Le commissaire Patrick Moigne, chef de la brigade des fraudes aux moyens de paiement © TF1/LCI| Les explications de Christophe Moulin |
Contre l'avis du parquet, Patrick Moigne, commissaire de la branche financière de la police parisienne soupçonné d'avoir monnayé des informations tirée du fichier national de police a été laissé en liberté vendredi soir. A l'issue d'une journée et demi de garde à vue à l'Inspection générale des services, il a été présenté au juge d'instruction qui lui a notifié des poursuites pour "corruption et violation du secret professionnel". Le suspect a été placé sous contrôle judiciaire et suspendu de ses fonctions par Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur. Le parquet de Paris, qui avait requis son placement en détention provisoire, a annoncé samedi qu'il allait faire appel, arguant notamment des risques de concertation du policier avec des témoins ou des mis en cause.
Deux autres hommes arrêtés jeudi et placés en garde à vue, dont le gérant d'une société d'intelligence économique, donc spécialisée dans le renseignement privé à destination des entreprises, ont aussi été présentés au juge d'instruction pour leur mise en examen dans la nuit. Il s'agit de possibles "acheteurs" des informations, extraites notamment du fichier national de police STIC, qui auraient été vendues par le principal suspect de janvier 2006 à juillet 2007. Deux femmes placées aussi en garde à vue, dont la fille du commissaire, ont été en revanche remises en liberté sans poursuites.
Les bénéficiaires des informations n'ont pas été identifiés
La mise en cause de ce commissaire divisionnaire qui dirige depuis 2003 la Brigade des fraudes aux moyens de paiement, compétente notamment pour les escroqueries à la carte de crédit, a provoqué la stupeur dans les syndicats de police. Ce fonctionnaire bénéficiait d'une bonne réputation et avait jusqu'ici effectué une carrière sans histoire et bien notée aux stupéfiants, à la police des réseaux ferrés, dans la police judiciaire du Val-de-Marne et dans la police financière parisienne depuis 2002. Il était en contact avec toutes les grandes unités de la police parisienne chargées des "affaires" politico-financières, qui enquêtent en particulier sur des allégations de corruption dans les partis politiques ou les grandes sociétés.
Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir vendu des informations à des personnes susceptibles d'être visées par des enquêtes. Les bénéficiaires des informations n'ont pas été identifiés dans l'immédiat. Lors des six derniers mois, le policier aurait aussi consulté plusieurs centaines de fois des fichiers de police donnant accès à des informations personnelles ou fournissant un "profil" judiciaire et policier, notamment le STIC (Service de traitement des infractions constatées), qui répertorie des millions de procédures policières et de données personnelles. Ce fichier est controversé car il comporte un nombre élevé d'erreurs, évalué par la Commission nationale informatiques et libertés à 25%. La relaxe par la justice de personnes inquiétées par la police n'est souvent pas mentionnée.
D'après agence
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