"La RATP a une politique accidentogène"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 16 août 2007 à 17h18 , mis à jour le 16 août 2007 à 17h26

Interview - Si rien ne confirme la vitesse excessive dans l'accident de bus mardi à Paris, la CGT dénonce les pressions de la direction sur les temps de parcours. Et de juger incompatibles la vigilance qu'impose la conduite en milieu urbain et une "augmentation de la vitesse commerciale".

TF1 / LCI Une voie de busUne voie de bus © LCI

LCI.fr : Après l'accident de bus mardi à Paris (Lire notre article), le syndicat Sud dénonce la "course à la productivité" comme "facteur accidentogène". C'est aussi votre opinion ?
 
Daniel Gaudot, délégué syndical à la CGT RATP-Bus : Oui, la direction met effectivement la pression sur les machinistes concernant les temps de parcours. On l'a encore récemment dénoncé quand ils ont augmenté la vitesse du tram, c'est une politique accidentogène. Cela permet à l'entreprise de réaliser des gains de productivité et donc de diminuer à terme le personnel, le nombre de bus, etc. Sur cet accident proprement dit, il faut attendre les résultats des différentes enquêtes pour se prononcer. Le bus a effectivement pu rencontrer un problème technique.
 
LCI.fr : Ces pressions sont-elles explicites ?
 
D.G. : Non, il n'y a rien d'écrit, c'est plus pernicieux. On nous dit par exemple "Il faut que tu ailles un peu plus vite" ou encore "on respecte la clientèle donc il faut que tu passes à l'heure..." Ensuite, il y a d'autres éléments de pressions pour le conducteur. Par exemple, la RATP, dans ses temps de parcours pour un circuit donné, ne tient pas compte, des zones limitées à 30 km/h. Dans les centres-villes, elles sont nombreuses. Les prendre en compte revient forcément à augmenter le temps de parcours... Et puis, depuis Vélib, il y a beaucoup plus de vélos en circulation dans les couloirs de bus parisiens. Là non plus, le temps passé à les doubler n'est pas pris en compte au final.
 
Au-delà des pressions exercées par l'encadrement, il y a aussi celles que se mettent les chauffeurs pour qui le temps de battement entre deux services correspond à un temps de pause. Plus on arrive tard au terminus, plus la pause sera courte parce qu'il faudra reprendre la route... Alors ça peut effectivement pousser certains à aller plus vite pour éviter que leur temps de battement, et donc leur pause, ne sautent...
 
LCI.fr : Quelles sont les sanctions pour le conducteur en retard ? Selon Le Parisien, un chauffeur aurait été sanctionné par un jour de mise en disponibilité, "suite à des retards injustifiés à chaque course, malgré des conditions de circulation et d'exploitation favorables".
 
D.G. Je ne suis pas au courant de sanctions de ce type.
 
LCI.fr : Vous remettez en cause également la formation des jeunes machinistes. Le conducteur du bus accidenté avait 12 mois d'ancienneté.
 
D.G. : Effectivement. Avant, les chauffeurs étaient formés dans un centre de formation interne à la RATP. Cet apprentissage durait deux mois, c'était de l'intensif. A trois dans un bus deux mois durant, on apprenait vraiment le métier. Ce n'est plus comme cela aujourd'hui. Depuis environ cinq ans, la RATP sous-traite de plus en plus, ça leur revient moins cher. 90% des entrants sont formés dans des auto-écoles. Ils y passent environ un mois le temps de décrocher leur permis D. Les conditions d'apprentissage n'y sont évidemment pas les mêmes ; ils tournent à 10 ou 15 dans le bus.

La RATP prône la transparence

La RATP refuse toute "polémique" après l'accident d'autobus et affirme qu'elle tirera "toutes les conclusions des enquêtes en cours, dans la transparence" lorsqu'elles seront connues. Au sujet des critiques syndicales, l'entreprise de transports a démenti "toute consigne visant à ce que les conducteurs 'écrasent' l'accélérateur pour gagner du temps". "Il existe bien un temps de parcours à respecter, dans le cadre du respect de la qualité du service dû à la clientèle, mais le machiniste est seul maître à bord de son véhicule et il est tenu comme tout un chacun de respecter le code de la route", observe-t-on. (D'après agence)

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 16 août 2007 à 17:18
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6 Commentaires

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  • Bidou, le 16/08/2007 à 18h43

    Il faut considérer avec beaucoup de recul le discours convenu de la CGT. Ce syndicat fait son métier en prévoyant qu'un jour un avion va s'écraser, un train va dérailler et un bus va rencontrer un micocoulier. C'est assez probable, dans les mois qui viennent. Mais la CGT ne vous dira ni où ni quand celà va se produire. En revanche, je suis bien plus performant que ce syndicat car je peux vous prédire que cette année, Noël sera en décembre, précisément le 25.

  • Berget, le 16/08/2007 à 18h32

    Je vais prendre la défense des conducteurs de BUS, il ne sontpas les seuls à griller les feux rouges, à Paris c'est devenu un sportnational, toutes catégories confondues : voitures, vélos, scooter, motos et parfois même la police. Et les pietons traversent au feu vert. Alors soit tous ensemble on redéfinit des règles que TOUT le monde respecte, ou alors on continue le massacre.

  • Alexandra, le 16/08/2007 à 18h19

    Le chauffeur de bus doit respecter les horaires affichés à chaque arrêt sinon le client ou usager n'est pas content (même pour 2 min de retard)... c'est tellement facil quand on est sagement assis au fond du bus ! A ceux qui grognent : vous respectez toujours la limitation de vitesse ?? les piétons ? les vélos ?? la voiture devant vous ??... Prompt rétablissement aux blessés et bon courage au chauffeur

  • Florent, le 16/08/2007 à 18h02

    Il y a des pays où les trams vont à 50-60 voire 70 km/h. Il n'y a pas pour autant davantage d'accidents qu'à Paris. Chez nous, malgré les couloirs dédiés, les trams se traînent. Tout comme les rames de métro sur la plupart des lignes (la 14 est vraiment à part, et bravo pour elle).

  • Bertrand, le 16/08/2007 à 17h45

    Les chauffeurs de bus consuisent comme des dingues (ils roulent souvent à 60-70km/h), ils n'hésitent pas à couper la route aux voitures sous prétexte qu'ils sont plus gros et surtout beaucoup grillent les feux rouges. Je me fiche de savoir si c'est à cause de pressions de la direction, tout ce que je souhaite c'est qu'ils respectent les usagers... RATP ET chauffeurs doivent être tous 2 sanctionnés quand ils ne respectent pas le code

  • Benjamin, le 16/08/2007 à 17h42

    Ah, la CGT... Ils sont vraiment les seuls a estimer que "productivite" est un gros mot...

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