Image d'archive. © TF1/LCILundi, 17h45. Une alerte d'internaute parvient à la rédaction. Un dégagement de fumée bloque la circulation du RER A à La Défense. L'équipe de LCI.fr se mobilise pour vérifier et creuser l'info... et le journaliste banlieusard que je suis soupire à l'idée d'un retour compliqué à la maison. Je ne serai pas déçu.
Par sécurité, je quitte le bureau à 19h. Un dernier coup d'œil sur les infos de la RATP et de la SNCF : pour Poissy et Cergy, il faut se rendre à la gare St-Lazare ; pour St-Germain-en-Laye, le trafic reprend progressivement. J'ai un mauvais pressentiment pour St-Lazare : j'imagine l'attente dans le froid, les yeux vissés sur les panneaux d'horaires avec des indications contradictoires. Question d'expérience.
Je décide donc de me rendre à La Défense puis de prendre un train vers St-Germain où une bonne âme viendra me chercher en voiture. Arrivée à La Défense via le tram. J'ai l'impression d'être plongé dans une scène d'évacuation d'un film catastrophe hollywoodien. Genre La Guerre des Mondes ou Cloverfield. La gare grouille de monde. Des CRS et des policiers canalisent les flux et reflux de voyageurs, désemparés, énervés.
"Ne tenez pas compte du message"
Sur les écrans, un message invite les passagers à destination de Cergy et Poissy à se rendre à St-Lazare. Et pour St-Germain ? Rien n'est indiqué. Seules les mentions "dépôt" et "train sans voyageurs" clignotent inlassablement. Je remonte l'escalator. Trois agents répondent aux questions du public. "Un train va arriver pour St-Germain, ne tenez pas compte du message", (r)assure l'un d'entre eux. Je redescends sur le quai. Bondé. J'attends. Aucune rame en perspective. Je longe le quai pour revérifier les écrans. Des secouristes fendent la foule en courant. Une femme a fait un malaise. Elle est allongée par terre et tremble, entourée par quelques personnes bienveillantes.
J'attends encore un peu. Pour la forme. Coup de fil au foyer pour avertir qu'il ne faudra pas m'attendre pour dîner. Et coup de fil à la rédaction pour tempérer les messages officiels et rassurants de la SNCF. La plupart des gens ont le portable vissé à l'oreille. Je le sens mal. Je remonte l'escalator. Hors de question de prendre la ligne 1. Il y en a pour au moins une heure d'attente avant de pouvoir accéder au quai. Direction : la gare routière. Re-escalator. "Evidemment, aucun escalator ne marche", peste une dame. "C'est pour éviter les accidents, avec ce monde", rétorque son amie. Je décrypte une carte des lignes de bus. Le 262 m'amènera à Maisons-Laffitte. Je préviens mon "chauffeur" de St-Germain et je file à l'arrêt de bus.
"Pfff, il fait chaud sa mère !"
Un premier bus plein à craquer file sous mon nez. Attente. Une jeune femme tire nerveusement sur sa cigarette dont la fumée semble irrésistiblement attirée par mon nez. Nous sommes à l'air libre mais techniquement, dans l'enceinte d'une gare, me dis-je mesquinement. Garder son calme. La moindre étincelle peut embraser les esprits. La Miss va finalement recracher la fumée aux visages d'autres passagers. Les bus passent. Des agents sécurité RATP gèrent les montées et descentes. Fermement mais poliment. Pour éviter les bousculades. Le 262 arrive finalement. Mouvement de foule vers les portes. Je parviens à entrer dans le véhicule sans avoir trop reçu ni donné de coups. On s'y entasse comme on peut. Les agents de la RATP aident à refermer les portes.
Enfin, on part... "Pfff, il fait chaud sa mère !", lâche un ado. Je confirme. Une dame enlève péniblement son manteau. Je la regarde, inquiet. "Pas de malaise, hein ?", pensé-je, égoïstement. Une femme, assise, raconte ses histoires de boulot à voix un peu trop haute. J'ai envie de lui faire avaler son portable. Rester zen. Embouteillages. Klaxons. Maudit, je suis maudit. Puis passé le pont de Bezons, la circulation redevient fluide. Le bus se vide. Je suis en nage mais on respire. Arrivée enfin à Maisons-Laffitte. Encore 10 minutes d'attente et mon "chauffeur" est là. Il me dépose à la maison à 21h40. Fourbu. Je me dis que le réveil sera dur. Je confirme.
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