"Les tricheurs s'adapteront toujours aux contrôles"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 26 juillet 2007 à 18h09 , mis à jour le 27 juillet 2007 à 11h13

Interview - Soupçons sur Rasmussen, dopage avant la compétition, solutions... : Michel Audran, spécialiste du dopage sanguin, fait le point sur la lutte pour LCI.fr.

France 2 : Tour de France, 8e étape, le 15 juillet 2007Tour de France, 8e étape, le 15 juillet 2007 © France 2

Michel Audran, spécialiste du dopage sanguin, est professeur de biophysique à la Faculté de pharmacie de Montpellier.


LCI.fr : En admettant que Rasmussen ait réellement bien triché, comment s'y serait-il pris pour passer au travers des contrôles depuis le début du Tour ?
Michel Audran : Au printemps, il sort tout d'abord du circuit pour éviter les contrôles et effectue une cure d'EPO pendant trois à quatre semaines. Il augmente ainsi ses globules rouges pour oxygéner son sang et favoriser ses capacités d'endurance. Il prélève ensuite son propre sang pour retirer ces globules rouges supplémentaires et revenir au taux autorisé. Il garde le sang obtenu pour se le transfuser à nouveau au matin des étapes ciblées. L'opération dure tout au plus trente minutes et il est absolument impossible de détecter cette méthode à l'arrivée même en cas de contrôle sanguin. Le soir, il extrait le sang transfusé le matin pour le réutiliser plus tard. En voyant ses performances en montagne et dans le contre-la-montre, Rasmussen a certainement eu recours à une transfusion sanguine autologue.
 
LCI.fr : Cela nécessite néanmoins une certaine logistique lors de l'épreuve.
M.A. : Pas forcément. Les sportifs sont désormais rodés. Il leur faut simplement veiller à ne pas mélanger les poches de sang avec celles d'autres personnes et les maintenir à une température d'environ 4°. Un tricheur peut très bien demander à un soigneur extérieur à son équipe d'effectuer le transfert de ville en ville, à l'insu du médecin officiel de la formation, voire de son manager si ce dernier n'est pas trop regardant.

 
                                                    Dopage en juin, contrôle négatif en juillet

 
LCI.fr : Dans le cas du Tour de France, il est donc tout à fait possible de se doper en juin, de bénéficier des effets de la triche en juillet et de rester négatif aux contrôles ?
M.A. : Malheureusement, oui.
 
LCI.fr : Comment y remédier ?
M.A. : Les contrôles sanguins effectués les matins pour détecter des taux d'hématocrite et d'hémoglobine trop élevés ont lieu généralement vers 7h. Désormais, les coureurs sont prévenus environ 20 minutes à l'avance, au lieu d'une heure auparavant. Or cela leur laisse encore le temps de s'injecter une solution d'albumine en intraveineuse et de boire les deux litres d'eau nécessaires pour que les deux limites autorisées ne soient pas dépassées. Les chiffres ont beau être suspects et l'anomalie parfois réelle, le test anti-dopage reste négatif.  Ils peuvent également se retirer du sang la veille pour faire baisser les globules rouges, puis se les réinjecter entre le contrôle et le départ de l'étape, qui n'a jamais lieu avant 10h30-11h. La solution radicale consisterait à débarquer à l'improviste dans les chambres à 6h du matin pour effectuer les prélèvements. Mais cela pose évidemment des problèmes déontologiques insurmontables.

 
                                            "L'EPO n'est plus utilisée de la même manière"

 
LCI.fr : Est-ce dire, d'un strict de point de vue des contrôles, que les tricheurs ont toujours un tour d'avance ?
M.A. : Je n'aime pas qu'on dise que les tricheurs ont de l'avance. Mais, au jour d'aujourd'hui, outre la transfusion autologue, il y a en effet plusieurs produits totalement indétectables. Le plus utilisé est l'hormone de croissance qui permet d'accélérer la réparation des fibres musculaires et donc la récupération. Elle a été recherchée lors des JO d'Athènes. Mais, en raison de problèmes techniques, elle ne l'est plus actuellement (ndlr : le nouveau test devrait néanmoins être disponible dans les prochains mois). Ensuite, l'utilisation à faible dose de testostérone, sous forme de patch ou de pommade, permet de passer à travers les contrôles. Enfin, la recherche d'injection d'insuline avec du sérum glucosé, qui facilite le stockage de sucre et accélère la vitesse de la récupération, n'est qu'en cours de validation.
 
LCI.fr : Leur méthode (transfusion avec un donneur, testostérone) étant décelable, pourquoi Vinokourov et Moreni les ont-ils utilisées ?
M.A. : Vinokourov ne devait pas s'attendre à un contrôle sanguin à l'arrivée et misait seulement sur un contrôle urinaire, qui ne détecte pas la transfusion homologue (ndlr : les contrôles sanguins ne sont pas systématiques aux arrivées d'étape). Je ne vois pas d'autre explication. S'il savait qu'il y avait un contrôle sanguin, alors il est très bête car sa transfusion est décelable jusqu'à 10 jours. Pour Moreni, je pense qu'il a fait la même erreur que Landis l'an passé en procédant à un rééquilibrage hormonal entre corticoïdes et testostérone. Il a dû mal calculer sa dose.
 
LCI.fr : A votre avis, d'autres vieux produits, désormais décelables, sont-ils toujours utilisés (stéroïdes, anabolisants....) ?
M.A. : Non, car ils sont justement trop faciles à détecter.
 
LCI.fr : Et l'EPO ?
M.A. : A mon avis, elle n'est plus utilisée de la même manière que dans les années 90. Elle sert désormais surtout à faire des réserves de sang autologue, comme l'a sûrement fait Rasmussen. Quand on se retire du sang, il faut environ 4 semaines pour récupérer physiquement en raison du déficit en globules rouges. Avec une cure d'EPO préalable, qui permet justement d'augmenter ces globules rouges, le coureur est toujours opérationnel. Pour éviter les contrôles, il suffit de tout effectuer en périodes creuses (en hiver par exemple, comme le pratiquait le docteur Fuentes) ou dans un pays où il n'y en aura pas. Bref, les coureurs trouvent toujours un moyen de s'adapter.

 
                                                           "Utiliser les méthodes indirectes"

 
 
LCI.fr : Pour éviter ce genre de contournement, la solution idéale serait donc d'effectuer des contrôles réguliers, inopinés ou non, du 1er janvier au 31 décembre ?
M.A. : Dans l'absolu, oui. Mais c'est évidemment impossible ou presque sur le plan logistique et technique. Et sur le plan de la vie privée, il est illégal de demander constamment à un coureur où il sera et le numéro de téléphone pour le joindre. On ne le fait pas avec les autres salariés, or les cyclistes sont aussi des salariés. Pour l'instant, il faut utiliser les méthodes indirectes de dépistage. Si un test laisse un doute, alors il faut rapidement retourner contrôler le coureur en question, et ainsi de suite. Ce qui ouvre un autre débat : faut-il investir l'argent nécessaire dans la lutte contre le dopage ? Quoi qu'il en soit, il faut aussi reconnaître que l'UCI est la fédération sportive la plus engagée dans le domaine.
 
LCI.fr : La médecine et la science cherchent de nouveaux médicaments. Comment éviter que ceux-ci ne soient utilisés à des fins de dopage ?
M.A. : L'Agence mondiale anti-dopage cherche à obtenir les produits avant leur mise sur le marché. Objectif : mettre au point des techniques de dépistage. Mais les laboratoires pharmaceutiques sont très réticents à collaborer sur le sujet, même si la Dynepo, la "nouvelle EPO", a finalement été obtenue après deux ans. L'autre solution consiste à effectuer des tests sur des volontaires, mais les autorisations sont très difficiles à se procurer.

 

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Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 26 juillet 2007 à 18:09
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19 Commentaires

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  • Jfk, le 27/07/2007 à 11h16

    Voila comment Rassmussen s'est dopé.......Pauvre tour de france

  • Toto, le 27/07/2007 à 10h52

    Pour réagir à l'article, c'est bien que nous soyons tous au courant "officiellement" que tous les coureurs se dopent. Même si nous le savions "officieusement". Les commentateurs nous prennent tous pour des C.. mais bon, ils font leurs job. Ensuite, hors article, ne pourriez vous pas, tous, vous relire, j'ai mal aux yeux en vous lisant tellement il y a de fautes par lignes tapé. Pauvre France, avant de crier sur les coureurs, relisez vous. Pour les "censeurs", vous n'avez pas la possibilité de corriger ces fautes, vu que vous prenez le temps de choisir quel avis vous allez publier sur le site ? Merci de (ne pas) me publier. Toto

  • Ratouin, le 27/07/2007 à 09h55

    A 3 ou 4 mois du tour de france il faut sélectionner les équipes puis les mettre en quarantaine avec un médecin dans chaque équipes et faire un suivi. Après on verra bien ce qui va se passer au niveau du dopage.

  • Denis, le 27/07/2007 à 09h41

    Juste un petit coup d'oeil au classement : 12 espagnols dans les 25 premiers et aucun dans les 25 derniers ... cherchez l'erreur ?

  • Jerome, le 27/07/2007 à 09h39

    On apprend aujourd'hui qu'une grosse affaire couve en athlètisme suite à des révélations. Résultats? A peine 2 lignes dans la presse spécialisée, même pas un mot sur LCI!!! Egalité de traitement médiatique????

  • Guiloud, le 27/07/2007 à 07h50

    Ca fait froid dans le dos d'entendre ce specialiste parler de transfusions autologues.Les dopes savent au moins dans quelle voie se tourner pour leur reconversion...

  • Jean, le 27/07/2007 à 07h16

    Bon ben voila! si quelques sportifs ne savaient pas encore comment faire , ou ne connaissaient pas les nouveaux medicaments pour se doper , il n'y avait qu'a lire l'article . En restant informe , il n'y a pas besoin de chercher voire de payer pour avoir les infos ! Pensons donc a tous ces jeunes qui revent de devenir des champions et qui sont prets a tout pour y arriver ! messieurs les journalistes controlez les articles avant de les faire paraitre !

  • Doume, le 27/07/2007 à 05h34

    Et si les contrôles étaient adaptés contre les tricheurs. Vive un Tour de France propre qui nous fasse vibrer pendant 3 semaines.

  • Chris, le 27/07/2007 à 03h24

    Si ce qui est dit ici est vrai et qu'il sera toujours possible de contourner les controles, pourquoi alors ne pas jouer sur le risque de consequence et faire en sorte que le sportif pris soit tres lourdement sanctionne, bien plus qu'en le laissant rentrer chez lui? Une sorte de tolerance zero en cas de test positif, avec de tres lourdes conequences. Rendre le dopage vraiment illegal, au sens juridique du terme. Il va falloir y arriver. Cela ne peut plus durer ainsi. Le sport perd tout son sens profond.

  • Jean, le 27/07/2007 à 00h36

    à bidou vous savez lz dopage à toujours exister et aussi longtemps que le tour de france est aussi dure physiquement ainsi que l' argent qui est en jeux le dopage continueras celat est un fait et c' est logique de toute façon les vainqueurs du passé sont pas blanc comme neige non plus donc ils faudrait faire une enquête jusque au année 1970 voir avant si tous les vainqueurs non pas utiliser des produit prohibé une enquête impossible et peut réalisable . donc partant de ce principe ou on écourte les prochain tours doc ce ne seront plus des vrai tour de france ou on accepte certain produit supplémentaire ou certain traitement et comme ça tout les coureurs on la mème chance , car les coureurs ce ne sont pas des surhomme ni des superman ce sont des humain et les organisateurs devrait mediter à celat . quand j' avait entre 20 et 25 ans il m' arrivait de faire l' été 120 km dans la journee sur du plat et croyez moi je le sentait donc je n' imagine pas des 200 km et plus défois ainsi que 2 chaine de montagne en espace de 20 jours .j' en conclue qu' il est logique que certain essaye de trouver des épinard magique pour mieux récupérer .

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