... mais malgré l'arrestation de neuf personnes, le jeu du chat et de la souris entre petits groupes violents et forces de l'ordre se poursuivra jusqu'aux alentours de 1 heure du matin dans les rues voisines. © TF1/LCILCI.fr : Comment un contrôle de billet a-t-il pu dégénérer en affrontements qui ont impliqué autant de monde pendant plusieurs heures ?
Thomas Sauvadet, sociologue (1) : Parce qu'il y a tout un passif derrière. La jeunesse la plus pauvre des quartiers populaires a développé une habitude du conflit avec l'uniforme : contrôleurs, policiers, gendarmes... Quand ces jeunes sortent de leur quartier, ils sont les premiers à être ciblés par des contrôles d'identités et quand les policiers ou les gendarmes viennent dans les quartiers, c'est perçu comme une intrusion. Donc la moindre étincelle réactive les contentieux.
LCI.fr : Avez-vous été surpris par la tournure des événements ?
T. S. : Je me suis dit que les affrontements étaient assez importants. Ce sont le nombre d'acteurs impliqués et la durée du conflit qui sortent un peu de l'ordinaire.
LCI.fr : Faut-il y voir une conséquence des émeutes de 2005 ?
T. S. : Une partie de la jeunesse qui vit dans les cités HLM a pris conscience de sa force à cette occasion. Cela les a surpris, comme cela a surpris tout le monde. Mais au-delà de 2005, depuis le début des années 80, on est dans une dégradation des conditions de vie avec une précarisation du travail et des tensions interpersonnels en ce qui concerne les fractions les plus défavorisées des classes populaires.
LCI.fr : Les méthodes parfois trop musclées de la police ont été montrées du doigt. Qu'en pensez-vous ?
T. S. : En général, les policiers sont en situation de domination : ils sont mieux armés, ils ont la loi avec eux et ils bénéficient de renfort. C'est donc plus facile pour eux de déraper. Mais attention, je plains aussi les policiers. La violence et les provocations existent aussi du côté des jeunes.
LCI.fr : Les adversaires de Nicolas Sarkozy mettent également en cause la politique de l'ancien ministre de l'Intérieur...
T. S. : Nicolas Sarkozy a provoqué un phénomène majeur. Avant, les jeunes de la rue avaient un énnemi politique identifié : Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, ils en ont une deuxième : Nicolas Sarkozy.
LCI.fr : Un tel incident pourrait-il déboucher sur de nouvelles émeutes dans le pays, comme en 2005 ?
T. S. : Les émeutes de 2005 avaient trois causes principales : la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, les propos de Nicolas Sarkozy sur les racailles et le kärcher et l'envoi de gaz lacrymogène dans une mosquée. Pour que de telles émeutes se reproduisent, il faudrait un enchaînement de différents éléments comme des "attaques" sur la famille ou la religion, qui sont deux piliers de la culture des quartiers.
LCI.fr : Comment mettre fin à ce cycle de la violence ?
T. S. : C'est tout le problème de la socialisation de ces jeunes dans la vie : ils restent chez leurs parents et traînent dans la rue car il leur est difficile de fonder leur propre famille, de trouver du boulot, un logement... Chez certains de ces jeunes, il y a également une avidité et une agressivité de consommateurs frustrés. Il faut donc les faire sortir de cette façon de vivre mais par le haut — l'accès à l'emploi et au logement — et non par le bas — la répression et la prison, car ceux qui en sortent sont encore plus dangereux. Il faut trouver une alternative au tandem "famille-rue".
(1) Thomas Sauvadet est sociologue au Centre de Recherche Psychotropes, Santé Mentale, Société (CNRS, Inserm, Université Paris V). Il est notamment l'auteur de Jeunes dangereux, jeunes en danger, Comprendre les violences urbaines (Editions Dilecta) et Le Capital guerrier : Solidarité et concurrence entre jeunes de cité (Armand Colin)
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