Le bureau du président du Conseil exécutif de Corse, Ange Santini, incendié le 12 janvier 2008, à Ajaccio © TF1-LCILa découverte de nouvelles actions contre des lieux symboliques attise la colère et l'amertume en cette fin de week-end en Corse. De même que le silence des nationalistes. Au lendemain de l'occupation par des manifestants nationalistes du siège de la collectivité territoriale de Corse par de nationalistes et de l'incendie qui s'en est suivi dans les bureaux du président du Conseil, les autorités ont découvert dimanche que le palais de justice d'Ajaccio, actuellement en travaux, avait été mitraillé dans la nuit. Un attentat à l'explosif a également visé samedi en fin de soirée un bâtiment militaire à Bastia (sans faire de victime). Des actions certainement liées, selon les autorités, à la manifestation nationaliste de samedi qui a mal fini.
Le président du Conseil exécutif de Corse, Ange Santini, dont les bureaux ont été incendiés lors de l'occupation de l'Assemblée territoriale (lire notre article), a réuni dimanche matin les membres du conseil. Soulignant que parmi les manifestants, certains "siègent au sein de cette assemblée", Ange Santini a dénoncé "des méthodes de voyous". Le conseil a jugé "inacceptable que de surcroît, cette occupation en nombre se soit produite en présence d'élus territoriaux".
Fillon en Corse lundi
Un avis partagé par la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui a dénoncé "les comportements de ceux qui, alors même qu'ils siègent à l'Assemblée de Corse, ont permis, par leur irresponsabilité, que des actes coupables se commettent contre le lieu où s'expriment l'identité corse et la vitalité de sa démocratie locale". D'autant que "l'origine criminelle de cet incendie ne fait aucun doute", selon le représentant du parquet. Le Premier ministre, François Fillon, se rendra lundi après-midi à Ajaccio. Il a condamné dimanche soir au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro (lire notre article) un "acte insupportable", "anti-démocratique", dont les auteurs devront faire "face à la justice".
Les occupants, protestant contre la politique de "répression" du gouvernement dans l'île, réclamaient lors de leur occupation "une réaction des élus et plus particulièrement du président de l'Assemblée de Corse, Camille de Rocca Serra". Celui-ci, en déplacement à Paris à ce moment-là, devait se rendre sur les lieux dimanche pour y recevoir les élus. Sur LCI, il a dénoncé "un acte criminel" fait au "mépris de nos valeurs, de la démocratie". Sur France Inter, il a affirmé que "le dialogue était possible mais pas sous cette pression, cette menace quotidienne". L'Association des maires de Corse-du-Sud a demandé que les mairies soient fermées lundi en signe de protestation.
Les organisateurs de la manifestation dépassés ?
Réunis à leur tour sous la houlette de leur président UMP Camille de Rocca-Serra, les élus de l'Assemblée ont parlé d'"atteinte grave à la démocratie" dans une déclaration adoptée à l'unanimité à l'exception des nationalistes d'Unione Naziunale coalition entre indépendantistes et autonomistes modérés qui compte 8 élus sur 51. Corsica nazione indipendente (CNI), 3e composante du groupe nationaliste qui compte trois des huit élus, s'est refusée à condamner l'incendie. Dans un communiqué séparé, les autonomistes modérés du Partitu di a nazione corsa (PNC) et de Chjama naziunale, opposés à la violence, ont qualifié l'incendie d'"acte stupide et incompréhensible, en contradiction totale avec l'esprit de la manifestation et les revendications qui l'ont portée".
La discrétion des élus nationalistes dimanche semblait traduire un certain malaise, les consignes de sécurité et les appels au calme lancés par les organisateurs n'ayant apparemment pas été respectés par des participants, au moment où les manifestants ont décidé de changer la destination de leur manifestation (la préfecture) pour investir l'Assemblée territoriale. Là d'où est parti l'incendie après plusieurs heures d'occupation. Quelques minutes avant, le porte-parole des organisateurs du défilé avait encore appelé les manifestants à "ne rien dégrader, ne pas fumer à l'intérieur et ne rien casser dans les locaux".
Dans la nuit, le préfet de Corse, Christian Leyrit, avait reproché aux nationalistes leur refus de le rencontrer avant la manifestation "pour discuter, afin d'éviter les violences". Ange Santini a pour sa part expliqué ne pas avoir fait appel aux forces de l'ordre pour déloger les manifestants "afin d'éviter que la situation dégénère (...) au regard de leur nombre". "Nous ne pouvions pas prévoir cette action à l'Assemblée de Corse et nous n'avions donc pas demandé de dispositif policier particulier."
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