Le Corse défenestré : "pas de faute" des enquêteurs

le 14 juin 2007 à 21h21 , mis à jour le 15 juin 2007 à 18h13

L'indépendantiste corse qui s'est jeté jeudi du 3e étage des locaux de la sous direction antiterroriste, risque de graves séquelles.

[Expiré] [Expiré] PJ Police judiciaire © AFP/Patrice Lapoirie

Dominique Pasqualaggi, l'indépendantiste corse soupçonné de participation à un attentat en 2006 à Aix-en-Provence, et qui s'était grièvement blessé jeudi en se jetant du 3e étage des locaux de la sous-direction antiterroriste de la PJ à Paris, semble sauvé mais risque de graves séquelles. "Son état est stable, les fonctions vitales sont stabilisées, ses jours ne sont pas en danger, c'est ce qu'ont dit les médecins à sa famille qui n'a pas encore pu le voir, mais il souffre de multiples et graves fractures, notamment du bassin", a déclaré vendredi Jean-Marc Rodriguez, un ami de la victime. Un peu plus tôt, nettement plus pessimiste, l'avocat du militant corse avait pourtant assuré que "le pronostic vital est engagé" et estimé que "les chances de survie de son client devaient se jouer dans les 48 heures après son hospitalisation".

Ce même avocat, Me Pascal Garbarini, avait dit dès jeudi soir ne pas croire à la thèse de la tentative de suicide. "Il ne faisait pas l'objet de déprime ou de détresse depuis son incarcération", avait-il expliqué. Déjà écroué dans le cadre d'une autre affaire, l'homme était en garde à vue dans les locaux lors du drame. "On est dans l'expectative. J'attends d'avoir des assurances sur la manière dont s'est déroulée la garde à vue. On a besoin de savoir de quelle manière il a été traité", avait indiqué, soulignant que son client "était dans un local non sécurisé" et que "la fenêtre était ouverte. On m'a précisé qu'il était menotté et qu'il s'était détaché". La garde à vue, qui avait débuté mardi, avait été prolongée dans la nuit de mercredi à jeudi, alors que l'état du militant corse "ne pouvait en rien laisser présager cet acte", selon une source policière.

"Brusquement, Pasqualaggi s'est précipité par la fenêtre"

La directrice centrale de la police judiciaire  (DCPJ) a assuré vendredi que ses enquêteurs n'avaient "pas  commis de faute" lors de la défenestration. "Il était très calme, et pour les enquêteurs, tout laisse à penser qu'il a  cherché à fuir", a-t-elle ajouté. Alors que l'enquêteur qui avait rédigé le PV était allé le soumettre à son  chef de service, M. Pasqualaggi a demandé au deuxième, resté avec lui, de  "desserrer légèrement" la menotte à son poignet, ce "qui a été fait".

Puis, "brusquement, Pasqualaggi s'est précipité par la fenêtre, a sauté sans  (qu'on) ait eu le temps et la possibilité de le retenir", a-t-elle poursuivi,  faisant également état du témoignage d'un tiers qui, depuis un autre bâtiment, a  vu l'homme "prendre un élan, bras écartés, comme quelqu'un qui veut maîtriser le saut". Selon la DCPJ, cela permettrait d'écarter la thèse d'une tentative de  suicide, au profit de celle d'une tentative d'évasion. La fenêtre par laquelle Dominique Pasqualaggi s'est précipité était "restée  ouverte car il faisait très chaud dans la pièce", a relevé la directrice,  ajoutant : "je pense qu'il a pu transpirer, forcer et très lentement extraire sa  main de la menotte".

"On utilise la garde à vue à outrance"

Dominique Pasqualaggi avait été mis en examen et écroué en juin 2006 avec trois autres personnes dans le cadre de l'enquête sur un attentat commis en janvier contre le Trésor public d'Aix-en-Provence qui avait coûté la vie à un militant indépendantiste corse. Selon Me Garbarini, son client avait déjà été extrait le 23 mai pour être interrogé dans une procédure concernant les attentats perpétrés en Corse en août et octobre 2005 contre quatre mairies.

"On utilise la garde à vue à outrance", a-t-il accusé, en suggérant que son client aurait pu être entendu directement dans tous ces dossiers par le ou les juges d'instructions saisis. "Mais on a préféré saucissonner ces procédures pour pouvoir multiplier les gardes à vue et faire ainsi pression sur les détenus en l'absence de leur avocat. C'est un détournement de la procédure pénale", a dénoncé Me Garbarini. La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie  a annoncé jeudi soir qu'elle avait chargé l'Inspection générale des services de  police (IGPN, la police des polices), d'une "enquête administrative".

D'après agence

le 14 juin 2007 à 21:21
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