un protocole d'accord avait été signé entre la direction et l'UTG (Union des travailleurs guyanais) et la CDTG (Centrale démocratique des Travailleurs de Guyane). |
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