L'une des petites filles disparues en Isère © LCi| Quelles sont ces disparitions inexpliquées ? |
Il y a Anissa Ouadi, 5 ans, retrouvée près d'un barrage sur l'Isère peu de temps après sa disparition en 1985, la petite Charazed Bendouiou, 10 ans, disparue en juillet 1987 à Bourgoin-Jallieu et qui n'a jamais été retrouvée, ou encore de Sarah Siad, 6 ans, retrouvée étranglée le lendemain de sa disparition en 1991... Au total ce sont des dizaines d'affaires de meurtres et disparitions d'enfants, qui se sont passés en Isère ces vingt dernières années, et qui depuis sont toujours inexpliquées...
LCI.fr : Le parquet général de la Cour d'appel de Grenoble a demandé à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie national (IRCGN) de chercher des points communs entre plusieurs affaires criminelles touchant des enfants en Isère. C'est votre cabinet, qui représente quatre familles, qui a fait cette demande. Qu'est ce qui justifie cette requête ?
Maître Didier Seban : La justice et la police sont en échec sur la recherche du coupable ou des coupables de ces affaires terribles qui ont endeuillé le département. Nous pensons qu'il y a échec parce qu'on n'a pas travaillé sur des rapprochements entre ces différents dossiers. Il est temps de mettre en perspective les différentes affaires. Il est temps d'utiliser les techniques de la police scientifique pour essayer de trouver les coupables. Les familles l'attendent, elles désespèrent de voir qu'au fond dans ces dossiers on n'a pas beaucoup avancé...
LCI.fr : Quels sont les dossiers concernés ?
Me Seban : Ce sont des affaires de meurtres ou de disparition d'enfants ou de jeunes filles, retrouvés en bas de leur domicile ou un peu plus loin. Dans ces dossiers, aucun coupable n'a été trouvé, aucune piste n'a été suivie sérieusement. Nous pensons que certains rapprochements doivent être faits en tout cas entre certains dossiers et qu'on doit reprendre l'enquête avec les moyens d'aujourd'hui, c'est-à-dire ceux de la police scientifique, il doit rester des indices, il faut rechercher de l'ADN, il est encore possible de trouver un coupable.
LCI.fr : Vous pointez pas mal de ressemblances entre les différents cas...
Me Seban : Oui. Il y a d'une part de similitudes géographiques, nous sommes dans le même département. Il y a d'autre part des ressemblances sur les caractéristiques de certains enfants. Il y a par exemple, quatre jeunes filles dont les parents sont originaires du Maghreb, qui ont été enlevées en bas de leur cité HLM. Ce sont évidemment des cas à rapprocher et qui malheureusement ne l'ont pas été à ce moment là.
LCI.fr : L'affaire la plus ancienne remonte à 25 ans. Comment peut travailler l'IRCGN pour retrouver des indices. Est-ce que ce n'est pas un peu trop tard ?
Me Seban : Sa tâche est justement de faire un travail d'analyse criminelle, c'est-à-dire de prendre tous ces dossiers, et regarder les points communs, les éventuels témoignages, les témoins qu'on retrouve dans les mêmes affaires, les suspects qu'on pourrait retrouver dans les mêmes affaires... Bref, de mettre en perspective ces dossiers, de regarder avec un œil neuf ces dossiers qui ne l'ont plus été depuis bien longtemps. Le deuxième travail de l'IRCGN est de savoir si, dans ces dossiers, la justice aurait conservé des scellés, des éléments de la scène de crime... Sur ces éléments des recherches ADN peuvent être menées, des éléments de preuve peuvent être recherchées grâce aux outils de la police scientifique.
LCI.fr : Est-ce que ces nouveaux éléments pourraient déboucher sur l'ouverture de nouvelles informations judiciaires et n'y a-t-il pas un risque de prescription sachant que l'affaire la plus ancienne remonte à 25 ans ?
Me Seban : Nous espérons évidemment que ça aboutisse à l'ouverture d'une information judiciaire. La plupart de ces dossiers sont restés "actifs", c'est-à-dire qu'il y a eu des actes de procédures donc la prescription ne devrait pas être acquise. A ce sujet, la Cour de cassation a indiqué à plusieurs reprises que lorsque plusieurs crimes étaient commis par une ou des personnes, il pouvait s'agir d'une série et que dans ce cadre-là, le dernier fait interrompait la prescription pour le plus ancien. Donc je ne crois pas que la prescription puisse être acquise dans l'ensemble de ces dossiers
LCI.fr : Peut-on parler de tueur en série ?
Me Seban : Il est trop tôt pour parler de tueur en série. Ce qui est important c'est de se poser la question. Trop souvent un tueur en série est arrêté par hasard, les affaires le montrent. Aujourd'hui, on se pose la question et on reprend les recherches avec cet angle d'attaque qui nous semble la dernière chance, très sincèrement, de retrouver celui ou ceux qui ont commis ces crimes.
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