"Un problème de santé publique, pas un fait divers"

Par Propos recueillis par Diane HEURTAUT, le 24 août 2007 à 15h57 , mis à jour le 25 août 2007 à 09h41

Interview - Selon Dr Félix Navarro, sur les 800 à 1600 cas de dénis de grossesses par an en France, seuls une vingtaine finissent en infanticides.

TF1/LCI : Médecin prenant la tension d'un patientMédecin prenant la tension d'un patient © TF1/LCI

LCI.fr : Après l'affaire Courjault, le triple infanticide découvert à Albertville (lire notre article) relance les questions sur le déni de grossesse, même si on ignore encore si Virginie a elle-même dénié ses grossesses. Tout d'abord, le déni de grossesse relève-t-il du psychologique ou du physique ?
Dr Félix Navarro, président de l'association pour la reconnaissance du déni de grossesse : On pense actuellement qu'il est d'origine psychologique. Le déni, c'est l'impossibilité pour quelqu'un d'avoir accès à une part de réalité. La plupart du temps d'ailleurs, les femmes atteintes d'un déni de grossesse pensent vouloir un enfant ou du moins ignorent qu'elles n'en veulent pas : leur déni est totalement inconscient. Cela touche même souvent des femmes qui ont déjà eu des enfants. Le mécanisme de base est donc psychologique puis la femme est renforcée dans sa conviction par des "preuves" organiques : elle a ses règles, ne grossit pas, etc...

LCI.fr : Comment passe-t-on du déni de grossesse à l'infanticide ?
F.N. :
S'il y a déni, l'enfant n'a pas existé dans la tête de la mère, donc pour elle, il n'y a même pas d'infanticide. Parler d'infanticide est d'ailleurs inexact. Le bon terme est néonaticide : la mort survient dans les heures qui suivent la naissance. La mère est encore dans le bouleversement de l'accouchement et de la nouvelle de sa grossesse. Elle n'a alors pas le temps de s'attacher à l'enfant, l'oubli est plus facile. Le plus souvent tout de même, l'histoire se termine bien. Sur plus de 1000 cas (entre 800 et 1600) de dénis de grossesses par an en France, une vingtaine finissent en néonaticide. Dans cette vingtaine de cas, il y a trois hypothèses. Soit la mère tue le nourrisson, soit elle le laisse mourir, soit il meurt de mort naturelle, tout comme il y en a pour des accouchements "classiques", à l'hôpital, avec des médecins. Or, cette dernière cause est rarement prise en compte par la justice et l'opinion publique.

LCI.fr : Mais comment peut-on parler de mort naturelle dans ces cas ?
F.N. :
La frontière entre laisser mourir un nourrisson et une mort naturelle est infime dans les premières heures de la naissance. Et les autopsies ne permettent pas forcément de  déterminer la cause réelle de la mort. Il faut prendre en compte le hasard et les circonstances dans lesquelles se passe l'accouchement : ces femmes sont seules, chez elles, et accouchent dans des conditions dignes du tiers-monde. Rappelez-vous la manière dont on percevait il y a 10 ans la mort subite du nourrisson. A l'époque, on ne concevait pas qu'un bébé meure dans son lit, l'accident n'était pas possible. C'est pareil aujourd'hui, pour la mort après déni de grossesse.

LCI.fr : Alors pourquoi notre société n'en tient-elle pas compte ?
F.N. :
Le déni de grossesse est encore peu connu. Souvent d'ailleurs les mères elles-mêmes ne savent pas qu'elles ont fait un déni de grossesse. C'est un mot qui n'est pas encore passé dans le langage commun, pas plus que dans les dossiers judiciaires. Il y a très peu de documentation dessus. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons créé l'association. Avec plus de 1000 cas par an, le déni de grossesse devrait être reconnu comme un problème de santé publique, et non comme un fait divers. Sauf qu'il n'a pas encore été repéré, comme la mort subite du nourrisson ou l'autisme à l'époque : on laissait ces cas de côté, on les ignorait.

LCI.fr : Pourquoi ces mères conservent-elles les corps ?
F.N. :
C'est la preuve qu'elles ne sont pas dans le rationnel, qui serait : "je me débarrasse proprement du corps". D'autant qu'il est facile de faire disparaître le corps d'un nouveau-né. Dans cette irrationalité, il y a deux types de cas : les cas ordinaires, où les mères mettent le corps absolument n'importe où (dans un tiroir, une boîte à chapeau...). Elles le "rangent", comme quelque chose qu'on n'utilise jamais. D'autres mettent les corps au congélateur. Là, il y a la volonté de conserver. Mais je ne pense pas que ce soit réfléchi non plus. Elles sont encore au stade du constat, du déni et non pas encore dans l'acceptation et l'interprétation. Mais, je le répète, on ne sait pas encore tout sur ces mères : nous n'en sommes qu'aux balbutiements des connaissances.

Par Propos recueillis par Diane HEURTAUT le 24 août 2007 à 15:57
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7 Commentaires

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  • PIVATY, le 24/08/2007 à 19h35

    Etre mère n'est pas facile, être épouse n'est pas facile, être au 21 siècle pour une femme dans sa tête c'est une recherche de liberté, trop de choses lui pèsent sur les épaules, entre son désir profond de liberté et les moyens dont elle ne disposent pas pour y accéder (chômage, situation matérielle qui l'empêche de quitter l'homme qu'elle aime plus) elle rentre dans un cycle qu'elle subit, un cycle dont elle ne peut rien changer, exemple faire l'amour et tomber enceinte, avec peut être des ressentiments pour l'homme qu'elle ne veut plus, mais qu'elle ne peut quitter pour des raisons matérielles, et là cet enfant l'a prive de liberté elle le déni, car psychologiquement elle est profondémment atteinte par son existence. L'économie peut être responsable de ce genre d'actes.

  • Laura, le 24/08/2007 à 19h05

    Il y a de quoi être atterré par l'attrocité d'un infanticide. Je constate que les milliers d'IVG pratiqués légalement ne suscitent pas la même réaction.

  • Domarin, le 24/08/2007 à 18h14

    Ul est difficile de juger dette personne tant que l'on ne sait qui l'a poussée à réagir dad à perdre ces moyens il faut pouvoir l'entendre pour ce faire une opinion

  • Vandaele, le 24/08/2007 à 18h12

    Jai eu la douleur de perdre un enfant de mort subite on ne sen remet jamais cest honteux de faire lamalgame avec ces femmes infanticides car cest le mot ne melanger pas tout et respecter la douleur de parent digne de ce nom

  • Viviane, le 24/08/2007 à 18h01

    Pourquoi ne pas faciliter l'adoption en france. ELEVER un enfant, l'éduquer est la plus grosse responsabilité que l'on puisse avoir sur terre, surtout toute seule, et s'il faut en plus assumer un emploi qui ne vous permette meme pas de payer le mode de garde, puisque les crèches sont inexistantes en ce pays. Tout celà représente une force psychologique et de travail que toutes les femmes seules ne peuvent pas forcément assumer. Aucun homme ne serait capable de faire 10H de travail extérieur plus 10h de travail à la maison sans aide extérieur,c'est le destin des femmes. La société n'a jamais voulu prendre en compte ce problème, d'ou l'absence total de crèche. c'est la raison principale du suicide des jeunes filles en france

  • Poutchs, le 24/08/2007 à 17h41

    Je vais vous parler avec sincérité je suis ecoeurée surprise ignorante et désolée ecoeurée par le geste c est a mes yeux inhumain surprise qu une personne puisse ignorer porter la vie en son sein ignorante sur cet etat de fait je ne peux imaginer ce que peuvent ressentir ces personnes (on ne peut qualifié de mere puiqu elles sont dans le déni,je ne dis pas ca par méchanceté mais par logique, pesonnelle) désolée parce que ce sont de pauvres innocents qui en paiyent le prix bien trop chere de leur vie il y a tant de moyen pour ne pas se retrouver enceinte ou tant d mere stérile la nature est parfois trés cruelle et mal faite que doit on faire pour ces femme que l on decrit presque de manière a les faie passer pour des personnes nnocentes alors qu elle on tuer car meme par omisioon ou deni elles ont tuer leur propre enfants

  • Anonyme, le 24/08/2007 à 17h20

    Je n'ai jamais voulu d'enfant.Nous vivons dans une société ou l'on regarde de travers une femme telle que moi.Alors j'ai toujours répondu aux éventuelles questions ceci:"Je ne peux pas avoir d'enfant".Ainsi,on me laissait tranquille presque en me plaignant.En fait,un enfant n'avait ni sa place dans ma tete ni dans mon ventre.J'ai eu de la chance d'etre"favorisée":Moyens de contraception et ligature des trompes faite par un chirurgien"psychologue".Enceinte,en souffrance,je crois que j'aurais été capable de commettre le pire.A la différence de ces malheureuses mamans,j'étais consciente de mon refus d'enfant.Enfin,je n'ai pas le sentiment d'etre une"mauvaise femme"!

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