La maison à Albertville où ont été retrouvés les corps de trois bébés le 22 août 2007 © TF1/LCI
Selon le procureur, "le stress la faisait maigrir" à chaque grossesse
"Cette affaire, par bien des traits, ressemble à l'affaire Courjault." Le procureur de la République d'Albertville la lui-même reconnu vendredi en annonçant que Virginie, la mère âgée de 36 ans soupçonnée d'avoir dissimulé la mort de trois nourrissons nés en 2001, 2003 et 2006, à Albertville, en Savoie, avait été déférée au parquet pour être mise en examen. Elle devrait l'être pour "homicide sur mineur de 15 ans par ascendant", si la qualification requise par le parquet est retenue.
Selon le magistrat, Virginie est restée "très calme" au cours de son audition. Elle "a expliqué qu'elle ne voulait pas abandonner ses enfants, qu'elle considèrait qu'ils faisaient partie d'elle", a déclaré le magistrat lors d'un point presse. "Elle a gardé ses nouveau-nés à la manière de poupées qui sont des substituts des enfants qu'on ne veut pas avoir", a-t-il ajouté. A l'époque, "elle ne comprend pas tellement sa propre situation. Elle est paniquée à l'idée d'être enceinte. Le stress la fait maigrir. Elle perdait jusqu'à 10 à 15 kilos à chaque grossesse", explique le procureur.
Autopsie et tests de paternité
L'autopsie des petits corps -ceux d'une fille, d'un garçon et d'un bébé de sexe encore indéterminé en raison de son état- doit être pratiquée samedi à Paris. Cet examen devra établir, selon le procureur, si Virginie "a tué les enfants ou si elle les a laissé mourir". "La première naissance s'est passée dans des toilettes et on peut penser que l'enfant est mort noyé." Lors de sa garde à vue, Virginie "a expliqué qu'elle ne voulait pas assumer ses grossesses et comme elle ne prenait pas de poids quand elle était enceinte, ni sa famille ni son compagnon ne se sont aperçus de rien".
Des tests de maternité et de paternité seront effectués en outre afin d'établir clairement la filiation des trois nourrissons. En attendant, l'ex-compagnon de Virginie, Philippe, qui a découvert mercredi les corps, a été relâché, aucune charge n'ayant été retenue contre lui. En garde à vue, Virginie a d'ailleurs assuré aux policiers qu'elle avait "accouché seule et que son compagnon n'était au courant de rien". Quand il a appris la nouvelle, le concubin "est tombé du placard. 'Ce n'est pas possible, ce n'est pas des enfants à nous'", a lancé ce plombier de 40 ans, qui a vécu 16 ans avec Virginie, selon le procureur. "Concernant le concubin, pourrait se poser la question de savoir s'il a participé au déménagement des corps (...), mais pour l'instant il n'y a strictement aucune charge à son encontre." Dans la matinée, on a appris de source judiciaire que Philippe était en prison au moment de la première naissance (lire notre article).
L'amant également relâché
Un jeune homme de 20 ans, ancien voisin de palier du couple, et qui était depuis 2 ans l'amant de Virginie, a également été relâché. Selon une amie du jeune homme, la suspecte avait quitté début août le domicile de son compagnon pour venir vivre avec lui chez cette amie. "J'espère qu'il n'est pas le père du dernier" enfant, a ajouté cette amie. C'est "possible", a jugé le procureur, puisque "la dernière grossesse a eu lieu en 2006".
L'amant comme le concubin "n'avaient strictement rien remarqué", selon le procureur. Pourtant, selon la mère du jeune homme, son fils aurait eu connaissance de la dernière naissance et de la mort d'un nouveau-né, sans toutefois savoir qu'il s'agissait du 3e enfant de Virginie."Avant qu'elle déménage en août 2006, on avait remarqué qu'elle avait pris du poids. Elle se plaignait aussi parfois de maux de ventre mais elle ne voulait pas voir de médecin. Et puis quand on l'a revue, en octobre, on a trouvé qu'elle avait énormément maigri", a-t-elle raconté. Selon elle, la mère des trois nouveau-nés aurait dit à son fils : "j'étais enceinte, mais j'ai perdu le foetus dans les toilettes".
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