© DRProblèmes d'étiquetage liés à des questions de budget, stress dû au rythme de travail, manque de moyens : depuis la mort du petit Ilyès, victime d'une perfusion faite avec un produit inapproprié (les premiers résultats d'une expertise sur son sang ont confirmé qu'il contenait une concentration de chlorure de magnésium anormale, et supérieure à des taux s'étant révélés mortels dans d'autres cas), les syndicats de professionnels de l'hôpital dénoncent des conditions de travail pouvant conduire au pire. "Polémique politicienne", rétorque-t-on du côté du gouvernement, en pointant une erreur isolée d'une infirmière. Mais pourquoi une controverse aussi virulente autour de la mort d'un enfant ? Elle vient de ce que la crise de l'hôpital est profonde, depuis longtemps déjà, comme en témoigne la grève symbolique lancée depuis début décembre par des syndicats d'urgentistes (Amuf) et d'anesthésistes (SNPhar, Smarnu) contre "l'insuffisance de moyens" pour assurer la "sécurité" des patients.
Insuffisants, les moyens accordés à l'hôpital ? Roselyne Bachelot le nie, les présentant au contraire comme "très importants". Mais outre les syndicats, des dirigeants hospitaliers ayant soutenu la politique gouvernementale commencent aussi à dénoncer la pénurie. Ainsi, la Fédération hospitalière souligne la disparition de milliers d'emplois et une tarification favorable aux cliniques privées, tandis que les présidents de comités consultatifs médicaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris parlent "d'étranglement" financier.
Le risque de privilégier les interventions "rentables"
La controverse survient par ailleurs à quelques semaines de l'examen au Parlement du projet de loi "hôpital, patients, santé, territoires". Il favorise notamment des rapprochements entre hôpitaux et cliniques privées et des regroupements d'établissements, à l'origine parfois de fermetures de maternités ou de blocs chirurgicaux, et fait du directeur le "patron" de l'établissement. Selon FO, dont les positions sur le sujet convergent avec celles de la CGT, premier syndicat hospitalier, ou de Sud, ce projet pourrait "mettre l'hôpital en faillite pour mieux le revendre" ensuite. Cette accusation de privatisation, y compris partielle, est jugée infondée par Roselyne Bachelot, qui se dit "fière de l'hôpital public", mais souligne ses "problèmes d'organisation".
Les syndicats dénoncent aussi une introduction dans le secteur public lui-même de "mécanismes privés", comme le financement à l'activité (T2A), dont Nicolas Sarkozy a accéléré la mise en place. Ce mode de financement vise à "mieux allouer les moyens" entre établissements au profit des plus dynamiques et "mieux gérés". Il classe à l'avance les maladies en des centaines de "groupes homogènes" auxquels correspondent des tarifs. Après un codage du cas de chaque patient, ces tarifs servent de base au remboursement des soins.
Des experts ont noté que cette tarification peut accroître le nombre d'actes techniques rapides au détriment d'interventions cliniques demandant plus de temps auprès du patient. Des syndicats de médecins hospitaliers, comme la CPH de Pierre Faraggi, mais aussi la CMH de François Aubart, jugée plus proche du gouvernement, pointent le risque de privilégier les interventions "rentables", mais pas toujours nécessaires, au détriment de soins à des malades plus "lourds" ou socialement défavorisés. En outre, alors que le gouvernement veut rendre plus "efficace" ce "système lourd" qu'est, selon Roselyne Bachelot, l'hôpital public, les syndicats dénoncent la "paperasse croissante" liée au codage des actes. Ils récusent toute transformation de l'hôpital en "usine à yaourts" ou autre produit "industriel".
D'après agence
Retour MYTF1
Chargement en cours...





