Vue d'une cage d'ascenseur après un accident (image prétexte)Christelle et Pierre Munera se souviendront longtemps de leur soirée du 27 août dernier. Il est un peu plus de 23 h, au 10 square Michelet, dans le 9e arrondissement de Marseille. Les époux rentrent chez eux après un dîner dans l'immeuble d'à côté. Ils prennent l'ascenseur. C'est le début du cauchemar. "Nous étions au 9e étage, en appuyant sur le bouton RDC, il s'est passé quelque chose, explique Pierre. Ma femme a serré notre enfant de 17 mois dans ses bras. Nous nous sommes sentis chuter d'un seul coup, puis l'ascenseur s'est arrêté brutalement".
De fait, l'ascenseur est coincé entre les 4e et 5e étages. "Nous avons appuyé sur l'alarme, mais personne ne l'a entendue dans l'immeuble car la sonnerie était trop faible. Nous avons activé l'alarme reliée 24h/24 à Koné, mais elle n'était pas branchée". Pierre prend alors son téléphone portable, compose le numéro d'urgence de Koné, mais il tombe sur un répondeur. Il appelle le beau-père de sa femme, avec qui il venait de dîner, cinq étages plus haut. Ce dernier prévient les pompiers.
"Vers 23h45, on était toujours sans nouvelle de Koné, poursuit Pierre. Il faisait très chaud avec les spots dans la cabine. On se sentait mal. Du coup, les pompiers ont décidé de ne plus attendre l'arrivée d'un technicien Koné et de nous sortir par un espace d'une trentaine de centimètres. Ils nous ont glissé une chaise pliante pour que l'on puisse se hisser".
"On nous a dit que ce qui s'était passé n'avait pas pu se passer !"
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| L'intérieur de la cabine - DR |
Le constat est lourd. Pierre a une déchirure de la coque condylienne et une entorse de la patte d'oie au genou gauche, une déchirure musculaire à la cuisse et une contracture au mollet. En arrêt de travail depuis l'accident, il a passé un scanner pour connaître l'origine de ses douleurs au dos. "L'analyse des résultats évoque une fracture partielle du disque L5 de ma colonne vertébrale", affirme Pierre. Christelle, elle, a eu un désaxement du bassin, deux disques écrasés et une compression du fourreau dural (enveloppe de la moelle épinière).
Ils tentent de joindre Koné pour comprendre ce qui s'est passé. "On nous a dit que ce qui s'était passé n'avait pas pu se passer !", s'indigne Pierre. Dans le même temps, un technicien de Koné est venu réparer l'ascenseur. "Le beau-père de ma femme est resté présent pendant toute la durée de l'intervention. Le technicien a passé la meule sur les traînées que les freins ont laissées sur les rails, traînées attestant de la violence du choc d'après ce technicien", poursuit le jeune gardien de la paix.
Pendant ce temps, les ennuis et les factures s'accumulent pour Christelle et Pierre. "Ni ma femme, ni moi, ne pouvons plus conduire. Nous sommes obligés d'avoir recours à une aide ménagère et nous avons du mal à nous occuper de nos trois enfants. Moi-même, je ne pourrai semble-t-il pas me rendre à mes examens pour passer brigadier". Etant à l'arrêt depuis plus de 30 jours, Pierre ne reçoit plus ses primes. Christelle est femme au foyer. Moralement et financièrement, le couple s'enlise.
"Le système de sécurité a fonctionné"
Contacté par LCI.fr, Yves Prin, directeur régional de Koné, parle d'"incident" et non d'"accident". "Nos responsables techniques se sont rendus sur place après l'incident. Il y a eu un arrêt brusque. C'est quelque chose qui arrive parfois. Cela montre d'ailleurs que le système de sécurité a bien fonctionné. En aucun cas ce genre d'arrêt ne provoque de problèmes médicaux. La vitesse ne dépassant pas les 3 km/h, cela fait un peu le même effet que lorsque vous descendez une marche sans la voir. Ça surprend, mais c'est tout. Quant aux traces de freinage, elles sont normales, le système de freinage doit être efficace".
La compagnie chargée de l'entretien de cet ascenseur s'appuie également sur une étude du bureau Veritas, passé quelques jours après l'incident et les réparations à la demande du Syndic de l'immeuble. Cette audit conclut, selon Yves Prin " à un état satisfaisant de l'ascenseur sur le plan du fonctionnement". Et d'ajouter : "Nos assurances sont prévenues pour ce dossier. Si elles sont sollicitées, elle répondront aux assureurs du couple".
"Notre assurance a contacté celle de Koné, qui a refusé un arrangement à l'amiable", rétorque le couple. Christelle et Pierre s'étonnent par ailleurs de la manière dont l'entreprise évoque cet "incident", et sa certitude de l'impossibilité de conséquences médicales : "Le constat médical correspond précisément aux effets d'une chute", assure Pierre. Et Christelle surenchérit : "Est-ce qu'on nous accuserait de nous être blessés après être sortis de l'ascenseur ?" Autre élément qui irrite le couple : la mention de l'étude de Veritas. "Comme l'ascenseur a été en travaux tout l'été, Veritas a été mandaté par notre syndic pour vérifier que ces travaux ont bien été effectués. Et pas du tout pour évaluer les causes de l'accident ! En prime, les experts de Veritas ne sont venus inspecter l'ascenseur que dix jours après l'accident, alors que les techniciens de Koné y travaillaient depuis plusieurs jours déjà. Quelles traces auraient-ils pu encore repérer ?"
Un mail de l'Elysée
Près d'un mois et demi après les faits, n'ayant pas vraiment l'impression de se faire entendre, Christelle et Pierre ont décidé de saisir l'avocat Gilbert Collard. "Il est évident qu'il y a eu une carence grave dans la mise en place de la maintenance de cet ascenseur, explique ce dernier à LCI.fr. Nous sommes en train de parler de personnes qui sont rentrées en pleine forme dans un ascenseur et qui en sont ressorties invalides !" Une plainte au civil se révélant trop onéreuse (10 000 euros) pour le jeune couple, maître Collard déposera "une plainte au pénal" en début de semaine prochaine.
L'ouverture d'une enquête par le procureur de la République devrait notamment permettre d'obtenir le contenu du rapport d'intervention des pompiers ce soir-là. Les époux souhaitent que leur préjudice soit reconnu et que les frais occasionnés par l'accident leurs soient remboursés. "Nous avons également envoyé un mail au président de la République", ajoute Christelle. "Nous avons reçu une réponse de son cabinet, assurant que nos préoccupations ont été prises en compte et que le préfet de région va être contacté".
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