Pourquoi le torchon brûle entre gouvernement et soignants

le 28 décembre 2008 à 15h11 , mis à jour le 28 décembre 2008 à 22h15

La controverse autour de la mort du petit Ilyès survient en pleine crise de l'hôpital, et à quelques semaines de l'examen d'un projet de loi controversé.

Hopital médecin chirurgien © DR

Problèmes d'étiquetage liés à des questions de budget, stress dû au rythme de travail, manque de moyens : depuis la mort du petit Ilyès, victime d'une perfusion faite avec un produit inapproprié (les premiers résultats d'une expertise sur son sang ont confirmé qu'il contenait une concentration de chlorure de magnésium anormale, et supérieure à des taux s'étant révélés mortels dans d'autres cas), les syndicats de professionnels de l'hôpital dénoncent des conditions de travail pouvant conduire au pire. "Polémique politicienne", rétorque-t-on du côté du gouvernement, en pointant une erreur isolée d'une infirmière. Mais pourquoi une controverse aussi virulente autour de la mort d'un enfant ? Elle vient de ce que la crise de l'hôpital est profonde, depuis longtemps déjà, comme en témoigne la grève symbolique lancée depuis début décembre par des syndicats d'urgentistes (Amuf) et d'anesthésistes (SNPhar, Smarnu) contre "l'insuffisance de moyens" pour assurer la "sécurité" des patients.

Insuffisants, les moyens accordés à l'hôpital ? Roselyne Bachelot le nie, les présentant au contraire comme "très importants". Mais outre les syndicats, des dirigeants hospitaliers ayant soutenu la politique gouvernementale commencent aussi à dénoncer la pénurie. Ainsi, la Fédération hospitalière souligne la disparition de milliers d'emplois et une tarification favorable aux cliniques privées, tandis que les présidents de comités consultatifs médicaux de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris parlent "d'étranglement" financier.

Le risque de privilégier les interventions "rentables"

La controverse survient par ailleurs à quelques semaines de l'examen au Parlement du projet de loi "hôpital, patients, santé, territoires". Il favorise notamment des rapprochements entre hôpitaux et cliniques privées et des regroupements d'établissements, à l'origine parfois de fermetures de maternités ou de blocs chirurgicaux, et fait du directeur le "patron" de l'établissement. Selon FO, dont les positions sur le sujet convergent avec celles de la CGT, premier syndicat hospitalier, ou de Sud, ce projet pourrait "mettre l'hôpital en faillite pour mieux le revendre" ensuite. Cette accusation de privatisation, y compris partielle, est jugée infondée par Roselyne Bachelot, qui se dit "fière de l'hôpital public", mais souligne ses "problèmes d'organisation".

Les syndicats dénoncent aussi une introduction dans le secteur public lui-même de "mécanismes privés", comme le financement à l'activité (T2A), dont Nicolas Sarkozy a accéléré la mise en place. Ce mode de financement vise à "mieux allouer les moyens" entre établissements au profit des plus dynamiques et "mieux gérés". Il classe à l'avance les maladies en des centaines de "groupes homogènes" auxquels correspondent des tarifs. Après un codage du cas de chaque patient, ces tarifs servent de base au remboursement des soins.

Des experts ont noté que cette tarification peut accroître le nombre d'actes techniques rapides au détriment d'interventions cliniques demandant plus de temps auprès du patient. Des syndicats de médecins hospitaliers, comme la CPH de Pierre Faraggi, mais aussi la CMH de François Aubart, jugée plus proche du gouvernement, pointent le risque de privilégier les interventions "rentables", mais pas toujours nécessaires, au détriment de soins à des malades plus "lourds" ou socialement défavorisés. En outre, alors que le gouvernement veut rendre plus "efficace" ce "système lourd" qu'est, selon Roselyne Bachelot, l'hôpital public, les syndicats dénoncent la "paperasse croissante" liée au codage des actes. Ils récusent toute transformation de l'hôpital en "usine à yaourts" ou autre produit "industriel".

D'après agence

le 28 décembre 2008 à 15:11
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

7 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Bambou, le 28/12/2008 à 18h47

    Je suis praticien hospitalier et je confirme cette dérive libérale au coeur d'un système de santé qui se doit d'acceuillir les personnes quelles que soient son statut socio-professionnel. Des "pettites loix ou décrets qui ne rendent maintenant effectifs la CMU qu'au premier du mois suivant la régularisation des droits font que les soins imédicaux deviennent impossibles à organiser, l'hôpital ayant durci sa position vis à vis des impayés et des non solvables.... Nous assistons à une médecine "à l'Américaine où il faut arriver avec sa carte de CMU entre les dents!!!! S'y associe un raidissement de la sécu qui vérifie à la loupe les items choisis pour le remboursement des actes, qui décide de refuser les accés aux soins par les VSL qui sont pourtant leur seule possibilité de venir (dans le cadre des ALD). les médecins ne peuvent en même temps soigner avec la disponibilité humaine et éthique qui leur est nécessaire et avoir en même temps une calculette dans la tête!! quelle tristesse de voir s'étioler la qualité du service publique!! De plus, si, en raison de l'absence d'un praticien pour maladie par exemple, les recettes annuelles en sont affectées et oblige alors à réduire la voilure du service, début alors en spirale d'une réduction inéluctable du devenir de l'unité de soin. Enfin, l'activité est intense et les moyens dévolus sont bien en deça des besoins avec des délais de consultation allant jusqu'à 1 mois et demi dés que je prend quelques congés, sans pouvoir ni prendre les RTT ou les jours de formation prévus.

  • Stephanie, le 28/12/2008 à 18h37

    Tous les hopitaux sont au bord de la mise sous tutelle mais à part ça tout va bien!!!!!!! dans le meilleur des mondes Vas y Roselyne continues à nous prendre pour des cons mais dépeches toi car ça va pas durer.............. Signée une ide

  • Bettyboope76, le 28/12/2008 à 18h18

    Il faut soutenir l'hopital public, lui donner plus de moyens en personnel notamment. En effet, avant le personnel soignant prenait plus de temps avec le malade aussi bien sur le point des soins que sur le point relationnel, malgré qu'il fasse de son mieux. Maintenant même après une anesthésie générale (j'en ai eu la preuve cette année, je suis allée me faire opérer en cardiologie) au bout de 3 jours j'étais dehors alors qu'avant pour la même intervention, je devais rester entre une semaine et 10 jours et en plus les soins de cicatrisation et de soins du pansement sont faits à domicile par une infirmière maintenant contrairement à avant. Donc je les soutiens à fond dans leurs démarches car je sais qu'ils font de leur mieux avec les moyens qu'ils ont. J'espère que ce message sera vu par le gouvernement et par certains soignants. Bonnes fêtes de fin d'année à tous et courage à tout le personnel soignant pour cette nouvelle année ;) Une patiente qui va à l'hopital régulièrement depuis l'âge de ses 3 ans et qui a maintenant 43 ans.

  • Mimi, le 28/12/2008 à 17h59

    Et les directeurs d'hopitaux qui ont des logements de fonctions et qui les font remettre en état 'peinture décoration etc...) par les deniers public personne n'en parle!

  • JL, le 28/12/2008 à 17h51

    CHRONIQUE D UNE MORT ANNONCEE; IIl est impossile de maintenir une médecine de qualité quand la rentabilité devient l'enjeu essentiel au détriment du temps necessaire à la réflexion qu'implique l"acte médical. Entre les excés du passé et la calculette à tout va, il y a une juste mesure que nos technocrates font mine d"ignorer. Je pense qu'un stage de quelques jours dans nos services hospitaliers ou maisons de retraite leur ouvrirait les yeux à moins que la maladie un jour ne s'en charge.

  • Nathalie, le 28/12/2008 à 17h18

    Le problème est ailleurs : on ne va pas aux urgences pour une angine, on va chez le médecin ou on appelle le médecin de garde. Le problème vient de tous ces assistés bénéficiaires de la CMU qui vont aux urgences pour un rien. Je suis infirmière, je sais de quoi je parle.

  • Jean, le 28/12/2008 à 15h51

    Honte aux syndicats et à Pelloux qui comme à son habitude s'est empressé de faire le tour des plateaux télés pour polémiquer sur un drame . Ces gens n'ont aucun respect de la douleur des famille et de la détresse de l'infirmière !!!! Se saisir de ce drame intervenu suite à une erreur humaine pour en faire une polémique politicienne et syndicale est proprement scandaleux . Au fait , que dit le chef de service ?? Comme toujours il ne va être en rien responsable de ce qui se passe dans son service .

Lire tous les commentaires

      logAudience