"C'était moi qui faisais les réanimations cardiaques"

le 26 décembre 2008 à 06h44 , mis à jour le 27 décembre 2008 à 11h03

Le père d'Ilyès critique l'hôpital parisien où son fils est mort mercredi soir après une erreur de médication. Des syndicats hospitaliers dénoncent la garde à vue de l'infirmière qu'ils jugent responsable mais pas coupable.

père ilyès hôpital saint-vincent-de-paulIhmad, père du petit Ilyès, 3 ans, mort mercredi soir dans un hôpital parisien après une erreur de médication © TF1-LCI

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S'ajoutent à la douleur, les accusations et le débat. Alors que la garde à vue de l'infirmière fait l'objet de copieuses critiques dans le milieu médical (lire ci-dessous), elle a été prolongée de 24h jeudi soir. L'infirmière qui serait à l'origine du décès d'Ilyès, un enfant de 3 ans, mercredi soir à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, dans le XIVe, après une erreur de médication qu'elle a reconnue (lire plus bas) se trouve dans les locaux de la brigade de répression de la délinquance à la personne (BRDP), où elle a été envoyée dès le drame mercredi soir.

Cette garde à vue est "la procédure normale dans ce cas", avait précisé dans la matinée la ministre Roselyne Bachelot, répondant à plusieurs syndicats hospitaliers qui commençaient à la contester, la jugeant "disproportionnée" et demandant de distinguer "responsabilité" et "culpabilité". Ils ont souligné les conditions de travail difficiles des salariés des hôpitaux et leurs moyens insuffisants. Sud, 2e syndicat de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris affirmait ainsi que l'"erreur" d'une infirmière ayant débouché sur une "catastrophe" (...) n'est pas un crime" justifiant une garde à vue. Le président de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Jean-Marie Le Guen, a, lui, parlé d'une mise en garde à vue "inhabituelle" de l'infirmière. "Je serai très attentif à ce qu'elle se passe avec le plus grand respect des personnes", a précisé le député PS. 

"Bachelot doit démissionner", dit Pelloux

Le PCF a aussi jugé la garde à vue "démesurée" et le premier syndicat des hôpitaux, la CGT-santé "disproportionnée", "à partir du moment où l'erreur n'est pas intentionnelle". "Quand il y a une erreur, il faut la reconnaître, même si elle est dramatique", a déclaré le médecin urgentiste Christophe Prudhomme (CGT). Cependant, "du fait de la tension qui existe dans les hôpitaux, liée notamment au manque d'effectifs et à la dégradation des conditions de travail, on peut prévoir que ce type d'accident, qui devrait rester exceptionnel, risque de se multiplier", a-t-il regretté. La question des moyens est également évoquée par Sud, deuxième syndicat de l'AP-HP : "Accepter de travailler en sous effectif, en cumulant ses repos expose les soignants à être mis en garde à vue", ce qui risque "d'aboutir au quotidien à faire taire les erreurs, de peur d'être mis en cause". "S'il doit y avoir des mises en examen, ce serait plutôt du côté de ceux qui nous demandent de toujours faire plus avec moins", ajoute Sud dans un communiqué diffusé jeudi soir.

Le président du syndicat de médecins urgentistes Amuf, Patrick Pelloux, a même demandé jeudi soir la démission de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, après trois "affaires", dont cette dernière, s'étant soldées par des sanctions à des "lampistes". "On veut bien travailler dans la difficulté, mais lorsque la ministre (...) nous accuse et ne prend pas, je dirais, les nuances sur la présomption d'innocence, ça commence à bien faire. Je crois que Roselyne Bachelot doit démissionner", a-t-il estimé. Ce à quoi la ministre a répondu vendredi sur Europe 1 en regrettant "la récupération d'un drame aussi épouvantable" que la mort d'un enfant.

Les reproches d'un père

Le père de l'enfant décédé a reproché jeudi soir à l'hôpital de ne pas avoir réagi assez vite. "Il y avait personne, je suis sorti dans le couloir et j'ai dit aidez-moi. Il y avait des témoins. Ils disaient 'appelez les pompiers !'. J'ai fait le tour, il y avait pas un seul infirmier. Et, quand les infirmiers sont venus, il m'ont dit 'arrêtez de vous affoler Monsieur, votre fils n'a rien. pourquoi vous nous criez dessus'. Je leur ai dit 'mon fils est en train de mourir'", raconte-t-il au Parisien, en expliquant que les infirmiers lui ont alors expliqué que l'enfant avait des somnolences.

"Après, quand ils ont vu la gravité de l'affaire, ils sont partis dans tous les sens appeler les médecins  et c'était moi qui faisait des réanimations cardiaques à mon fils. Il était déjà mort", poursuit le père dans cette interview au Parisien. "Une erreur..! C'est mon fils qui est mort. Moi j'ai perdu mon bébé. Il est venu pour des amygdales et on me dit qu'il a eu une crise cardiaque. Il est mort dans mes bras", dénonce-t-il, tandis que pour l'oncle de l'enfant, l'infirmière n'est pas la seule responsable : "On peut pas mettre tout sur le dos de cette pauvre dame. Je veux pas de bouc-émissaire, je veux que tous les responsable soient punis et je pense pas que ce soit la seule responsable dans cette histoire et j'espère que la justice fera son travail", dit-il.

Produit habituellement bénin

L'enfant avait été admis en pédiatrie générale pour une angine quelques heures plus tôt. L'infirmière en garde à vue lui a administré par erreur le mauvais médicament, en l'occurrence du chlorure de magnésium. "Il est venu aux urgences pour un truc bénin, ça s'est détérioré et il a été emmené en réa", a expliqué un médecin de garde de l'hôpital. Si l'infirmière a bien reconnu avoir administré dans une perfusion du chlorure de magnésium au lieu d'un sérum glucosé destiné à le réhydrater, "aucune conclusion médicale ne peut être établie" pour le moment, a expliqué une source proche du dossier, car le chlorure de magnésium est un produit habituellement bénin.
 
Selon un médecin, un décès provoqué par chlorure de magnésium est surprenant étant donné la bénignité habituelle de ce produit. "S'il est trop dosé ou donné en quantité importante, cela peut entraîner une hypermagnésémie qui peut entraîner la mort, mais de manière rarissime", a expliqué ce médecin. Parallèlement à cette enquête, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a indiqué avoir demandé une enquête à la DDASS de Paris et la direction de l'AP-HP a, elle, demandé une audit interne pour comprendre les circonstances de ce drame. "Dès les premiers moments, l'infirmière est venue dire à son chef de service qu'il s'agissait d'une erreur", a déclaré la ministre de la Santé.
 
L'hôpital Saint-Vincent de Paul, situé 82, avenue Denfert-Rochereau, dans le XIVe arrondissement, compte 1.152 lits pour 700 personnels médicaux (équivalents temps plein) et 4.484 personnels non-médical. Il dispense des soins aux malades enfants, adolescents et adultes, outre ses missions d'enseignement et de recherche. Il appartient au groupement hospitalier universitaire ouest, avec l'hôpital Cochin. L'AP-HP, qui a la tutelle sur cet établissement, regroupe aujourd'hui 39 hôpitaux ou groupe hospitaliers essentiellement à Paris et dans la région parisienne.

le 26 décembre 2008 à 06:44
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