Le centre de rétention incendié, 50 retenus s'évadent

Par Diane HEURTAUT (avec agences), le 22 juin 2008 à 17h05 , mis à jour le 22 juin 2008 à 22h07

La mort samedi dans le centre d'un Tunisien aurait mis le feu aux poudres. L'incendie "volontaire" a ravagé les deux bâtiments dimanche.

vincennes rétention centreLe centre de rétention de Vincennes, incendié le 22 juin 2008 © TF1-LCI

Tout commence samedi après-midi, après le décès d'un Tunisien sans-papier de 41 ans, mort d'une crise cardiaque, au centre de rétention administrative de Vincennes, dans le Val-de-Marne, le plus grand centre de rétention de France. Sa mort entraîne aussitôt de vives tensions au CRA, puis un rassemblement dimanche après-midi d'un collectif de sans-papiers devant l'établissement. Au même moment, selon une source proche de l'enquête, des retenus mettent le feu à des matelas. La préfecture de police de Paris a d'ailleurs détecté "plusieurs foyers d'incendie volontaire".

Cet incendie a "gravement endommagé", selon les termes de la préfecture de police, les deux bâtiments du centre de Vincennes, le plus grand de France. A ce moment-là, 249 étrangers sans papiers en instance d'expulsion y sont enfermés, sur une capacité totale de 280 personnes. Rapidement, ils sont évacués vers le gymnase de l'école de police situé à proximité, puis transférées dans la cour, en raison d'un problème de fumée. C'est là qu'une cinquantaine de retenus ont dû profiter de l'incendie et de la confusion pour s'enfuir. Un "recensement" était en cours dimanche soir pour évaluer le nombre exacts des manquants.

Une "mutinerie" avant l'incendie ?

Le sénateur de Paris (PS) David Assouline, qui s'est lui aussi rendu au CRA et a eu, avec d'autres élus, une rencontre avec le préfet. Selon ce dernier, "35 (retenus) sont partis avant l'incendie pour des audiences (de tribunal, ndlr), 158 étaient regroupés dimanche en début de soirée dans la cour intérieur du centre, 17 autres sont hospitalisés à l'Hôtel-Dieu et une trentaine ne répondent pas à l'appel". La préfecture a par ailleurs indiqué que le "relogement des personnes retenues" étaient en cours "dans d'autres centres". A 19h30, le feu, parti entre 15h et 16h, était maîtrisé par la cinquantaine d'engins et les 150 pompiers mobilisés.

Par ailleurs, selon la préfecture, il n'y a pas eu de blessé grave, mais 20 personnes "incommodées par les fumées" ont été hospitalisées. Ou plutôt intoxiquées par des gaz lacrymogènes utilisés par des forces de l'ordre pour disperser une manifestationdes retenus du centre dans la cour, selon Jean-Pierre Brard, député (app. PCF), qui a pu entrer dans le CRA dans la soirée. Le député Verts Noël Mamère parle lui d'"une mutinerie" et demande la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire, dénonçant les "conditions inacceptables" du quotidien des personnes retenues.

"Horreurs de la République"

Selon un retenu joint par téléphone, une émeute avait éclaté en milieu d'après-midi, au lendemain donc du décès du Tunisien sans-papier (lire notre article). Ce décès a provoqué selon l'association RESF une vive émotion chez les occupants du centre. La victime tunisienne n'a pas subi de violences, a indiqué une source policière. L'autopsie et les premières constations médicales "écartent la présence de traces anormales", a affirmé dimanche la Préfecture de police de Paris. Une enquête a été ouverte.

Les associations de défense des étrangers estiment, de leur côté, que ce décès est imputable à la politique du gouvernement et aux conditions de séjour dans les centres de rétention. "Cette mort de trop est à mettre au funeste crédit de cette obsessionnelle politique cruelle, brutale et inhumaine qui criminalise l'immigration", dit le Mrap (Mouvement contre la racisme et pour l'amitié entre les peuples) dans un communiqué. Il estime que le décès doit constituer une alerte sur les conditions de séjours dans les centres de rétention - où sont enfermés les étrangers sans papiers en instance d'expulsion - qualifiés "d'horreurs de la République".

Centres surpeuplés

Les centres de rétention seraient actuellement surpeuplés et la tension y serait de plus en plus vive, selon les organisations de défense des étrangers. Le centre de rétention de Vincennes est composé de deux bâtiments de 140 places chacun, ce qui en fait le plus grand CRA de France.

Des objectifs chiffrés annuels d'expulsions ont été fixés à l'initiative du président Nicolas Sarkozy. Le gouvernement n'a pas atteint en 2007 l'objectif de 25.000 expulsions d'étrangers sans-papiers qu'il s'était fixé. Le Premier ministre François Fillon a déjà indiqué à la presse que l'objectif pour 2008 était de 26.000 expulsions. Un projet de directive européenne adopté le 18 juin par le Parlement européen fixe à 18 mois la durée maximale de la rétention, très au-dessus du maximum légal français actuel, qui est de 32 jours. Le ministre de l'Immigration français Brice Hortefeux a toutefois annoncé qu'il n'entendait pas changer ce chiffre légal français.

Par Diane HEURTAUT (avec agences) le 22 juin 2008 à 17:05
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12 Commentaires

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  • Françoise, le 22/06/2008 à 22h25

    Au moyen-age on brulait au bucher ceux qui sortaient des "normes";et la torture et l'écartèlement pour les criminels.alors il faut mieux éviter de comparer.

  • Gérard, le 22/06/2008 à 22h22

    Quand est-ce que les immigrants cmprendront que la France n'est pas du tout l'eldorado décrit par les passeurs qui n'en veulent qu'à l'argent de ces malheureux. Il n'y a déjà pas de travail pour les gens en France, les caisses sont vides, et on les parquent dans des centres, résultat ils sont expulsés vers leur pays d'origine et quelques fois ont tout perdu. Plutôt que de grands discours, notre brave président devrait profiter de ses incessants voyages à l'étranger pour décrire la situation française, et expliquer aux immigrants que le France ne pourra guère leur apporter plus qi'ils ont dans leur pays, mais qu'en plus, on les chassera. Quant aux associations soi-disantes humaines, elles feraient mieux de voir plus loin que leur ventre, car que peuvent-elles vraiment amener à ces pauvres gens, une soi disante aide pour les maintenir en France, mais qui va les nourrir, les loger, elles par exemple, alors chaque soi disant humanitaire devrait donc accueuillir un immigré, le faire vivre chez eux jusqu'à que sa situation se régularise.

  • Valabdime, le 22/06/2008 à 22h05

    Dire que les étrangers sans-papiers prennent le travail des Français est un peu facile et surtout réac. Qui tient le marteau-piqueur sous le soleil ou la pluie ? Qui se lève à 3 ou 4 heures du matin pour aller faire 2 heures de ménage dans les bureaux ? Qui construit ? Qui goudronne ?

  • Yann, le 22/06/2008 à 21h34

    Hortefeux est en week-end ? Il attend quoi pour se bouger ? Ces centres sont une honte pour notre pays !

  • Jules, le 22/06/2008 à 21h18

    Mince, cela va faire baisser les chiffres de reconduite, pauvre Brice, pas de prime de rendement.

  • Sostenida, le 22/06/2008 à 20h41

    C'est pire qu'au Moyen Age ! Les étrangers avaient le droit de circuler et de s'installer où bon lors semblait ! De nos jours il n'y a que les riches qui ont tous les droits, il faut abolir cette frontière absurde qui se situe en Méditerranée entre le Maghreb et l'Europe. Ce Tunisien parlait sans doute français, pourquoi aurait-il eu moins le droit de travailler en France qu'un Polonais ? Les sans-papiers ne sont pas des délinquants rappelons-le !

  • MARIE, le 22/06/2008 à 20h02

    Il n'y a qu'en France qu'on a le droit de détruire volontairement le bien public. Les contribuables et leur pouvoir d'achat n'ont pas encore compris?

  • Debain, le 22/06/2008 à 20h01

    Honte a la REPUBLIQUE que certains se croient permis de mettre le feu a ce centre ...ou tirent sur la police ce sont les memes -

  • Nicole, le 22/06/2008 à 19h27

    Au cours d'un voyage l'an dernier sur la côte Ouest des Etats Unis, notre guide nous a dit que 12 millions de personnes n'avaient pas de papier, mais que ce serait catastrophique de se priver d'une telle main d'oeuvre, donc tout le monde y trouve son compte. En France les politiques gèrent la situation à coups de statistiques, avec une certaine satisfaction démagogique, tout cela se retournera un jour contre le pays.

  • Raymond, le 22/06/2008 à 19h21

    Merci la cimade, cette association de gauche qui confond politique du gouvernement est problemes immigration, dans toutes l'europe,, si on doit acceullir tout les etrangers ils n'ont cas payé avec leurs argents, les francais en votant sarko on choisis.

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