Un dirigeant d'EDF agressé et filmé par des agents

Par Sophie LUTRAND et Amélie GAUTIER, le 30 mars 2007 à 16h39 , mis à jour le 30 mars 2007 à 18h44

Il aurait été violenté mardi après une plainte pour vol de gasoil dans la centrale. Le syndicat parle de complot et menace de faire grève. EDF affirme que la scène aurait été filmée. Le syndicat parle de complot et menace de faire grève.

La centrale EDF de Dégrad-des-Cannes, en Guyane/DRLa centrale EDF de Dégrad-des-Cannes, en Guyane © DR

  

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Pour le directeur d'EDF en Guyane, "la situation est très tendue"

"Je discutais calmement autour d'une table avec un collègue quand des agents de la centrale se sont interposés. Ils ont commencé à tambouriner sur le bureau, un casque de chantier a été fracassé. J'ai entendu : 'Prends-lui sa chaise'. Je me suis rassis et c'est là que plusieurs personnes ont soulevé le siège pour me sortir de la pièce. Je suis tombé, en avant, de tout mon poids. Et j'ai fait un malaise". Les mots sont de Claude Hartmann, directeur adjoint d'EDF en Guyane, qui aurait été agressé mardi par plusieurs salariés de l'entreprise.

La scène filmée ?

Les faits ont eu lieu mardi à la centrale de Dégrad-des-Cannes, sur la commune de Rémire-Montjoly. Conduit par les pompiers au centre hospitalier, le directeur-adjoint s'est vu délivrer une incapacité temporaire de travail de trois jours en raison de douleurs au dos et d'hématome au visage, selon EDF. Toujours selon la direction guyanaise, la victime aurait été photographiée et filmée à terre par certains agents présents. "C'est ce que certains collègues m'ont rapporté, moi je n'ai rien vu, j'étais dans le cirage", nous a confié Claude Hartmann vendredi, depuis son domicile. "Oui, effectivement, plusieurs personnes ont filmé le directeur avec leur téléphone portable. Puis la juriste les a mises en garde et demandé d'effacer ces documents. Ils lui ont répondu qu'ils ne savaient pas comment faire", rapporte un des cadres présents qui a souhaité garder l'anonymat. "J'ose espérer pour eux qu'ils n'ont pas fait circuler ces images", poursuit-il.

Pour Marc Girard, directeur d'EDF en Guyane, les raisons de ce conflit entre direction et agents de la centrale remontent au 7 mars. En partie. Ce jour-là EDF porte plainte pour présomption de vol de combustible dans cette centrale thermique. Pour l'UTG-CGT, il s'agit de diffamer les agents. Deux jours plus tard, le personnel se réunit en assemblée. Un groupe d'agents exige le retrait de la plainte, la direction refuse. "Leur réaction immédiate a été de vider le bureau du chef de la centrale et de lui interdire l'accès au site", raconte Marc Girard. Il poursuit : "Et mardi dernier, le directeur a quand même pu pénétrer dans la centrale. J'ai demandé à mon directeur adjoint Claude Hartmann de se rendre sur place pour dénouer le conflit. L'intimidation physique était de plus en plus forte. Des agents l'ont soulevé à 50 centimètres du sol, il est tombé". La scène surréaliste s'est déroulée sous les yeux d'un huissier, mandaté par EDF pour constater l'empêchement de travailler du chef de la centrale. "Hélas, il a surtout constaté des faits de violences", déplore Marc Girard.

Un "simulacre"

Deux agents ont été mis à pied, et au total, quatre ont déjà reçu des convocations pour le 10 avil en vue d'un passage en commission disciplinaire. Tous font partie du syndicat UTG-CGT (Union des Travailleurs guyanais). La confédération dément formellement toutes les accusations d'EDF Guyane et, dans un communiqué publié vendredi, parle de complot visant à "casser du syndicat" et de"simulacre". Philippe Jesbac, secrétaire général de l'UTG-CGT en Guyane, évoque une mise en scène destinée à l'huissier : "Le directeur serait tombé de lui-même". "Il est resté à terre une quinzaine de minutes mais il n'était pas du tout inconscient. D'ailleurs, ni l'huissier ni les cadres présents ne sont allés à son chevet", raconte Jean-Victor Casto, agent de la centrale et secrétaire de la section UTG-CGT. Ce dernier fait parti des agents mis à pied.

Le syndicat envisage de faire grève le 10 avril, jour de la convocation. Vendredi après-midi, les agents de la centrale se sont réunis pour évoquer l'affaire. "On risque de partir sur une grève longue et très dure avec, notamment, des coupures d'électricité pour les Guyanais. Ces derniers seront peut-être pris en otages mais nous n'avons pas le choix", juge Philippe Jesbac.

Vives tensions sur fond de plan social

A l'origine des tensions de ces dernières semaines, le projet de construction d'une nouvelle centrale en Guyane de 90 mégawatt contre 72 actuellement qui serait confiée à des sociétés filiales d'EDF. Cela s'accompagnerait de réduction de 30% des effectifs à la centrale de Dégrad-des-Cannes qui compte actuellement 120 agents et d'un passage en 3x8. Le détail du projet d'EDF a été communiqué en comité central le 15 mars.

Une grève de 16 jours avec occupation des locaux avait eu lieu en décembre à la centrale sur la question de la politique énergétique en Outre-Mer. Elle s'était accompagnée de coupures d'électricité dans les premiers jours. Le 8 décembre, une coupure avait frappé la base spatiale de Kourou, quelques heures avant un tir d'Ariane 5. Les syndicats réclamaient des garanties d'EDF quant à son engagement en Guyane dans le cadre de son plan énergétique pour quatre DOM (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane) et la Corse. A l'issue du conflit, un protocole d'accord avait été signé entre la direction et l'UTG (Union des travailleurs guyanais) et la CDTG (Centrale démocratique des Travailleurs de Guyane).


Par Sophie LUTRAND et Amélie GAUTIER le 30 mars 2007 à 16:39
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11 Commentaires

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  • Jcdenne, le 30/03/2007 à 18h36

    Pourquoi une telle mediatisation ? La solution est simple. Il s'agit de fautes graves et cela doit finir par un licenciement. Si rien n'est fait, encore l'impunité et cela continuera. La France manque de fermeté. Il n'y a pas d'excuse à de tel agissement et les menaces des syndicalistes sont inadmissibles. Doit-on céder par peur des réactions ? Je vois que tous sont d'accord...

  • Help Me Im In Hell, le 30/03/2007 à 18h28

    Je pense qu'il faut sanctionner les agents , mais aussi les représentants syndicals qui enveniment la situation.

  • BLAIREAU, le 30/03/2007 à 18h02

    C EST TOUJOURS LES MIEUX PAYER ET QUI ONT LE PLUS D AVANTAGES QUI FONT GREVES A LONGUEURE D ANNEE.LES BRUTALITEES DOIVENT ETRE SANCTIONER PAR UNE MISE A LA PORTE CELA EN FERRA REFLECHIRE BEAUCOUP DE C EST PRIVILEGIES.

  • Veronique, le 30/03/2007 à 17h47

    Une institutrice qui incite les parents d'élève à s'en prendre aux policiers venus arrêter un clandestin... et qui n'est pas poursuivie. Un passager sans ticket qui agresse deux agents de la RATP... et qui obtiendra sa carte de séjour en France. Quand ceux qui agressent ne sont pas poursuivis, voire sont récompensés, en France et ce de façon habituelle, il ne faut pas ensuite s'étonner que les agressions se multiplient. Triste situation facile à expliquer. Ce qui est incompréhensible, c'est que rien ne soit fait pour changer la situation. Elle ne fera que s'envenimer.

  • Michel, le 30/03/2007 à 17h46

    On va de plus en plus vers une dictature syndicale. Pas flatteur.

  • Thierry, le 30/03/2007 à 17h27

    Comme à l'habitude! la violence des syndicats et de mise sur le problème.comme à chaque conflit ils font pression avec violence sur ceux qui ne sont pas de leurs avis!si vous n'êtes pas d'accord avec leurs propos,ils vous menaces verbalement et physiquement si ils peuvent!!je me r'appelle une certaine grève de routiers.si on n'etais pas d'accord pour immobiliser notre vehicule sur les barrages routiers,ils devenaient agressif!toujours des fouteurs de m.... qui croit justifier leur droit en outrepassant la loi civil pour appliquer la leurs! PFFFFF!!

  • Herem, le 30/03/2007 à 17h26

    De toutes façons les patrons et les employeurs d'E D F c'est la CGT. Et avec ce qu'il perçoivent sur les recettes d'EDF, il peuvent indemniser leurs grévistes durant un bon moment; Il est anormal qu'un petit groupe de syndiqués entrave la vie de toute une région, mais ce n'est pas le principal souci de la CGT, (voir aussi FOS-sur-Mer..........)

  • Philippe LEGROS, le 30/03/2007 à 17h20

    On ne peut tolérer de tels agissements. Que la Direction soit ferme et c'est un lienciement immédiat des agresseurs qui doit intervenir. Encore un Syndicat qui fuit ses responsabilités.... quelle honte !... le pauvre Directeur n'est pas quand même assez fou pour se laisser tomber sur le sol . Il faut sanctionner ces débordements . On ne peut tolérer qu'un individu créé des émeutes parce qu'il est pris sans billet dans une gare pas plus que l'on peut tolérer de ne pas sanctionner des personnes qui volent des combustibles . Sinon où va - t- on ? Il faut rétablir l'ordre et la Justice doit être sans pitié pour ces individus .

  • Xavier, le 30/03/2007 à 17h09

    "Le syndicat parle de complot et menace de faire grève." Ils ont vraiment réponse à tout ces syndicats ... à chaque problème une solution : la grève !

  • Foxie, le 30/03/2007 à 16h57

    "Les Guyanais risquent d'être pris en otages mais nous n'avons pas le choix". Ben voyons... Le culture CGT, c'est celle de l'intimidation, pour ne pas dire la violence, et de la grêve.

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