Fin de cavale pour Antoine Nivaggioni

le 10 janvier 2009 à 12h00 , mis à jour le 10 janvier 2009 à 12h14

Le fondateur de la Société méditerranéenne de sécurité, recherché pour des accusations de marchés truqués et de détournements de fonds, a été arrêté par des policiers du Raid.

corse Antoine NivaggioniAntoine Nivaggioni, fondateur de la Société méditerranéenne de sécurité (SMS) et ex-figure du nationalisme corse © TF1-LCI

Un nationaliste corse au centre d'une "guerre des polices" a été arrêté vendredi en pleine rue à Ajaccio par une dizaine de policiers. Antoine Nivagionni, ancien gérant de la Société méditerranéenne de sécurité (SMS) a été placé en garde à vue. Il devrait être transféré d'ici dimanche à Marseille où l'instruction est conduite pour sa mise en examen. L'enquête pour laquelle il était recherché porte sur l'attribution frauduleuse de marchés de sécurité à la SMS, notamment celui de l'aéroport ajaccien de Campo dell'Oro, et sur des détournements de fonds au sein de cette structure.

L'affaire de la SMS avait fait grand bruit en Corse où un élu nationaliste modéré, Jean-Christophe Angelini, avait été mis en examen pour complicité de faux. Elu à l'Assemblée de Corse et conseiller municipal à Porto-Vecchio, il était soupçonné d'avoir aidé à la confection et à la remise d'un faux passeport au fondateur de la SMS. Ecroué en janvier 2008 à la maison d'arrêt de Luynes, dans les Bouches-du-Rhône, puis libéré une dizaine de jours plus tard, il a été placé sous contrôle judiciaire. Au total, une dizaine de personnes ont été mises en examen dans ce dossier. Mais au-delà, l'affaire menace plusieurs notables corses. Comme par exemple Raymond Ceccaldi, président de la chambre de commerce d'Ajaccio, mis en examen et écroué entre le 20 décembre 2007 et le 12 février. Il est poursuivi pour "favoritisme, escroquerie en bande organisée, détournement de fonds publics et association de malfaiteurs". Malgré son incarcération de sept semaines l'hiver dernier, il a été remis en liberté sans contrôle judiciaire, et a toujours protesté de son innocence. Il a démissionné de son poste à la tête de la CCI le 7 novembre. "Je n'ai plus la force de poursuivre", avait-il alors expliqué.

"Jamais je n'ai bénéficié de marchés truqués"

Nivaggioni lui-même, qui était recherché depuis 14 mois au moment de son arrestation, crie depuis longtemps son innocence. Dans un entretien accordé au magazine Corsica en novembre, le fondateur de la SMS au début des années 2000 se disait prêt à se rendre devant la justice. "Jamais je n'ai bénéficié de marchés truqués, pas plus que je n'ai bénéficié d'aides occultes, j'ai fait mon travail de directeur commercial au même titre que n'importe qui", affirmait-il, ajoutant : "Je nie toute pratique frauduleuse dans le cadre de mes rapports avec la Chambre de commerce et d'industrie de Corse-du-Sud et toute autre institution d'ailleurs".

Mais à ces soupçons de détournement s'ajoute le cas épineux d'une confrontation entre la police judiciaire d'Ajaccio, en charge de l'enquête et des policiers des ex-Renseignements généraux, aujourd'hui fondus dans la Direction centrale du renseignement intérieur. Des écoutes téléphoniques ont en effet montré que les policiers des RG étaient en rapport avec Nivagionni et ils sont donc soupçonnés de l'avoir aidé dans sa fuite. Mais outre cet exemple, les liens entre policiers et suspects sont nombreux dans ce dossier. Le 17 janvier 2008, un proche d'Antoine Nivagionni, Jean-Christophe Angelini, dirigeant du Parti de la nation corse et élu territorial, avait ainsi été arrêté à Paris alors qu'il sortait d'un déjeuner au restaurant avec Bernard Squarcini, policier proche de Nicolas Sarkozy et patron de la DCRI.

La police judiciaire corse, qui semblait soucieuse de rechercher Nivagionni et ses complices, a fait les frais de cet imbroglio. Le 25 novembre, le véhicule du commissaire Robert Saby, numéro deux de la PJ d'Ajaccio a été endommagée par un attentat à l'explosif. Robert Saby a ensuite été muté sur le continent. L'arrestation de Nivagionni a finalement été réalisée par d'autres services que ceux impliqués dans l'imbroglio policier, l'unité d'élite du Raid et la Brigade de recherche des fugitifs. Et le juge d'instruction de Marseille Charles Duchaine va enfin pouvoir interroger l'ex-fuyard sur le fond de l'affaire. Quant à la Société méditerranéenne de sécurité au coeur de ce dossier, elle a évité en février le placement en redressement judiciaire. Elle a été placée en procédure dite "de sauvegarde" par le tribunal de commerce, ce qui lui a permis de poursuivre ses activités et de sauvegarder ses emplois. Depuis, elle a changé de nom, devenant Arcosud.

D'après agence

le 10 janvier 2009 à 12:00
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