Un syndicaliste tué, des escadrons en renfort

le 18 février 2009 à 10h33 , mis à jour le 18 février 2009 à 21h05

L'homme a été tué mercredi de 3 balles près d'un barrage à Pointe-à-Pitre. Michèle Alliot-Marie envoie dès ce mercredi soir "4 escadrons de gendarmes mobiles" en Guadeloupe.

GuadeloupeEn Guadeloupe, le 18 février 2009 © TF1-LCI

Après la 2e nuit de violences à Pointe-à-Pitre, lors de laquelle un homme a été tué par balles (lire plus bas), les condamnations et appels au calme se multiplient. La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, qui a convoqué une réunion "consacrée à la sécurité publique aux Antilles" -un rendez-vous désormais quotidien-, a annoncé que "quatre escadrons de gendarmes mobiles" allaient rejoindre la Guadeloupe dès ce mercredi soir. Cela représente soit environ 280 hommes, en plus des 1.700 membres des forces de l'ordre déjà installés sur l'île. "Il ne s'agit plus simplement d'encadrer des manifestations, et de prévenir des troubles, mais nous devons aussi lutter contre des violences urbaines", a expliqué la ministre.

"Les pillages, les violences contre les personnes, les exactions ne sauraient être tolérés et ne le seront pas", avait-elle lancé auparavant, lors de la séance des questions au gouvernement. "Si chacun a le droit légitime à s'exprimer, y compris dans le cadre de manifestations, ce droit ne saurait en aucun cas, porter atteinte à la sécurité des personnes ou à la paix publique", a-t-elle dit.

Jégo : un accord possible avant la fin de la semaine

Nicolas Sarkozy annoncera jeudi des mesures économiques et sociales en faveur de l'Outre-mer, selon les dirigeants syndicaux reçus mercredi à l'Elysée. Il pourrait faire une intervention sur RFO jeudi matin. Le président qui a été "informé heure par heure" de la situation en Guadeloupe depuis le début de la grève il y a un mois, selon Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP.

François Fillon, qui condamne également "fermement ces actes et appelle à la responsabilité de tous", a pour sa part présenté en Conseil des ministres un décret créant un conseil interministériel de l'Outre-mer. Il "aura pour rôle principal de définir des orientations stratégiques pour l'Outre-mer, notamment en matière de développement économique, social, culturel et environnemental".  Selon Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, ce comité interministériel se réunira "dans les prochains jours". "Ne mettez pas votre vie en danger, ne mettez pas la vie des autres en danger", a pour sa part demandé en créole le leader du LKP. Mais il a qualifié de "provocation" les actions des forces de l'ordre, demandant au préfet de "retirer ses gendarmes" et accusant ceux-ci de racisme. Cité par Libération, il accusait même les autorités de vouloir "casser du nègre".

Côté négociations, le secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo, a jugé possible avant la fin de la semaine un accord sur le nœud du conflit : l'augmentation des salaires. Il a estimé que sa présence à Paris plutôt qu'en Guadeloupe était utile pour aider le gouvernement à comprendre la situation dans l'île, appelant l'opposition socialiste à appuyer son action. Celle-ci s'est emparée du dossier, Martine Aubry recevant ce mercredi des élus d'Outre-mer : lire notre article.

Tué par trois balles 

Autant de déclarations qui font suite à la nouvelle flambée de violence qui a touché la Guadeloupe dans la nuit de mardi à mercredi et qui a fait un mort, le premier en plus de quatre semaines de conflit. Jacques Pino, un syndicaliste qui revenait en voiture d'un meeting, a été atteint par balles tirées "depuis un barrage tenu par des jeunes" dans la cité Henri IV, une zone sensible de Pointe-à-Pitre, selon la préfecture.

L'homme décédé était membre du Collectif contre l'exploitation (LKP), qui mène la grève générale paralysant l'île depuis le 20 janvier. Le syndicaliste n'a pas été atteint par une balle perdue, selon le procureur de Pointe-à-Pitre. Au terme des premières constatations, la voiture de Jacques Bino a subi trois tirs, avec "une arme de chasse ou un fusil à pompe de calibre 12 faisant usage de balles à ailettes de type Brenneke" employées dans la chasse au sanglier, dont les deux premiers ont visé le côté arrière-droit du coffre de la voiture et le troisième, mortel, a été "tiré par la fenêtre ouverte du passager assis à l'avant droit", a-t-il précisé. Il a été "mortellement touché à la poitrine". L'autre passager de la voiture, Peter O'Brien, a été entendu mercredi matin par les policiers chargés de l'enquête.

M. O'Brien revenait avec M. Bino d'un piquet de grève au palais de la Mutualité, où siège le LKP. Les deux hommes avaient choisi, pour éviter les barricades qui parsèment les routes autour de Pointe-à-Pitre, "de passer par des chemins de traverse", a rapporté le procureur. Selon lui, il n'y avait "pas de forces de police positionnées à proximité" au moment des tirs. Selon le procureur, "toutes les hypothèses sont ouvertes". Le procureur n'a pas exclu l'hypothèse selon laquelle, compte-tenu de leur âge, les deux hommes auraient pu être confondus avec des policiers circulant en voiture banalisée par les bandes de jeunes qui tenaient les barricades autour de la cité Henri-IV, dans un quartier sensible de Pointe-à-Pitre.

Domota (LKP) émet des "doutes" sur la "version officielle"

C'est en accompagnant des pompiers venus porter secours à la victime que trois policiers ont été légèrement blessés dans la soirée, par des tirs provenant "vraisemblablement d'une arme de chasse", a encore indiqué la cellule de crise de la préfecture.

Elie Domota, le leader du LKP en Guadeloupe, a émis mercredi des "doutes" sur la "version officielle" à propos de la mort du syndicaliste. "Pour l'instant, la version officielle, nous, on ne se prononce pas parce qu'on a des doutes (...) Ce matin, on nous disait qu'il a été tué par un tir non identifié et brusquement après, on nous dit qu'il a été tué par des jeunes", a-t-il déclaré après une conférence de presse. "On demande à la justice de mener une enquête approfondie pour réellement définir ce qui s'est passé parce que les circonstances sont encore troubles", a-t-il ajouté.

Des scènes de chaos
 
Le conflit, mené au nom de la vie chère, cristallise un profond malaise économique et social, sur un fond historique marqué par l'esclavage. Jusqu'à 3 heures, 8 heures en métropole mercredi, Pointe-à-Pitre, la principale agglomération de Guadeloupe, et d'autres localités ont connu de nombreux pillages, tandis que des barrages, parfois enflammés, étaient érigés dans les rues désertées par les habitants. Le bilan de la préfecture fait état de 15 commerces pillés, 7 établissements incendiés, 21 véhicules brûlés, 13 interpellations et une soixantaine d'interventions de pompiers.
 
Côté forces de l'ordre, la préfecture a établi un total de trois policiers blessés. Mais le maire de Baie-Mahault a pour sa part affirmé que trois gendarmes avaient été légèrement blessés dans sa ville par des jeunes armés de fusils à pompe, qui avaient tiré à balles réelles en direction des forces de l'ordre au cours de violentes échauffourées. "On risque d'avoir des familles endeuillées, il y a des enfants de 15 ans qui sont en train d'affronter les gendarmes", a poursuivi le maire, parlant de scènes de "chaos" dans sa ville.

Moins de 500 personnes ont participé mercredi à Cayenne à la marche contre la vie chère et pour une baisse immédiate du prix du carburant en Guyane.

(D'après agence)

le 18 février 2009 à 10:33
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10 Commentaires

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  • Mimie, le 18/02/2009 à 12h43

    Je suis de la guadeloupe et je me réveille ce matin en entendant un bilan dramatique: 1 mort. La guadeloupe est en état de choc. Que faut il à nouveau pour réagir ? A qui profite le crime ? Toutes ces violences sont bien evidemment à condamner grandement... On ne demande pas la charité ni l'indépendance comme on a pu le lire souvent mais simplement l'égalité des chances pour les ultra marins et le respect de la parole donnée par l'Etat même! A méditer avant de réagir...

  • DABEKE, le 18/02/2009 à 12h41

    Bonjour,je suis originaire des antilles et je voudrais réagir sur les communiqués qui défilent au bas de l'écran.Comment cela se fait-il que nos informations locales et les votres ne sont jamais en phase ,vous faites un peu de désinformation,jusqu'à présent il ne connaisse pas la provenance de la balle qui a tué cet homme, car c'est une balle perdue qui l'a atteinte.......... De plus,cela fait maintenant 1 mois que nous marchons paciquement,cela fait 1 mois que l'Etat nous ballade:un préfet rompt les négocitions en lisant une lettre d'Yves Jégo qui ne sont pas des propositions concrètes,un secrétaire d'etat qui se ramène par deux fois sans propositions concrètes,et entre ces retours ou allées dérespecte tous les guadeloupéens en ne les infomant pas de son départ..Une ministre de l'intérieur et des DOM. Alliot Marie qui s'exprime que maintenant,Fillon qui sert de pantin et Nicolas Sarkozy notre président JET SET qui s'en va à BAGDAD. Alors on ne se fout de notre gueule?Nous sommes département français d'outre mer,depuis son élection Nicolas Sarkozi n'est jamais venu chez nous;seulement il nous a rendu visite par deux reprises pour réccupérer nos quelques voix avant les élections.Aujourd'hui il fait preuve immanquablement de négligence,d' incompétence,et de d'irresponsabilités. A qui la faute?

  • Max, le 18/02/2009 à 11h42

    Il est visible que le pouvoir est incapable de gerer cette crise, lamentable

  • Alain, le 18/02/2009 à 11h30

    Voilà, merci Sarko de votre mutisme face aux Antilles cette situation n'en serait jamais arrivé jusque là en metropol

  • Feanor, le 18/02/2009 à 11h20

    Voila ce que ca donne de laisser pourrir la situation....

  • Jacques, le 18/02/2009 à 11h07

    C'est très grave ce qui se passe en Guadeloupe ! Est-on en train de vivre ce qu'il s'est passé en Grèce récemment ?

  • Halala, le 18/02/2009 à 11h05

    Voilà où mène la surenchère du gouvernement...

  • Jps, le 18/02/2009 à 11h03

    Les jolies vacances en Guadeloupe c'est fini et pour longtemps. Dommage pour les habitants et pour les travailleurs du tourisme dans cette île magnifique.

  • Doc, le 18/02/2009 à 10h58

    Je suis révolté, j'ai de la peine et de la haine!!! Merci le gouvernement de votre surdité!!!

  • Michelk, le 18/02/2009 à 10h45

    Restons prudents et esperons que ce conflict ne s'invite pas en metropole .

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