Une chute d'ascenseur qui fait du bruit

Par Alexandra GUILLET avec Franck LEFEBVRE, le 12 octobre 2007 à 06h45 , mis à jour le 12 octobre 2007 à 10h12

Un couple marseillais va porter plainte contre la société Koné après avoir été blessé dans la chute brutale d'un ascenseur. La compagnie d'entretien conteste tout dysfonctionnement.

Vue d'une cage d'ascenseur après un accident (image prétexte)Vue d'une cage d'ascenseur après un accident (image prétexte)

Christelle et Pierre Munera se souviendront longtemps de leur soirée du 27 août dernier. Il est un peu plus de 23 h, au 10 square Michelet, dans le 9e arrondissement de Marseille. Les époux rentrent chez eux après un dîner dans l'immeuble d'à côté. Ils prennent l'ascenseur. C'est le début du cauchemar. "Nous étions au 9e étage, en appuyant sur le bouton RDC, il s'est passé quelque chose, explique Pierre. Ma femme a serré notre enfant de 17 mois dans ses bras. Nous nous sommes sentis chuter d'un seul coup, puis l'ascenseur s'est arrêté brutalement".

De fait, l'ascenseur est coincé entre les 4e et 5e étages. "Nous avons appuyé sur l'alarme, mais personne ne l'a entendue dans l'immeuble car la sonnerie était trop faible. Nous avons activé l'alarme reliée 24h/24 à Koné, mais elle n'était pas branchée". Pierre prend alors son téléphone portable, compose le numéro d'urgence de Koné, mais il tombe sur un répondeur. Il appelle le beau-père de sa femme, avec qui il venait de dîner, cinq étages plus haut. Ce dernier prévient les pompiers.

"Vers 23h45, on était toujours sans nouvelle de Koné,
poursuit Pierre. Il faisait très chaud avec les spots dans la cabine. On se sentait mal. Du coup, les pompiers ont décidé de ne plus attendre l'arrivée d'un technicien Koné et de nous sortir par un espace d'une trentaine de centimètres. Ils nous ont glissé une chaise pliante pour que l'on puisse se hisser".

"On nous a dit que ce qui s'était passé n'avait pas pu se passer !"

L'intérieur de la cabine - DR
Christelle et Pierre ressentent des douleurs à cause de la chute, mais ils refusent d'être transférés à l'hôpital tout de suite : "notre bébé avait été choqué. Vous auriez vu son visage, ses yeux. Ça faisait peur de le voir comme cela. Nous préférions rentrer chez nous, à quelques pas de là, pour le calmer". Ils n'iront consulter le médecin que le lendemain matin.

Le constat est lourd. Pierre a une déchirure de la coque condylienne et une entorse de la patte d'oie au genou gauche, une déchirure musculaire à la cuisse et une contracture au mollet. En arrêt de travail depuis l'accident, il a passé un scanner pour connaître l'origine de ses douleurs au dos. "L'analyse des résultats évoque une fracture partielle du disque L5 de ma colonne vertébrale", affirme Pierre. Christelle, elle, a eu un désaxement du bassin, deux disques écrasés et une compression du fourreau dural (enveloppe de la moelle épinière).

Ils tentent de joindre Koné pour comprendre ce qui s'est passé. "On nous a dit que ce qui s'était passé n'avait pas pu se passer !", s'indigne Pierre. Dans le même temps, un technicien de Koné est venu réparer l'ascenseur. "Le beau-père de ma femme est resté présent pendant toute la durée de l'intervention. Le technicien a passé la meule sur les traînées que les freins ont laissées sur les rails, traînées attestant de la violence du choc d'après ce technicien", poursuit le jeune gardien de la paix.

Pendant ce temps, les ennuis et les factures s'accumulent pour Christelle et Pierre. "Ni ma femme, ni moi, ne pouvons plus conduire. Nous sommes obligés d'avoir recours à une aide ménagère et nous avons du mal à nous occuper de nos trois enfants. Moi-même, je ne pourrai semble-t-il pas me rendre à mes examens pour passer brigadier". Etant à l'arrêt depuis plus de 30 jours, Pierre ne reçoit plus ses primes. Christelle est femme au foyer. Moralement et financièrement, le couple s'enlise.

"Le système de sécurité a fonctionné"

Contacté par LCI.fr, Yves Prin, directeur régional de Koné, parle d'"incident" et non d'"accident". "Nos responsables techniques se sont rendus sur place après l'incident. Il y a eu un arrêt brusque. C'est quelque chose qui arrive parfois. Cela montre d'ailleurs que le système de sécurité a bien fonctionné. En aucun cas ce genre d'arrêt ne provoque de problèmes médicaux. La vitesse ne dépassant pas les 3 km/h, cela fait un peu le même effet que lorsque vous descendez une marche sans la voir. Ça surprend, mais c'est tout. Quant aux traces de freinage, elles sont normales, le système de freinage doit être efficace".

La compagnie chargée de l'entretien de cet ascenseur s'appuie également sur une étude du bureau Veritas, passé quelques jours après l'incident et les réparations à la demande du Syndic de l'immeuble. Cette audit conclut, selon Yves Prin " à un état satisfaisant de l'ascenseur sur le plan du fonctionnement". Et d'ajouter : "Nos assurances sont prévenues pour ce dossier. Si elles sont sollicitées, elle répondront aux assureurs du couple".

"Notre assurance a contacté celle de Koné, qui a refusé un arrangement à l'amiable", rétorque le couple. Christelle et Pierre s'étonnent par ailleurs de la manière dont l'entreprise évoque cet "incident", et sa certitude de l'impossibilité de conséquences médicales : "Le constat médical correspond précisément aux effets d'une chute", assure Pierre. Et Christelle surenchérit : "Est-ce qu'on nous accuserait de nous être blessés après être sortis de l'ascenseur ?" Autre élément qui irrite le couple : la mention de l'étude de Veritas. "Comme l'ascenseur a été en travaux tout l'été, Veritas a été mandaté par notre syndic pour vérifier que ces travaux ont bien été effectués. Et pas du tout pour évaluer les causes de l'accident ! En prime, les experts de Veritas ne sont venus inspecter l'ascenseur que dix jours après l'accident, alors que les techniciens de Koné y travaillaient depuis plusieurs jours déjà. Quelles traces auraient-ils pu encore repérer ?"

Un mail de l'Elysée

Près d'un mois et demi après les faits, n'ayant pas vraiment l'impression de se faire entendre, Christelle et Pierre ont décidé de saisir l'avocat Gilbert Collard. "Il est évident qu'il y a eu une carence grave dans la mise en place de la maintenance de cet ascenseur, explique ce dernier à LCI.fr. Nous sommes en train de parler de personnes qui sont rentrées en pleine forme dans un ascenseur et qui en sont ressorties invalides !" Une plainte au civil se révélant trop onéreuse (10 000 euros) pour le jeune couple, maître Collard déposera "une plainte au pénal" en début de semaine prochaine.

L'ouverture d'une enquête par le procureur de la République devrait notamment permettre d'obtenir le contenu du rapport d'intervention des pompiers ce soir-là. Les époux souhaitent que leur préjudice soit reconnu et que les frais occasionnés par l'accident leurs soient remboursés. "Nous avons également envoyé un mail au président de la République", ajoute Christelle. "Nous avons reçu une réponse de son cabinet, assurant que nos préoccupations ont été prises en compte et que le préfet de région va être contacté".

Cette info a été traitée grâce à l'alerte
d'un internaute sur LCI.fr : cliquez ici pour nous alerter

Par Alexandra GUILLET avec Franck LEFEBVRE le 12 octobre 2007 à 06:45
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9 Commentaires

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  • Marc, le 12/10/2007 à 21h22

    Il y a quelques années, nous étions plusieurs à jouer dans l'ascenseur pendant la descente et il s'est arrêté d'un seul coup car il descendait trop vite (d'après les pompiers ou la charge était trop importante) l'arrêt a été brutal mais sans comparaison avec ce que vous avez connu. Koné vous indique donc le fonctionnement normal des systèmes de sécurité mais tout système peut être défaillant.Si non même problème que vous il a fallu attendre que quelqu'un passe dans les couloirs pour nous entendre et appelle les pompiers. Ne vous laissez pas intimidés. Bon courage.

  • Jean Pardaillan, le 12/10/2007 à 10h36

    Cet incident démontre une fois de plus l'absence de protection des particuliers en France face aux carences des entreprises. Cela justifie l'obligation morale d'introduire des procédures de class action dans le droit français

  • A., le 12/10/2007 à 09h58

    Une famille française toute simple qui se retrouve dans les ennuis. Les petits contre le grand. Souhaitons que pour une fois tout ne soit pas joué d'avance dans l'interet d'un fond de pension ou d'actionnaires !!!! Courage à cette famille, et espérons que notre président et son représentant sauront défendre "les petits" contre les moyens colaussaux "du grand". Que cette affaire devienne un exemple et nous montre que les choses avancent et changent dans notre pays, que "les petits" puissent reprendre espoir.

  • Aude, le 12/10/2007 à 09h35

    Le fait que l'escenseur en chute se soit arrete et ne soit pas tombe montre que la securite est la ... Ca aurait pu etre bien pire ...

  • PATIN Didier, le 12/10/2007 à 09h24

    Ce couple peut porter plainte car faire une chute dans un ascenseur il y a de quoi être terroriser.

  • BONIFAY, le 12/10/2007 à 09h24

    David contre Goliath.... Ca fait froid dans le dos de lire une chose pareille, il parait invraissemblable de penser que Koné refuse de reconnaitre ses responsabilités, il s'agit bien d'une entreprise de service ??? alors, la faute à qui ?? et voilà que cette famille se retrouve brisée, à tous les sens du terme...et bien entendu, Koné se voile la face et prone la politique de l'autruche, c'est tellement plus facile, en attendant, la vie de cette famille semble complètement détruite. Il ne faut pas laisser passer ça et laisser tout le temps gagner les plus forts au détriment des plus faibles.... Courage battez vous.... !!

  • Carole, le 12/10/2007 à 09h12

    Le pot de terre contre le pot de fer... Courage!

  • Danie, le 12/10/2007 à 08h44

    Ce qui est inadmissible c'est la puissance de koné qui veut écraser vulgairement un "moustique" ....Maître Collard leur fera rendre gorge.J'espère qu'ils réclameront un préjudice moral assez important .Les frais qu'ils réclament sont accessoires dans ce dossier .

  • Magniens, le 12/10/2007 à 08h33

    C'est vraiment scandaleux que la société Koné ne veuillent pas reconnaître ses tords!

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