
Une enquête préliminaire de police devrait être ouverte jeudi par le parquet de Paris sur les conditions dans lesquelles une quinzaine de cadres de la société financière d'investissement Wendel, dont l'ex-"patron des patrons" Ernest-Antoine Seillière, ont reçu une partie de son capital. Cette procédure n'a pas encore été officialisée par le parquet mais, affirmait mercredi une source judiciaire, elle est acquise. L'enquête préliminaire, procédure habituelle en tel cas et qui s'effectue sous la direction du procureur, vise à déterminer si les faits peuvent recevoir une qualification pénale et donc donner lieu à des poursuites. "Il est dans notre intérêt que la justice enquête et nous sommes dans une tradition de grande transparence", a commenté une porte-parole de Wendel.
A l'issue des investigations de la police financière, le procureur pourra soit classer sans suite, soit ouvrir une information judiciaire confiée à un juge d'instruction indépendant. Il peut aussi par hypothèse saisir directement un tribunal, option cependant peu probable en l'espèce en raison de la complexité des faits. L'enquête fera suite à la plainte déposée le 3 juin par Sophie Boegner, administratrice de la holding familiale SLPS contrôlant la société Wendel Investissement.
Un montage complexe
Une quinzaine de cadres de Wendel, à l'issue d'un montage complexe, ont obtenu en mai 2007 4,7% de son capital pour un total à l'époque de plus de 320 millions d'euros. Le président du comité d'audit du groupe a expliqué lundi que 38% des titres étaient revenus à Jean-Bernard Lafonta, président du directoire de Wendel, 21% à Ernest-Antoine Seillière, ancien président du Medef, actuellement président du conseil de surveillance de Wendel et du conseil d'administration de la SLPS, et 13% à Bernard Gauthier, membre du directoire. La plus-value potentielle pour les bénéficiaires de l'opération est actuellement de 142 millions d'euros au total avant impôts, a-t-il ajouté.
Ce montage, destiné à associer les dirigeants de Wendel au capital du groupe, a notamment bénéficié à Ernest-Antoine Seillière, président du conseil de surveillance de Wendel et également président du conseil d'administration de la SLPS, et Jean-Bernard Lafonta, président du directoire de Wendel. Sophie Boegner juge la procédure frauduleuse, ce que nient les intéressés. Ernest-Antoine Sellière a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse. Le Monde, qui a le premier évoqué la plainte, annonce par ailleurs dans son édition de jeudi que Jean-Bernard Lafonta et Bernard Gauthier le poursuivent en diffamation en réclamant chacun un million d'euros de réparation et 40.000 euros au titre des frais de justice.
La fronde menée par Sophie Boegner a poussé le président de la SLPS, Ernest-Antoine Seillière, à réunir à deux reprises les actionnaires familiaux de la holding pour répondre à leurs interrogations et leur donner les détails des différentes opérations intervenues entre 2004 et 2007. La SLPS a assuré que son conseil avait été régulièrement informé des modalités de la restructuration et qu'il avait approuvé à l'unanimité - y compris avec la voix de Sophie Lévine-Boegner - l'opération de simplification des structures familiales. La plaignante juge de son côté que l'opération a lésé tant les actionnaires que les intérêts financiers du groupe et estime que les opérations se sont déroulées dans une opacité organisée avec une sous-évaluation des titres.
D'après agence
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