"La moindre étincelle réactive les contentieux"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 29 mars 2007 à 07h00 , mis à jour le 29 mars 2007 à 09h30

Les affrontements de mardi soir s'expliquent par "l'habitude du conflit" entre jeunes des cités et policiers, selon le sociologue Thomas Sauvadet. Découvrez son interview.

TF1/LCI : Arrestation dans la gare du Nord... mais malgré l'arrestation de neuf personnes, le jeu du chat et de la souris entre petits groupes violents et forces de l'ordre se poursuivra jusqu'aux alentours de 1 heure du matin dans les rues voisines. © TF1/LCI

LCI.fr : Comment un contrôle de billet a-t-il pu dégénérer en affrontements qui ont impliqué autant de monde pendant plusieurs heures ? 

Thomas Sauvadet, sociologue (1) : Parce qu'il y a tout un passif derrière. La jeunesse la plus pauvre des quartiers populaires a développé une habitude du conflit avec l'uniforme : contrôleurs, policiers, gendarmes... Quand ces jeunes sortent de leur quartier, ils sont les premiers à être ciblés par des contrôles d'identités et quand les policiers ou les gendarmes viennent dans les quartiers, c'est perçu comme une intrusion. Donc la moindre étincelle réactive les contentieux.

LCI.fr : Avez-vous été surpris par la tournure des événements ?

T. S. : Je me suis dit que les affrontements étaient assez importants. Ce sont le nombre d'acteurs impliqués et la durée du conflit qui sortent un peu de l'ordinaire.

LCI.fr : Faut-il y voir une conséquence des émeutes de 2005 ?

T. S. : Une partie de la jeunesse qui vit dans les cités HLM a pris conscience de sa force à cette occasion. Cela les a surpris, comme cela a surpris tout le monde. Mais au-delà de 2005, depuis le début des années 80, on est dans une dégradation des conditions de vie avec une précarisation du travail et des tensions interpersonnels en ce qui concerne les fractions les plus défavorisées des classes populaires.

LCI.fr : Les méthodes parfois trop musclées de la police ont été montrées du doigt. Qu'en pensez-vous ?

T. S. : En général, les policiers sont en situation de domination : ils sont mieux armés, ils ont la loi avec eux et ils bénéficient de renfort. C'est donc plus facile pour eux de déraper. Mais attention, je plains aussi les policiers. La violence et les provocations existent aussi du côté des jeunes.

LCI.fr : Les adversaires de Nicolas Sarkozy mettent également en cause la politique de l'ancien ministre de l'Intérieur...

T. S. : Nicolas Sarkozy a provoqué un phénomène majeur. Avant, les jeunes de la rue avaient un énnemi politique identifié : Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, ils en ont une deuxième : Nicolas Sarkozy.

LCI.fr : Un tel incident pourrait-il déboucher sur de nouvelles émeutes dans le pays, comme en 2005 ?

T. S. : Les émeutes de 2005 avaient trois causes principales : la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, les propos de Nicolas Sarkozy sur les racailles et le kärcher et l'envoi de gaz lacrymogène dans une mosquée. Pour que de telles émeutes se reproduisent, il faudrait un enchaînement de différents éléments comme des "attaques" sur la famille ou la religion, qui sont deux piliers de la culture des quartiers.

LCI.fr : Comment mettre fin à ce cycle de la violence ?

T. S. : C'est tout le problème de la socialisation de ces jeunes dans la vie : ils restent chez leurs parents et traînent dans la rue car il leur est difficile de fonder leur propre famille, de trouver du boulot, un logement... Chez certains de ces jeunes, il y a également une avidité et une agressivité de consommateurs frustrés. Il faut donc les faire sortir de cette façon de vivre mais par le haut — l'accès à l'emploi et au logement — et non par le bas — la répression et la prison, car ceux qui en sortent sont encore plus dangereux. Il faut trouver une alternative au tandem "famille-rue".

(1) Thomas Sauvadet est sociologue au Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société (CNRS, Inserm, Université Paris V). Il est notamment l'auteur de Jeunes dangereux, jeunes en danger, Comprendre les violences urbaines (Editions Dilecta) et Le Capital guerrier : Solidarité et concurrence entre jeunes de cité (Armand Colin)

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 29 mars 2007 à 07:00
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14 Commentaires

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  • Duriez m.agnés, le 02/04/2007 à 08h53

    J'ai un fils de 19 ans, nus vivons dans le pire quartier de marseille, il n'a pas de trvail et pourtant il ne vole pas, ne deal pas et respecte la loi et l'ordre alors que tant d'autre au pied de notre immeuble vendent de la drogue sous les yeux de tous, pillent les habitations environnantes et trainent toute la journée dans la rue dés l'age de 3ans! Ah...j'oubliais c'est la faute de la télé et des jeux vidéos! Mais le mien aussi joue à vice city et autre jeux violent, regarde des films comme hooligans, il n'a pourtant jamais agressé qui que ce soit, même si ça lui est arrivé de prendre le bus sans titre de transport!il y a des parents dans mon quartier qui savent pertinament que leurs enfants de 15 ans font le guet pour des dealers et sont bien heureux de profiter de l'argent qu'ils raménent, la police ne vient jamais même quand on les appals ou alors quand tout est fini et espérent qu'on va parler en sachant qu'on sera victimes de représailles!!!!

  • Dautriat marie-agnès, le 02/04/2007 à 08h41

    Je me suis faite agréssée verbalement par 10 adultes parce que j'ai laissé passer une personne agée devant moi à la poste!!! les parents n'ont aucune éducation, aucun savoir vivre, aucun civisme, comment les jeunes peuvent-ils en avoir?

  • Claude, le 29/03/2007 à 17h48

    Je suis daccord avec Nanou et Ahmed, ne confondons pas quelques voyous et l'immense majorité des jeunes qui souhaite s'en sortir malgré tout et qui, à cause de la "réputation" donnée, par ces délinquants et les médias à scandale qui attisent le feu, ont du mal à avoir une vie sereine. Il faut redonner à ces quartiers, une bonne réputation et cela ne peut se faire qu'en éradiquant la délinquance (je ne dis pas prison, je dis éducation et civisme).

  • Ahmed, le 29/03/2007 à 12h12

    Ceux qui cherchent du travail ne sont pas dans la rue à traîner tout simplement. J'ai également un bac+5 en économie industriel. Je ne trouve pas de travail dans ma branche, je fais de l'interim dans beaucoups de domaines et payé au smic. Je pense représenter la trés grande majorité des jeunes de banlieu qui s'accrochent malgrés les difficulté, car de nos jours rien n'est facile. Il y a une chose qui me gêne ce sont les amalgames d'une part et de l'autre toujour essayer de trouver des excuses à cette minorité de jeunes qui ne font pas grand chose de leur journée et qui reprennent les excuse entendue à la télé ou les médias en général. J'ai des raçines ethniques nord africaine mais je suis français et fier de l'être. On ne dit pas d'une personne qui a une affinité avec les Etats-Unis qu'elle est américaine.... Merci de me publier.

  • Bruno, le 29/03/2007 à 12h07

    J'ai 39 ans, je me fais contrôler a la sortie d'une discothèque par un policier alors que je n'ai pas mes papiers d'identité ! Derechef Mr le Gendarme se permet de me tutoyer. Je ne suis ni black ni beur je suis bien blanc, j'ai un travail... Vous estimez normal que les gendarmes tutois tout le monde ? Moi je l'ai remis a sa place en lui demandant : "Mais Monsieur de quel droit vous permettez vous de me tutoer ?" Il n'a pas repondu, il a augmenté la pression et j'ai failli terminer ma nuit au poste. voila la vérité sur l'agressivité de la police. Ceci est intolérable pour moi et pour les autres !

  • Marie, le 29/03/2007 à 12h01

    Pourrait-on définir ce qu'est un "jeune". Il me semble que les affrontements ont concerné un homme majeur et vacciné depuis très longtempts

  • Murielle, le 29/03/2007 à 11h31

    Les tirer vers le haut ? les voyous préfèrent les petits trafics. Se lever le matin ? trop peu pour eux. Ils gagnent en une heure de guet plus qu'en une semaine de travail salarié.alors ne révez pas.Vous pourrez les tenir par la main et leur offrir du travail sur un plateau qu'ils ne feront pas l'effort de le garder. C''est ça la réalité.

  • Nanou, le 29/03/2007 à 10h48

    Je fais moi aussi partie de cette population en situation précaire. Bac +5 en poche, je n'ai pu trouvé qu'un job à mi-temps (considéré comme un job étudiant), me donnant le niveau financier d'un rmiste, je suis moi aussi une consommatrice frustrée, je suis restée longtemps chez mes parents, ai aujourd'hui du mal à "joindre les deux bouts", ne bénéficie d'aucune aide financière extérieure, subi encore de nombreux refus d'employeurs etc etc et pourtant...je n'insulte pas ni ne frappe les policiers, n'ai jamais commis de délits, il ne me viendrait pas à l'idée d'aller "braquer" un magasin de téléphones mobiles pour soit disant montrer mon mécontentement et encore moins de caillasser un camion de pompiers ou mettre le feu à un bus. Oui il y a de nombreuses personnes qui souffrent aujourd'hui en france mais la compassion et la compréhension ne sont offertes qu'à une certaine partie de la population, celle qui pourtant fait le plus de tort.

  • Marina, le 29/03/2007 à 10h33

    Des chauffeurs de bus se font agresser toute l'annee on n'en parle pas on ne veut pas reconaitre la penibilite du travail et la pour un ticket on ne s'arrete plus ....

  • DUPONT, le 29/03/2007 à 10h04

    C'est avec une analyse pareil, que l'on est aujourd'hui au bord de l'affrontement. Ce socioloque nous fait, encore, le coup du bla bla habituel sur "ce n'est pas leur faute". Dans les faits, il s'agit d'une lutte pour le contrôle du territoire, entre la banlieue et la république. Monsieur le sociologue, il faudrait réactualiser vos fiches !

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