La boutique Footlocker cassée lors des émeutes gare du Nord, le 28 mars 2007 © LCI.fr/N.C.Le trou est assez gros pour y passer la tête. Au milieu de la vitrine zébrée, explosée à coups de barre de fer, le verre continue à se craqueler. Il y a même une empreinte de doigt ensanglantée. Ce mercredi matin, les employés de Footlocker ramassent les morceaux cassés. La boutique, située dans la galerie marchande de la gare du Nord, est celle qui a le plus souffert des scènes d'émeute de mardi soir. Face aux curieux attirés par les étals en vrac et les gros bras en poste, l'heure est à l'inventaire et à l'évaluation des pertes. Quasiment une routine. Car ce n'est pas la première fois que le magasin est touché. Footlocker a été la cible de vandalisme à deux reprises en 2006. "On a une image jeune, fashion, chère", estime Christophe, le responsable de la boutique. Dans son ton, pas vraiment d'indignation. Plutôt de la résignation.
Au lendemain des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, le calme était revenu à la gare du Nord. La présence policière a été renforcée et les traces des heurts ont été en grande partie nettoyées. Mais les événements de la veille, encore entachés de rumeurs et d'approximations, sont dans les esprits et les conversations. On parle misère sociale, délit de faciès, racisme ordinaire, et abus de pouvoir des agents de sécurité. Et personne ne s'étonne véritablement de cette explosion de violence.
"Des émeutes, il y en a déjà eu. Ici, les choses prennent très vite de l'ampleur, estime Isabelle, qui travaille dans la gare depuis 8 ans. Les tensions sont vives, on est toujours sur nos gardes. Et l'approche des élections n'arrange rien." Pour Sandrine, l'ambiance dans la gare est de toute façon "malsaine". "Il y a des groupes de jeunes qui traînent et de l'autre côté, la police patrouille. Elle fait son métier, mais l'atmosphère est tendue. Je me suis fait 'gazer' l'an dernier."
"Ça peut se reproduire à tout moment"
Les "tensions", Yacine les sent en permanence. Employé de sécurité pour la SNCF, le jeune homme raconte qu'il se fait souvent insulter "parce qu'on le prend pour un policier". "Il y a des contrôles de billets tous les soirs aux heures de pointe, explique-t-il. Ajoutez à cela les tourniquets qui fonctionnent mal et la foule, la situation peut tourner à la catastrophe."
Les employées de la boutique Bagafolie, qui n'a pas non plus échappé aux casseurs, se disent "pas en sécurité" dans l'enceinte de la gare. "Ma collègue a été agressée pour une histoire de remboursement, raconte Narjan. Quand on appelle les policiers, c'est déjà trop tard. Ils mettent trois quarts d'heure à arriver... On a le temps de mourir", sourit-elle. Mourir, peut-être pas, mais voir leur vitrine détruite, il y a des chances.
Mardi soir, Mahmed est resté à proximité de sa boutique de téléphonie jusqu'à 1h du matin. L'heure de la fin des émeutes. L'heure des derniers trains de banlieue. "Le dialogue entre jeunes et vendeurs est parfois violent, explique-t-il. Mais on essaie de régler ça par le dialogue. Pour moi, ce qui s'est passé, c'est la révolte des banlieues numéro deux. Ça peut se reproduire à tout moment. On a juste éteint les flammes."
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