Enquête sur plusieurs meurtres et disparitions d'enfants

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 26 mars 2008 à 11h38 , mis à jour le 26 mars 2008 à 11h51

Interview - A la demande du parquet de Grenoble, les gendarmes vont chercher des points communs entre des affaires criminelles restées inexpliquées, qui ont secoué l'Isère dans les années 80.

disparition IsèreL'une des petites filles disparues en Isère © LCi

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Quelles sont ces disparitions inexpliquées ?
 

Il y a Anissa Ouadi, 5 ans, retrouvée près d'un barrage sur l'Isère peu de temps après sa disparition en 1985, la petite Charazed Bendouiou, 10 ans, disparue en juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu et qui n'a jamais été retrouvée, ou encore de Sarah Siad, 6 ans, retrouvée étranglée le lendemain de sa disparition en 1991... Au total ce sont des dizaines d'affaires de meurtres et disparitions d'enfants, qui se sont passés en Isère ces vingt dernières années, et qui depuis sont toujours inexpliquées...
 
LCI.fr : Le parquet général de la Cour d'appel de Grenoble a demandé à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie national (IRCGN) de chercher des points communs entre plusieurs affaires criminelles touchant des enfants en Isère. C'est votre cabinet, qui représente quatre familles, qui a fait cette demande. Qu'est ce qui justifie cette requête ? 
 
Maître Didier Seban  Maître Didier Seban : La justice et la police sont en échec sur la recherche du coupable ou des coupables de ces affaires terribles qui ont endeuillé le département. Nous pensons qu'il y a échec parce qu'on n'a pas travaillé sur des rapprochements entre ces différents dossiers. Il est temps de mettre en perspective les différentes affaires. Il est temps d'utiliser les techniques de la police scientifique pour essayer de trouver les coupables. Les familles l'attendent, elles désespèrent de voir qu'au fond dans ces dossiers on n'a pas beaucoup avancé...
 
LCI.fr : Quels sont les dossiers concernés ?
 
Me Seban : Ce sont des affaires de meurtres ou de disparition d'enfants ou de jeunes filles, retrouvés en bas de leur domicile ou un peu plus loin. Dans ces dossiers, aucun coupable n'a été trouvé, aucune piste n'a été suivie sérieusement. Nous pensons que certains rapprochements doivent être faits en tout cas entre certains dossiers et qu'on doit reprendre l'enquête avec les moyens d'aujourd'hui, c'est-à-dire ceux de la police scientifique, il doit rester des indices, il faut rechercher de l'ADN, il est encore possible de trouver un coupable.
 
LCI.fr : Vous pointez pas mal de ressemblances entre les différents cas...
 
Me Seban : Oui. Il y a d'une part de similitudes géographiques, nous sommes dans le même département. Il y a d'autre part des ressemblances sur les caractéristiques de certains enfants. Il y a par exemple, quatre jeunes filles dont les parents sont originaires du Maghreb, qui ont été enlevées en bas de leur cité HLM. Ce sont évidemment des cas à rapprocher et qui malheureusement ne l'ont pas été à ce moment là.
 
LCI.fr : L'affaire la plus ancienne remonte à 25 ans. Comment peut travailler l'IRCGN pour retrouver des indices. Est-ce que ce n'est pas un peu trop tard ?
 
Me Seban : Sa tâche est justement de faire un travail d'analyse criminelle, c'est-à-dire de prendre tous ces dossiers, et regarder les points communs, les éventuels témoignages, les témoins qu'on retrouve dans les mêmes affaires, les suspects qu'on pourrait retrouver dans les mêmes affaires... Bref, de mettre en perspective ces dossiers, de regarder avec un œil neuf ces dossiers qui ne l'ont plus été depuis bien longtemps. Le deuxième travail de l'IRCGN est de savoir si, dans ces dossiers, la justice aurait conservé des scellés, des éléments de la scène de crime... Sur ces éléments des recherches ADN peuvent être menées, des éléments de preuve peuvent être recherchées grâce aux outils de la police scientifique.
 
LCI.fr : Est-ce que ces nouveaux éléments pourraient déboucher sur l'ouverture de nouvelles informations judiciaires et n'y a-t-il pas un risque de prescription sachant que l'affaire la plus ancienne remonte à 25 ans ?
 
Me Seban : Nous espérons évidemment que ça aboutisse à l'ouverture d'une information judiciaire. La plupart de ces dossiers sont restés "actifs", c'est-à-dire qu'il y a eu des actes de procédures donc la prescription ne devrait pas être acquise. A ce sujet, la Cour de cassation a indiqué à plusieurs reprises que lorsque plusieurs crimes étaient commis par une ou des personnes, il pouvait s'agir d'une série et que dans ce cadre-là, le dernier fait interrompait la prescription pour le plus ancien. Donc je ne crois pas que la prescription puisse être acquise dans l'ensemble de ces dossiers
 
LCI.fr : Peut-on parler de tueur en série ?
 
Me Seban : Il est trop tôt pour parler de tueur en série. Ce qui est important c'est de se poser la question. Trop souvent un tueur en série est arrêté par hasard, les affaires le montrent. Aujourd'hui, on se pose la question et on reprend les recherches avec cet angle d'attaque qui nous semble la dernière chance, très sincèrement, de retrouver celui ou ceux qui ont commis ces crimes.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 26 mars 2008 à 11:38
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11 Commentaires

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  • Moi, le 26/10/2009 à 21h25

    Le problème c'est qu'en France la Bureaucratie prends une place telement grande que les services concernées par les disparitions sont déjà fatigués avant meme d'avoir commencé!!!!! quelqu'un a parlé de logiciel regroupant toutes les affaires, ca existe déjà pour les meurtres, ( arrivé en France 20ans au moins après les USA) mais le problème c'est que pour grossir cette base de données, les enquéteurs doivent remplir plusieurs pages de renseignements. certains sont près à prendre cette effort mais je pense que d'autres non. le gouvernement devrait se pencher plus sur ses méthodes d'investigation, sur le rapprochement des affaires....au lieu de se préoccuper d'autre choses moins importantes pour la Nation.

  • Kamelya, le 14/06/2009 à 16h13

    C'est injuste!!! tt simplement, fo agir vite

  • RLOS, le 26/05/2009 à 08h06

    - Je viens de lie attentivement ltout ce qui est écrit. Je ne vois pas de solution dans l'ilmmédiat, tant que les services compétents négligeront le contact avec la population. En effet, depuis une diraine d'années voir une douzaine, j'ai l'impression que seuls les procédés informatiques sont capables de résoudre des dispartioon d'enfants ou d'adultes etc... Non non et non..... tant que tout ces services n'entreprendrons pas un travail de fond, les voyous auront encore de beaux jours devant eux. - Ceci est ma ou mes pensées. Personne n'est obligé de penser comme moi. Sauf que l'expérience de 35 années d'enquête me permet d'avoir encore quelques idées.

  • Celia, le 29/04/2009 à 08h34

    Une jeune fille de 15 ans à failli être enlevée par un couple à Valence il y a quelques semaines. !j'ai appris cela hier, je ne sais pas si cela a été signalé en tout cas personne ne parle de ces choses! Pourquoi?

  • Sophie, le 27/03/2008 à 09h08

    Bonjour, Je trouve cela scandaleux qu'on est jamais entendu ces histoires aux infos. Peut etre que c'est a cause de leur origine vu que les 3 petites victimes ont des noms arabes. Pourquoi avoir attendu plus de 25 ans pour parler de ces meurtes et disparition!!!

  • Sabrina, le 27/03/2008 à 08h52

    Innacceptable ! et dire que toutes ses familles ont du endure tristesse et souffrance toutes ses annees y a plus de 4 familles et j en ai jamais entendu parler dans les medias a part aujourd hui!!!! ce ne sont des fillettes originaire du maghreb, ne serait ce pas de la discrimination ?

  • Fondation FREDI, le 27/03/2008 à 02h15

    La non résolution de meurtres et de disparition d'enfants est un phénomène dépassant la France. En Suisse, sur la trentaine de cas, certains datant également de 25 ans, 14 ne sont à ce jour, pas élucidés. On a l'impression qu'un enfant a moins de valeur qu'une voiture volée ou qu'un voleur de tableaux et il faut que cela change. Grenoble veut reprendre les dossiers de l'Isère, elle pourrait englober ceux de la Suisse en demandant une entraide judiciaire. Qui sait: le/s même/s auteur/s a sévi dans les deux pays, peut-être dans davantage. A quand une base de données européenne? A quand un casier judiciaire qui suit la personne d'un pays à l'autre? A quand davantage d'humilité et de transparence des corps de police qui refusent les initiatives privées?! A quand une prise de conscience collective que nos enfants ne sont plus en sécurité dehors, que les temps ont changé, et la morale a disparu. L'enfant n'est plus bon qu'à consommer ou à être consommé. Est-ce cela que l'on veut?

  • Bagheera13, le 26/03/2008 à 20h28

    Incroyable !! A l'heure où les profileurs sont en plein développement, où l'affaire Francis Heaulme a nettement prouvé qu'il fallait systématiquement rechercher les liens entre divers crimes à travers toute la France (et grâce au gendrame Abgrall), ou Fourniret, que personne n'ai songé à faire ce travail avant ! Je suis effarée !! On a des décennies de retard sur les USA, vite un stage à Quantico, messieurs les policiers et gendarmes !

  • Remi, le 26/03/2008 à 14h46

    Trouver "un" coupable ou trouver"le" coupable? attention a ne pas confondre. Mais la presse prefere parler d'un SMS du president a sa femme...

  • Zayed, le 26/03/2008 à 13h24

    Je trouve surtout regrettable que les medias et la police/justice ne se soient pas plus secouees autour des ces crimes atroces. Les victimes sont d'origine maghrebine, ceci explique cela? Les reactions auraient ete bien differentes s'il s'etait agi d'un petit Jeremy ou d'une petite Christine...

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