A l'initiative du Conseil régional du culte musulman du Nord-Pas-de-Calais, quelque 150 personnes, en majorité musulmanes, mais aussi des représentants des communautés chrétienne et juive ainsi que des élus locaux, se sont recueillies lundi à la nécropole d'Ablain-Saint-Nazaire pour condamner les profanations du week-end. Après le dépôt d'une gerbe de fleurs devant les sépultures souillées de sigles nazis ou de lettres noires formant des injures contre l'islam et la ministre de la Justice, Rachida Dati, les musulmans ont dit une prière aux morts, les paumes tournées vers le ciel. "Des gens sont là pour nous diviser, des provocateurs, mais nous n'allons pas céder", a déclaré le vice-président du Conseil régional du culte musulman, Abdelkader Aoussedj, soulignant que "toutes les religions appellent à l'amitié, au dialogue, au respect".
Le triste spectacle a été découvert dimanche matin, au cimetière Notre-Dame de Lorette, déjà visé l'an passé par des profanations similaires. Dès ce week-end, les réactions après ces profanations ont été unanimes. Le chef de l'Etat a dénoncé un acte relevant du "racisme le plus inadmissible qui soit", le Premier ministre a fait part de son "indignation" et la ministre de la Justice a déploré cet "profondément inadmissible". Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, a lui estimé que le "seul objectif" de cette profanation était de "souiller la mémoire de nos morts pour entacher la diversité de notre peuple". Pour le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants Jean-Marie Bockel, cette profanation est "une insulte aux anciens combattants et aux musulmans". A gauche, Ségolène Royal a parlé d'un acte "révoltant", tandis que Bertrand Delanoë a estimé qu'il s'agissait d'une "insulte à notre mémoire commune". Le Parti Socialiste a réclamé des sanctions "exemplaires" à l'égard des fautifs.
"Actes inadmissibles d'islamophobie"
Même sentiment dans le monde associatif : Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) estime que cette profanation est "un inquiétant révélateur d'un mal qui s'installe et qui s'enracine dans une certaine impunité: l'islamophobie". Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) s'est dit "indigné par cet acte sordide, cette profanation ignoble et appelle toutes les organisations religieuses à s'unir pour condamner cet acte crapuleux et intolérant qui insulte nos valeurs ainsi que l'ensemble de la nation". La Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) s'est déclarée lundi dans un communiqué "profondément atterrée et indignée". Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a lui aussi exprimé "son indignation".
Les responsables religieux ont également fait part de leur indignation. Le Grand Rabbin de France Joseph Sitruk a réclamé des sanctions exemplaires pour les profanateurs et exprimé Tous ses "sentiments de solidarité et de fraternité à la communauté musulmane éprouvée". L'évêque d'Arras, Mgr Jean-Paul Jaeger, a lui jugé "particulièrement odieuse" la profanation des tombes de ce cimetière militaire, "un lieu qui doit appeler à la dignité et la fraternité". De son côté, le recteur de la Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman Dalil Boubakeur a indiqué attendre des pouvoirs publics "toute la lumière sur des actes inadmissibles d'islamophobie" particulièrement "abject et ignoble". L'émotion a même franchi les frontières françaises puisque le Conseil de l'Europe a évoqué un "acte de racisme ignoble".
D'après agence
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