L'Ocean Jasper © TF1/LCIPlus de doutes... Samedi, les enquêteurs ont établi la responsabilité du cargo "Ocean Jasper", battant pavillon de l'archipel du Pacifique Kiribati, dans le naufrage mortel du chalutier français Sokalique, survenu au large d'Ouessant (Finistère) dans la nuit de jeudi à vendredi.
Les premières constatations effectuées par les gendarmes sur l'Ocean Jasper, dérouté vers Brest dans la nuit de vendredi à samedi et immobilisé sur une base militaire, ont mis en évidence des traces d'impact sur tout le côté tribord du cargo, a indiqué Laurent Fichot, procureur de Morlaix. L'audition du second du navire, qui se trouvait à la passerelle au moment du naufrage, a montré qu'il avait consigné sur son journal de bord un choc avec un navire, a-t-il ajouté.
"J'ai essayé de l'aider et j'ai continué à nager"
Il n'est toutefois pas certain que l'équipage puisse être poursuivi en France pour homicide, a précisé le magistrat. En effet, la collision s'est déroulée dans les eaux internationales et les règles prévoient que les îles Kiribati peuvent prendre en charge elles-mêmes les poursuites, auquel cas le navire pourrait repartir. "Des contacts ont été engagés avec les autorités des Kiribati pour connaître leur position. Au cas où cet Etat abandonnerait les poursuites à la France, les investigations seraient confiées à un juge d'instruction et une information devrait être ouverte avec d'éventuelles mises en examen", a expliqué Laurent Fichot. Cette information pourrait viser les charges d'homicide involontaire, le délit de fuite et la mise en danger d'autrui, a-t-il ajouté.
Vendredi matin vers 3h, au large d'Ouessant, l'Ocean Jasper a heurté le chalutier basé à Roscoff (Finistère), où les marins dormaient, et l'a envoyé par le fond en quelques minutes. Le commandant du Sokalique, Bernard Jobard, 58 ans, s'est noyé et son corps a ensuite été repêché. Les six membres d'équipage, embarqués à bord d'un radeau de survie, ont été secourus par un autre chalutier appelé sur les lieux. "Quand je me suis retrouvé à l'eau, j'ai vu mon patron juste derrière moi. J'ai essayé de l'aider et j'ai continué à nager. Quand j'ai tourné la tête, il n'y avait plus personne, il s'était noyé", a raconté un des survivants, dans Libération.
Renforcement du plan de sécurité
Il dit avoir lancé trois fusées de détresse, dont deux devant des cargos, qui n'ont selon lui rien fait. "Un cargo a largement les moyens de nous éviter à cette distance, et on avait mis notre gyrophare de route, donc on nous voyait de loin. Ce n'est pas parce que c'est des 'gros cubes' qu'ils doivent nous passer dessus. C'est pas la première fois et ce sera pas la dernière", dit-il.
Identifié dès vendredi grâce à des photos et vidéos de sa coque réalisés par la Marine nationale, l'Ocean Jasper, vraquier de 90 mètres armé par la société turque Onurahan-denzcilik, a accosté à l'île Vierge, près d'Ouessant, puis a repris sa route vers la Turquie. Ce n'est qu'après des discussions entre les autorités françaises et l'armateur qu'il a accepté de se dérouter vers Brest, escorté par deux bâtiments de la Marine nationale.
Les enquêteurs devront encore vérifier lequel des deux navires n'a pas respecté la priorité, leurs positions techniques et d'autres éléments, a-t-il précisé. Dans un communiqué diffusé vendredi, Michel Barnier, ministre de l'Agriculture et de la Pêche, a insisté sur "le nécessaire renforcement du plan de sécurité pour la pêche engagé depuis 2005."
Avec Agence
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